Salins et l’Orchestre Philharmonique de Vienne dans le Jura 1940.

Quand la culture de notre monde s’entrechoque avec son passé.

Qui n’a pas regardé et écouté chaque année le 1er de l’an, sur une chaîne télévisée du service public, avant midi, les concerts donnés en direct de la Salle dorée largement fleurie et bondée, du Musikverein de Vienne par son Orchestre Philharmonique.

OPV
Musikverein, Vienne, Autriche.

Concerts qui depuis 1941 présentent des programmes très étendus de grande valeur de musique populaire, valses, polka principalement de la famille Strauss, dans un cadre enchanteur et radieux.

OPV salle concert
Salle Dorée du Musikverein de Vienne.

Il sera dirigé cette année par Mariss Arvidovitvh Jansons, qui garde en lui une citation de son père, « Mieux vaut un bon concert de moins qu’un mauvais de plus. »

Jansons
Chef d’orchestre Mariss Jansons.

Ces concerts finissent souvent par la marche de Radetzky écrite par Johann Strauss, cette composition qui en passant est une marche militaire de relent bien nationaliste, écrite en l’honneur du vainqueur de la bataille de Custoza, en Lombardie près de Vérone en 1848, suite au conflit entre l’Empire Austro-hongrois et le Royaume de Sardaigne.
Bataille qui engendrera des désastres pour la Révolution Italienne durant cette période.

Giuseppe Garibaldi.
Giuseppe Garibaldi.

Mais dans l’ombre du Musikverein résidence de l’orchestre, au 12 de la Bosendorferstrasse, de sa bibliothèque prestigieuse, de ses collections de manuscrits originaux comme ceux de Mozart, Beethoven, Brahms et d’objets de toutes sortes de grandes valeurs artistiques culturelles, se cachent bien autre chose qui ne fait pas la fierté de ce lieu.

L’histoire commence dans le Jura Français dans le tout petit hameau de Moutaine, situé près de Salins-les-Bains.

Nous sommes en Avril 1940, le Maire Hippolyte Girod fait connaitre lors d’un conseil municipal, l’entretien qu’il a eu avec Monsieur Marcel Koch secrétaire général de l’Institut d’Etude Européenne de Strasbourg (IEES) récemment installé à Moutaine, sur sa demande qui lui a été faite pour la location de l’habitation scolaire de Moutaine inutilisée.
Ce logement était situé à l’étage d’une grosse bâtisse, occupée au rez-de-chaussée par l’école, la Mairie, le seul central téléphonique de Moutaine-Aresches et l’atelier de distillerie.
Propriété de Mr Paul Joseph Blondel alors maire (jusqu’à Juin 1896), vendue à la commune d’Aresches en 1895 pour y établir une école.
Moutaine depuis l’ordonnance Royale de Charles XVIII du 25 Octobre 1826 était rattachée à Aresches en tant que section communale , avec le statut de jouir séparément de ses anciens droits d’usage.

Moutaine, ex mairie, école et logement instituteur.
Moutaine, ex mairie, école et logement de l’instituteur.

Après consultation de l’inspecteur d’académie et l’obtention de l’accord du Préfet, ce conseil municipal conclu une entente amiable pour la location de l’appartement vacant de l’institutrice avec Mr Marcel Koch.
Cet Institut d’études avait fui devant l’invasion de l’Alsace par l’armée Allemande pour venir se réfugier dans le Jura,  juste après la ligne de démarcation, Salins-les-Bains étant sur cette ligne.

En 1922 un outil de propagande, sous le patronage du Président de la République, fut mis sur pied à Strasbourg et pris le nom de Comité Alsacien d’études et d’informations (CAEI) dans le but de servir par l’intermédiaire de l’Alsace, les intérêts Français à l’étranger.
Puis ce Comité commença sous le couvert d’une Commission : la section de l’étranger à recruter des agents de renseignements.
Cette section passa en 1932 sous le contrôle du ministre des affaires étrangères durant 5 années.
En 1937 cette section de l’étranger se reconstitua en Institut d’études Européennes de Strasbourg.

Cette section était-elle dans son ensemble, présente à Moutaine ?
Il y a fort à penser que Monsieur Marcel Koch n’était pas seul !

En effet, étaient présents en Juin 1940, réfugiés et installés provisoirement en la commune de Moutaine selon les écrits du conseil municipal :
Marie-Thérèse Klein et Louise Schroeder, sténodactylos à l’IEES, pour avoir sollicité aux noms de leurs maris respectifs mobilisés, Louis Klein et Frederic Schroeder,  auprès de la Mairie des allocations militaires comme subsides, du fait d’avoir tout abandonné et perdu en quittant précipitamment Strasbourg.
André Meyer de l’IEES, ayant épousé par la suite la fille de Clément Louis Prost cabaretier à Moutaine, qui en 1943 retournera habiter Strasbourg au 38 rue Wimpfeling.

Mis à part ce lieu de location temporaire dans les locaux de la Mairie, un autre endroit hautement plus actif était leurs bureaux installés en face, dans une autre demeure libre et vide, appartenant depuis 1938 à Mr Victor Lalanne habitant Salins-les-Bains.
Bureaux opérationnels servant de point d’accueil et de secours pour les réfugiés Alsaciens et Lorrains, fuyant l’occupation nazie, y travailla à leur service Paulette Paul, 7ème enfant de Alipe Paul et d’Emma Vieille, cultivateurs à Moutaine en La Moutena, ferme la plus proche, dans le hameau, appartenant à Marie-Thérèse Besson demeurant à Arbois.
Alipe Paul étant décédé en Janvier 1940, elle devait assistance aux besoins de sa grande famille restante.

Moutaine, ex propriété de Victor Lalanne .
Moutaine, ex propriété de Victor Lalanne .

Y a-t-il eu dénonciation, maladresse des réfugiés de l’IEES, indiscrétion de certaines personnes ?
Dès la prise de Dôle le 17 Juin 1940 par les unités de la 2ème Panzer division, l’occupation de Salins-les-Bains par l’armée Allemande suite à l’accord d’armistice entre le 25 Juin et la mi-juillet 1940 ; rapidement tout l’effectif de l’IEES quittait Moutaine, sans être arrêté pour se réfugier dans un 1er temps dans le Tarn-et-Garonne puis s’installer à Alger jusqu’à la libération.
A Alger l’IEES s’intègre au réseau présent : la Mission Alsacienne et Lorraine en Afrique du Nord (MALAN) animée par Jules-Albert Jaeger déjà responsable du CAEI.
Cette structure subventionnée par la vice-présidence du conseil, les affaires étrangères,l’intérieur et la guerre,  servait à récupérer tous  les réfugiés Alsaciens et Lorrains  allant en Afrique du Nord.
Au 4ème trimestre 1941 le Général Weygand officiellement décide d’y mettre fin, considérant que la MALAN produit de la propagande Gaulliste et la remplace par un service public.
Puis arrive le débarquement allié du 8 Novembre 1942 en Afrique du Nord et son cortège de légalité successives d’autorités : Girod et De Gaulle.
Après la nomination de Louis Joxe au poste de secrétaire général du Comité Français de Libération National (CFLN) en Juin 1943, Marcel Koch y assure le fonctionnement du service de documentation de ce Comité, jouant dans l’ombre un rôle important et en même temps obscur.

Après la fin du conflit, Marcel Koch sera Directeur de la Documentation Française à Paris au sein des services du 1er ministre, aujourd’hui la Direction de l’Information Légale et Administrative (DILA).

Mais après le départ de l’IEES de Moutaine, la maison est perquisitionnée de fond en comble par la police secrète nazie, la Geheime Feldpolizei (GFP) dirigée par Roman Loos.
La GFP avait été formée en Juillet 1939 par ordre de  Wilhelm Keitel, général en chef de l’Oberkommando der Wehrmacht durant toute la guerre, elle avait comme chef en France implanté à l’hôtel Lutetia à Paris, Philip Greiner.
L’Oberkommando der Wehrmacht possédait le commandement suprême des forces armées Allemandes
Ainsi la GFP avait des pouvoirs considérables et d’autorités, luttait contre toute forme de  résistance passive ou active, espionnage, sabotage, propagande et d’activités suspectes.

Roman Loos natif de Linz en Autriche, de père fonctionnaire de Police à Vienne, de formation imprimeur, il s’engage à 18 ans en 1915 pour le front,  il finira la 1ère guerre mondiale avec le grade de Sous-lieutenant de réserve et fut décoré de la Croix de Chevalier de l’ordre de François-Joseph.
A la sortie de la guerre, il reprend des études, d’abord à l’Ecole de Commerce International puis change d’orientation, étudie à l’Université de Vienne et devint Docteur en Droit.

Vienne, Institut de droit Européen.
Vienne, Institut de droit Européen.

Il intègre la police de Vienne pour occuper un poste à la Direction de l’administration centrale.
Il adhère dès 1932 le parti National-socialiste pour y exercer des fonctions au sein du service d’information et d’orientation.
A partir de 1935 il fut membre de la SS.
Il dépendait en 1940 du Gruppe Geheime Feldpolizei 1 de la circonscription militaire de Dijon, dont la compétence allait jusqu’en Suisse.
Plus tard, il fut commandant en chef et Directeur exécutif de la Feldpolizei du Sud-ouest en Europe, à ce titre il œuvra en Serbie et en Grèce.
En 1943 il fut promu Lieutenant-colonel.
Il fut l’un des deux officiers de la GFP à obtenir la croix d’argent, décernée pour : « mérites liés à des commandements exceptionnels et répétés ».
Cette croix ne fut que décernée durant ce conflit que seulement 2 500 fois, ce qui indique son caractère exceptionnel.

Croix d'argent Allemande.
Croix d’argent Allemande.

En 1947 une procédure judiciaire fut lancée contre lui et fut cité comme témoin au procès de Nuremberg.

La rafle de Moutaine fut-elle fructueuse pour la GFP ?
Sûrement !
Malgré la non arrestation de qui que ce soit et l’occupation ensuite de cette demeure par l’unité de l’armée Allemande la 14 593D, sous les ordres du chef  Hartmann de la Feldkommandantur 560 à Dôle,  il y eu dans ces lieux, la récupération de nombreuses œuvres d’arts, laissées et appartenant aux membres de l’IEES.
Mais pourquoi, l’IEES aurait laissé à Moutaine, derrière lui autant d’œuvres, apportées depuis Strasbourg ?
Et quelles sont ces œuvres d’arts saisies par la GFP à Moutaine ?

On en connait maintenant la liste.
Une quarantaine de tableaux, aquarelles, gravures, dessins, saisie par les autorités Allemandes, stockée dans deux caisses, a bien été remise à la ville de Salins en Avril 1941.
Ces caisses ont faits l’objet à Salins à cette période, d’un inventaire en présence de Messieurs Louis Martin Maire de la ville, conseiller à la Cour d’appel, Pierre Poulonneau, architecte-voyer de la ville et J. Rivoal commissaire de la ville.
On retrouve dans cet inventaire des œuvres de Burger, Dezaunay, Laurencin, Hubrecht, Ducan, Max Jacob, Allenbach,  Heitz, Valtat, Jaeger, Bergen, Schenkbecher.

Mais était-ce seulement que cela ?
Non !

L’orchestre Philharmonique de Vienne en 1940 vient donner des concerts en France dans le Jura, en les villes de Besançon, Salins-les-Bains et Dijon, consécutivement au festival de Salzbourg.
L’orchestre se produisit à Salins, au théâtre de la ville le 3 Aout 1940, le concert à Dijon, 3 jours plus tard.

Salins-les-Bains, ex théâtre.
Salins-les-Bains, ex théâtre.

Le chef d’orchestre était Wilhelm Jerger , le programme joué fut :
-Sérénade pour cordes en sol majeur de W.A.Mozart K.525 : « Petite musique de nuit. »
-Romance pour violon et orchestre en sol majeur de L.Van Beethoven, op. 50.
-Symphonie n°88 en sol majeur de J.Haydn.
-Musique de ballet n°2 extrait de « Rosamunde » de F.Schubert, D797.
-« Valse de l’Empereur », « Sans léger », « Le baron tzigane », « Marche de Radetzky » , « Beau Danube bleu » de J.Strauss.

Roman Loos pour remercier l’orchestre de leurs brillantes prestations, en cadeau leur offrit un tableau provenant de la rafle de Moutaine.
En y joignant une lettre datée du 15 Septembre 1940 dont le contenu est :
« Le Groupe 510 de la Geheime Feldpolizei s’honore de vous remettre un tableau afin d’exprimer notre reconnaissance pour le souvenir du concert gracieusement donné à Salins-les-Bains pour le premier anniversaire de la création de ce Groupe, en accord avec la division compétente du haut commandement n°12 de l’armée (Major Kliemann).
Ce tableau est issu des fonds confisqués de l’Institut d’Etudes Européennes qui menait la propagande incendiaire contre le Reich sous la houlette d’émigrés Allemands
. »

En connaissait-il la valeur artistique ?
Ce tableau fut-il restitué à son propriétaire à la fin des hostilités ?
Non, il resta longtemps, caché dans les archives de l’orchestre à Vienne.
Ce ne fut pas le cas des autres œuvres d’art contenues dans les 2 caisses conduites au musée de Salins-les-Bains.
Le 10 Octobre 1944, Jules-Albert Jaeger ex-directeur de l’IEES se fait restituer sur place à Salins, divers tableaux contenus dans les caisses et demande la restitution d’autres tableaux présents au commissariat de police de Salins.
Le 22 Janvier 1945, Marcel Koch vient à Salins récupérer deux pièces, une peinture de Dezaunay représentant un moulin (est-ce ce tableau : l’Aven au Moulin Neuf ?) et une autre de Max Jacob représentant une bataille navale.

Dezaunay, l'Aven au moulin neuf.
Dezaunay, l’Aven au moulin neuf.

Le 25 Aout 1945, André Meyer récupère au nom de Jules-Albert Jaeger, une peinture de Kasser ? puis une peinture de Schenkbecher et une aquarelle de Balthazar.

Tableau dérangeant ?

Sauf que ce tableau « mystère » stocké avec les trésors de « guerre » du Philharmonique de Vienne en intrigue plus d’un, surtout au sein de l’Orchestre.
Un procès verbal du Comité de l’Orchestre dans sa séance du 29 mai 1979 fait mention l’intention de prêter ce tableau à un musée.
En début des années 1980, Clemens Hellsberg violoniste et archiviste de l’orchestre s’interroge sur la présence et l’origine de cette toile dans les archives.
Il en fait part à son président de l’époque le violoncelliste Werner Resel.
La découverte dans les archives de la correspondance de Loos du 15 Septembre 1940 permet au Conseil de surseoir à une éventuelle vente comme évoquée dans une réunion du Comité du 31 Mars 1982.
La Société de l’orchestre à la connaissance de ce fait, décide de prendre conseil auprès du cabinet d’avocats Viennois Teicht et JÖchl principal conseil de la fondation de l’orchestre, aussi membre et secrétaire du conseil des Amis du Philarmonique.
Le but étant de permettre d’enclencher d’éventuelles recherches sur la propriété du tableau.
Aucune information sur le résultat de cette démarche ne fut communiquée.

En Décembre 2012, à la veille des concerts de l’orchestre pour le nouvel an, un député Autrichien Harald Walser met le feu aux poudres, demande la création d’une commission indépendante d’historiens pour étudier le comportement du Philarmonique durant la période trouble de 1938-1945.

Il fait remarquer que l’orchestre oublie et efface de son passé, que 13 de ses musiciens d’origine juive ont été chassés de leur poste.
On peut citer :
Comme 1er violon : Paul Fischer, Anton Weiss, Ricardo Odnoposoff maitre de concert, André Rosé alto solo et maitre de concert, Ludwig Wittels.
Comme 2ème violon : Daniel Falk, Leopold Othmar FÖderl, Josef Geringer.
Comme 1er Basson : Hugo Burghauser.

Que 5 musiciens, ont été déportés et ont péris dans les ghettos nazis.
On peut citer :
-Moriz Glattauer, 1er violon déporté avec son épouse à Theresienstadt, il y meurt le 2 Février 1943.
-Viktor Robitsek, 2ème violon, congédié le 23 Mars 1938 par la Direction de l’orchestre avec 35 ans d’ancienneté, déporté avec son épouse à Lodz, assassiné par les SS le 10 Juin 1942.
-Max Starkmann, 1er violon et alto, assassiné en déportation.
-Julius Stwertka, recruté par G. Malher il était 1er violon et Maître de Concert dans l’orchestre, déporté le 27 Aout 1942 avec son épouse  vers le ghetto juif de Theresienstadt, il y meurt le 17 Décembre 1942.
-Armin Tyroler, 2ème hautbois, professeur de musique, honoré par la ville de Vienne en 1933, déporté avec son épouse le 28 Octobre 1944 à Auschwitz, il y meurt gazé le 30 Octobre 1944.

L’intervention du député Walser provoque dans la presse Internationale des kyrielles d’articles peu élogieux sur le passé de l’Orchestre dont la « remise » de la plus haute distinction de l’Orchestre (l’anneau d’or) à  Baldur Von Schirach ancien nazi au passé peu glorieux, chef des Jeunesses hitlériennes  puis gouverneur de Vienne de 1941 à 1945.
Arrêté en 1945 , l’anneau d’or lui avait été retiré par l’armée Américaine.
Il fut condamné à 20 ans de prison au procès de Nuremberg et libéré en 1966.

Une note de Janvier 2016 du Dr Friedemann Pestel des Archives du Philharmonique à mon intention corrige les erreurs communiquées par la presse :
« L’anneau d’honneur a tété remis à Buldur von Schirach à l’occasion du 100eanniversaire de l’orchestre en 1942 par décision de l’orchestre.
C’est probablement à la fin des années 1960 (et pas directement en 1966) qu’un membre actif ou un retraité de l’orchestre a donné à Baldur von Schirach une copie de l’anneau car l’original avait été confisqué par un officier américain en 1945.
D’après toutes nos connaissances, cette personne dont l’identité n’est toujours pas claire a agi selon sa propre initiative (il y a des éléments qui vont en direction de Wilhelm Jerger, l’ancien président de l’orchestre), il n’y avait pas de décision de l’orchestre ou une de ses organes derrière cet acte
… »

La  demande de la part de Harald Walser pour la formation d’une commission fut refusée par Clemens Hellsberg , qui précisera en ce qui concerne la distinction donnée à Schirach , qu’il s’agit là d’une initiative individuelle et qu’il n’y a aucune trace de ceci dans les archives de l’orchestre.

Première révélation.

Patatras, suite à une enquête faite par des historiens, dans ses archives sur son passé nazi, l’orchestre dévoile le 10 Mars 2013, que :
-De 1954 à 1968, le Philarmonique avait été dirigé par Helmut Wobisch, ancien membre de la SS et collaborateur actif de la Gestapo.
Arthur Seyss-Inquart avait reçu de l’orchestre en 1942 la prestigieuse distinction de l’Anneau d’honneur.
Seyss-Inquart avait été commissaire sous le IIIe Reich aux Pays-Bas, d’où il avait organisé la déportation de 100 000 juifs vers des camps d’extermination, pour cela il avait été condamné à mort au procès de Nuremberg.
Ces révélations publiques communiquées au cours d’une conférence de presse à l’Opéra de Vienne, en présence de son Directeur Général Dominique Meyer et de son chef d’orchestre Zubin Mehla ont fait l’effet d’une bombe.

Deuxième révélation.

Puis la presse Internationale révèle le 13 Avril 2014 que le Philarmonique va restituer un tableau volé par les nazis.
Celui-ci informe qu’une historienne d’art, Sophie Lillie, missionnée par l’orchestre a réussie après deux décennies de recherches, à identifier en plus de la provenance de l’œuvre, son propriétaire.
Clemens Hellsberg précise : « La restitution de cette peinture nous tenait particulièrement à cœur. Nous nous efforçons depuis de nombreuses années de faire face au passé de la Philarmonique de Vienne et nous voulons assumer notre responsabilité et réparer l’injustice commise dans le passé. »
Ce tableau est signé de l’impressionniste Paul Signac, artiste peintre paysagiste Français né à Paris en 1863, contemporain de Van Gogh, Seurat, Pissarro dont ils étaient leur ami, il développa le pointillisme à outrance, il peint de 1882 jusqu’à sa mort en 1935.

P.Signac par Théodore Van Rysselberghe, 1896.
P.Signac par Théodore Van Rysselberghe, 1896.

Paul Signac laisse derrière lui une œuvre considérable.
Une grande majorité de ses toiles sont exposées dans les musées du monde entier : musées d’Orsay, Nantes, Strasbourg, Besançon, Saint-Tropez à l’Annonciade, Rotterdam, Liège, National Gallery, Glasgow, Metropolitan, L’Hermitage à Saint-Pétersbourg, musée Pouchkine Moscou…

P.Signac, Venise la voile jaune, 1904, musée de Besançon.
P.Signac, Venise la voile jaune, 1904, musée de Besançon.

Peintre officiel de la Marine à partir de 1915, il parcourt le littoral maritime pour s’adonner à la peinture et produire des marines de ports ou de bords de mer.
La toile spoliée par les nazis dans le Jura à Moutaine, a été réalisée par l’artiste déjà en 1883, début de son art.
C’est une huile sur toile intitulée : « Port-en-Bessin » dont le dernier propriétaire en 1940 était Marcel Koch, était, puisqu’il est décédé depuis sans laisser d’héritiers directs.

Mais à quoi ressemble ce chef-oeuvre ?
Est-ce un Opus ?

Nous connaissons bien quelques huiles sur toile faites par P.Signac sur  Port-en-Bessin, comme :

P.Signac, Port-en-Bessin, 14 Juillet 1883.
P.Signac, Port-en-Bessin, 14 Juillet 1883.

 

P.Signac, Port-en-Bessin, Le 14 Juillet.
P.Signac, Port-en-Bessin, Le 14 Juillet.

 

P.Signac, Port-en-Bessin, Le Catel, 1884.
P.Signac, Port-en-Bessin, Le Catel, 1884.

 

P.Signac, Port-en-Bessin, la halle aux poissons, 1884.
P.Signac, Port-en-Bessin, la halle aux poissons, 1884.

 

P.Signac,Port-en-Bessin, 1884.
P.Signac,Port-en-Bessin, 1884.

 

P.Signac, Port-en-Bessin, La vieille tour, 1884.
P.Signac, Port-en-Bessin, La vieille tour, 1884.

Comment se fait-il que Marcel Koch, le dit propriétaire du dit tableau à la fin de la guerre n’a pas déclaré cette spoliation ?

Il a bien fait les démarches à Salins-les-Bains avec Jules-Albert Jaeger en 1944 et 1945 pour récupérer certaines œuvres et en nombre, sans difficulté apparemment !
Dans les répertoires Nationaux des personnes spoliées  de leurs biens par les nazis, nous ne retrouvons point de déclaration de bien spolié au nom de Marcel Koch.
Dilemme ou pas pour la restitution, au sein du Philarmonique, existe-t-il encore des descendants de Marcel Koch ?
On est en droit d’en douter,  A ce jour «  le tableau n’a pas encore vu le jour » !

C’est une collection très prestigieuse de près de 140 peintures, aquarelles, dessins, illustrant la carrière foisonnante du Maître néo-impressionniste qui sera présenté du 29 Janvier au 22 Mai à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne.
Ce qui est sûr c’est que son tableau « Port-en-Bessin » ayant appartenu à Marcel Koch n’y sera pas exposé.
J’y serai, je pourrai en « parler », nous partons le 17 Février 2016, pour faire un grand périple, de Saint-Saint-Pétersbourg  à Moscou, le Transmogolien jusqu’à Pékin, puis à parcourir la Chine jusqu’à Macao et Hong-Kong.

Mais en passant, savez-vous qui a été l’exécuteur testamentaire de Paul Signac en 1935 ?
En fait c’est un Jurassien, du nom de George Besson, un autre ami de Signac, très grand amateur d’art, collectionneur et mécène à ses heures.
Ceci fera l’objet d’un autre article passionnant sur la vie de ce Jurassien exceptionnel.
Je finirai par une phrase de Paul Signac qui en répondant dans une interview d’Avril 1935 au journaliste du Petit Parisien, à la question : « Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la peinture ? »
Il avait 71 ans et était dans sa dernière année, il répondit :

« C’est Monet ».

 

Sources :
Archives Nationales, F/60/MALAN, F 41/801-828, 19970584/2, sous-série AJ40,
Archives Départementales du Jura, sous-séries 2J et 3P.
Historisches Archives der Wiener Philharmoniker, cote HA WPh Briefe L/22, N°5.
Archives communales de Salins-les-Bains, séries D, F, H et I.
Archives communales de Pont d’Héry.