Jim Europe et la guerre de 14. Un Jazz-Band dans les tranchées.


Sacré bonhomme que ce Jim Europe !

Plus connu sous son vrai nom James Reese Europe il a été le 1er officier noir Américain à combattre sur le front contre l’Allemagne de 1917 à 1918 en charge de commander une compagnie de mitrailleuses.

Mais auparavant la particularité de son parcours aux US est d’avoir contribué à développer en 1910, avec le couple de danseurs Irène et Vernon Castle (modèles de Fred Astaire ) à New York avec son orchestre, la danse moderne et lancer le Fox-Trop dans les cabarets, comme d’autres danses, ainsi que le Camelwalk plus connu aujourd’hui sous le nom de Moonwalk; n’est-ce pas Michael Jackson !

Pourquoi en 1916, s’est-il enrôlé ?

Jim Europe
Quelle classe !

Sa carrière à NY semblait pourtant être prometteuse !

Il était considéré comme le chef de file de la scène musicale Afro-américaine.

En 1912 avec son orchestre le Club Clef Orchestra, pourtant il se produit au célèbre Carnegie Hall de NY !

Que se passa-t-il  ensuite et bien chose incroyable, lui le gamin de l’Alabama, il participe à 35 ans comme soldat à la formation des officiers !

Il est repéré en tant que musicien par ses supérieurs qui lui propose de former un orchestre militaire, il rebondi et attire les meilleurs musiciens.

Il découvre le vieux continent en débarquant en France avec son régiment le 369e RIUS dont l’insigne du régiment était le serpent à sonnette, comme Lieutenant avec le corps expéditionnaire Américain lors de l’entrée en guerre des US en avril 1917.

Son régiment est affecté à la 16ème Division d’Infanterie dépendant de la 4ème Armée commandée par le légendaire Général Gouraud, l’intégration des troupes Américaines à l’armée Française est difficile, considérées comme n’étant point des troupes combattantes.

Mais grâce à la perspicacité du Général Pershing il convint Pétain et le 369e RIUS  dépendant de la 93e Division « provisional » est partie intégrante en Janvier 1918  de la 4ème Armée.

Il participe dès début avril 1918 aux combats à Massiges à l’Est de Somme-Suippe  dans la Marne et comptera à son actif 191 jours de combats .

En France, Jim Europe en tant que chef d’orchestre, compositeur, arrangeur, a été pour beaucoup dans la renommée du ragtime et il permet de faire découvrir le Jazz aux Français bien avant Glen Miller.

Il réussi avec son orchestre le HellFighters d’être apprécié par le  Général Gouraud et de se produire à l’arrière du front durant les périodes de repos au grand plaisir des poilus.

Il faille écouter comment cet orchestre jouait La Marseillaise, un vrai bijou !

The Hi
The HellFighters.

A étudier le parcours militaire de mon grand-père ayant combattu avec son  régiment  dans les mêmes secteurs du front en Champagne que le 369ème RIUS  je suis persuadé qu’il a assisté à l’une des prestations de son Jazz Band en Juillet-Septembre 1918 lors de la 4ème bataille de Champagne avec l’offensive des troupes Française enclenchant le début de la déroute de l’armée Allemande.

Pour revenir au ragtime on connait plus Scott Joplin ce compositeur de ragtime pour son imposante création musicale.

La plus galvaudée étant  » The Entertainer ».

Mais Jim Europe n’est pas en reste, la liste de ses compositions est aussi longue et il profita durant son hospitalisation en 1918 ayant été gazé lors d’une attaque avec sa compagnie d’écrire une chanson qui sera aux US en 1919, 1er au Hit parade « Une patrouille dans la zone neutre ».

Il obtint pour ses actes de bravoure la croix de guerre Française avec la Silver Star et fut cité à l’ordre des Armées.

Lors de son retour aux US chose unique à l’époque d’une ségrégation noire importante en 1919, l’orchestre défile avec les troupes de la 5ème Avenue et l’on rapporte que l’orchestre joua jusqu’à Harlem.

Mais quelle fin tragique pour ce prolifique musicien qui fut assassiné, poignardé  à Boston par jalousie par l’un de ses batteurs en Avril 1919.

Sa dernière création en 1919 est : « Goodnight Angeline » mystique !

Il repose au cimetière National d’Arlington.

Bonne écoute.

Salins 1629


Salins 1629.
Le début d’années noires.
Ce qui en reste et ce qui nous a été légué.

Cet article est géré par le site : gitejuralamoutena.com

En cette année 1629, la ville de Salins dépendante du Comté de Bourgogne, n’était pas encore conquise et intégrée au royaume de France, elle était en ce début du XVIIe siècle régentée et dominée par la maison des Habsbourg, gouvernance faite à partir du Royaume des Pays-Bas en place dans le Duché de Brabant au château de Coudenberg  à Bruxelles, par l’infante Isabelle d’ Espagne.

Elisabeth était infante par son origine Royale, Archiduchesse d’Autriche par son mariage avec l’ex Cardinal de Tolède  l’Archiduc Albert et aussi duchesse de Bourgogne ayant reçu en dot ce Comté comme le Charolais.

Isabelle et Albert d’Autriche, galerie de Comtes de Flandres, Eglise Notre-Dame de Courtrai dans la Gravenkapel.
Isabelle et Albert d’Autriche, galerie de Comtes de Flandres, Eglise Notre-Dame de Courtrai dans la Gravenkapel.

Isabelle fut veuve le 13 Juillet 1621, à 55 ans après 23 ans de règne commun avec son époux l’archiduc d’Autriche,  devint gouvernante générale des Pays Bas Espagnols et Bourguignons, provinces catholiques unies,  les régissant jusqu’à sa mort en 1633 de Bruxelles, à l’âge de 67ans.

Reprendre seule les rênes de la gouvernance ne fut point un problème pour l’infante, l’expérience du pouvoir et des décisions souveraines elle les possédait déjà,  par les partages du pouvoir avec l’archiduc durant leur mariage et surtout  ayant été habitué par son père Philippe II d’Espagne, dès l’âge de 12 ans à siéger au Conseil  Royal et à donner son avis sur toutes les affaires importantes du Royaume.
Aussi  la piété prenait une grande place dans sa vie, elle y consacrait 6 heures par jour, le reste aux affaires de l’état.
Mais la Franche-Comté était bien éloignée de la cour, elle fut confiée en 1602 par les Archiducs à Clériadus de Vergi Comte de Champlitte qui après sa mort en 1625, l’Infante d’Espagne confia le pouvoir légal et presque absolu à Ferdinand de Rye Archevêque de Besançon et au Parlement de Dôle, avec l’obligeance à maintenir expressément l’entière neutralité du Comté de Bourgogne avec ses voisins La France de Louis XIII.
(Source bibliographique : Mémoires pour servir l’histoire du Comté de Bourgogne par F.I Dunod de Charnage, 1790. p 535)

De fait la Franche-Comté vivait une paix bien toute relative, en fait le Cardinal de Richelieu ne le voyait pas ainsi et avait des obscures visées sur cette contrée à l’Est des frontières du Royaume de France, attendant un prétexte quelconque pour s’atteler à annexer cette province.
Mais en attendant le déchaînement de la guerre de Dix ans, Salins enclavée dans cette trouée de la vallée encaissée de la Furieuse dominée de part en d’autres par deux montagnes escarpées, fortement protégée par une enceinte fortifiée était la cité la plus prospère de la Franche-Comté grâce à son industrie de production du sel avec ses deux Sauneries intra muros, La Grande Saline et le puits-à-Muire au bourg le Comte.

Dès le mois de Juillet 1629 Salins fut atteint d’une épidémie de peste.

D’après les principales délibérations du conseil de la ville de Salins et les quelques données transcrites par M.Bechet (Histoire de Salins-les-Bains, vol 2 pp 355-366, réédition de 1828. M.Bechet ayant extrait ses relevés du dernier inventaire de la ville de Salins avant 1828, cote 409), nous allons suivre le ravage redoutable engendré par le bacille Yersinia pestis  à travers la population Salinoise.

Cette tragédie décrite au travers de ces délibérations permet d’appréhender et comprendre un peu comment fonctionnait la cité en cette 1ère moitié du XVIIe  siècle, le rôle majeur du Mayeur et la part importante qu’occupait la religion dans la vie des habitants.
Ces retranscriptions sont des éléments extraits des archives municipales de la ville de Salins.

Elles ont fait l’objet d’un résumé par étapes de cette tragique catastrophe par Charles Gauthier dans Le Salinois en 1852, l’un des rédacteurs de ce journal, il fut aussi bibliothécaire de la Bibliothèque de Salins en 1857.
Le Salinois était un journal de l’arrondissement de Poligny,  hebdomadaire dominical.
Le Salinois fut publié à Salins du 1er décembre 1839 au 27 Août 1944, dirigé jusqu’en 1863 par Etienne Billet.
Après le coup d’Etat du 2 Décembre 1851, la presse est sous contrôle, le décret du 17 Février 1852 relevant le cautionnement oblige Le Salinois à devenir une simple feuille d’annonces, tout journal politique devant verser au Trésor une caution et s’acquitter sur chaque numéro d’un droit de timbre.

Apparemment le journal n’avait pas les moyens financiers d’une telle imposition, il savait aussi qu’il serait rapidement muselé ou interdit, malgré que l’esprit du journal fût Républicain et qu’il s’était rallié au coup d’Etat.
Le nombre d’abonnés se situait à une moyenne de 200 jusqu’en 1863 avec une légère progression ensuite.

Ce qui suit n’est pas un copier-coller de ces articles mais une construction historique commentée et documentée de ces évènements, sans toutefois pouvoir en recouper les faits chronologiques avec les documents d’archives référencés dans les ouvrages et articles cités, ces archives étant accessibles aux ADJ ( cotes 5E 641/61-63).

Charles Gauthier évoque déjà en 1852, à la fin de ses articles que : « ce petit travail eût été plus complet, si nous avions  pu mettre à contribution les Archives municipales de Salins ; mais il règne un tel chaos, que l’usage en est absolument impossible. Ni inventaire, ni classement. »
Comment M.Bechet, qui pour avoir étayé en 1828 l’ensemble de son livre sur l’Histoire de Salins-les-Bains en grande partie  à partir de l’exploration des archives de Salins, des Inventaires de la ville de 1613 et du dernier inventaire avant 1828, a-t-il réussi à travailler ?
Où sont maintenant ces inventaires de la ville de Salins tellement cités par M.Bechet ?
Les inventaires des archives de la ville de Salins dont 1613 sont aux ADJ (cote 5E641/2).

Est-il nécessaire de rappeler l’historique de la conservation des archives de la ville de Salins, résumé par M.Ferroli  archiviste qui en 2015 eut en charge de répertorier le fonds moderne, puisqu’un constat de 1855 mentionne que toutes, bien toutes, les archives communales étaient dans un état de danger avancé.

De la mauvaise conservation de celles-ci encore à la veille de la 1ère guerre mondiale, des désordres répétés dans les débuts de classements suite à des transferts de lieux, le dernier en 1982.
Pour avoir demandé personnellement en 2009 et en 2010, à la municipalité de Salins, l’accès à des documents d’archives et avoir constaté dans les lieux de l’hôtel de ville de Salins où étaient entreposées celles-ci, le peu d’intérêts de la mémoire collective de plusieurs siècles entreposés, je  pense que le constat d’huissier de 1962 aurait été identique.

Mme P. Guyard  archiviste paléographe et directrice des Archives départementales du Jura, déjà dans ses ouvrages de références « Les forêts des Salines » parus en 2013, aborde qu’en 2001 les portes de ces archives étaient peu accessibles.

Que dans son document fort  brillant au demeurant sur : « Localiser, estimer, planifier l’approvisionnement en bois aux salines de Salins » en 2015 dans « Histoire des paysages forestiers Comtois et Jurassiens » en abordant et en évoquant la présence d’une carte ancienne de Salins dressée en 1756 dans les archives communales anciennes de la ville de Salins « le classement final de toutes les archives municipales de Salins permettra de mieux estimer si … »
Nous sommes fortement impatients de connaitre ce que contiennent ces archives et de pouvoir confirmer la validité de ce qui suit, dans cette tourmente de 1629, liée aux attaques dévastatrices du Yersinia Pestis.

Vue de bacilles Yersinia pestis de forme colonne, responsable de la peste.
Vue de bacilles Yersinia pestis de forme colonne, responsable de la peste.

 Salins.

La ville de Salins était à cette période la seconde ville en importance du Comté de Bourgogne après Besançon.

Par son activité économique, liée essentiellement à la production du sel, elle fournissait 60% des recettes comtales en 1590.
Cette production s’élevait en 1467 à 7 000 tonnes, chutant en 1632 à 2047 tonnes, baisse justifiée par les évènements qui vont être abordés ci-dessous.(Sources bibliographiques : Vivre en Franche-Comté au siècle d’or XVIe-XVIIe siècles, P.Delsalle, Jean-Louis Van De Vivère, p 40 et 308, Sept 2006, tirée de  D.Grisel, P .Guyard : Trésor des Chartres  des Comtes de Bourgogne et Chambre des comptes de Dole ; documents sur l’administration du domaine et la féodalité du comté de Bourgogne (XIII-XVIIIe s.), Besançon, ADD, 2000, PP20-30).

Par l’importance de sa population.
Le nombre de feux dans le bailliage secondaire de Salins au recensement de 1614 était de 1 235, ce qui correspond à un nombre d’habitants de l’ordre de 6 000 à 7 000 Salinoises et Salinois.
Ce chiffre chuta à 900 Salinois de 18 à 60 ans aptes à porter les armes suite au recensement de la montre d’armes de 1632. (Source bibliographique : G.Louis,  La guerre de Dix ans 1634-1644, cahiers d’Etudes Comtoises n° 60, presses universitaires de Franche-Comté, édition 2005, pp 271,278 et 298).

Si Dole était la ville-relais avec Bruxelles, ayant au sein de sa cité le Parlement,  la Cour des comptes, aides, domaines et finances du Comté, Salins était du fait de son importance industrielle, une cité fortifiée enclavée géographiquement et protégée comme le montre encore un peu cette reproduction photographique en 3 parties prise depuis Bracon en direction du Nord en 1905. (Source bibliographique : Anonyme, Bibliothèque ancienne de Salins).

Mais selon les pièces d’archives présentes aux ACS  série R cote 1662 (ACS : Archives municipales de Salins), cette reproduction photographique portant le N° d’inventaire 263 a été réalisée et donnée par son auteur Mr P. Boyer ou P. Royer, décédé en 1892.

Vue de Salins du Sud vers le Nord avec ses remparts, prises de vues photographiques de 1905 ?, fonds anciens de Salins.
Vue de Salins du Sud vers le Nord avec ses remparts, prises de vues photographiques de 1905 ? fonds anciens de Salins.

La 1ère représentation iconographique bien connue de la ville de Salins est ce plan cavalier contenu dans l’ouvrage de Sébastien Munster, recteur de l’Université de Bâle, intitulé : Cosmographey das ist Beschreibung aller Lander de 1598, PP 306-307 (Source bibliographique : BNF notice n°  40660024).

« Salin, la célèbre ville en Bourgogne… » tiré de la cosmographie universelle de Sébastien Munster.
« Salin, la célèbre ville en Bourgogne… » tiré de la cosmographie universelle de Sébastien Munster.

Depuis la réunion des 2 bourgs, en une seule commune avec le nom de Salins (Bourg-le-Comte ou Bourg Impérial  ou Bourg-dessous et Bourg-du-Sire ou Bourg-dessus,  indépendants et marqués franchement d’une séparation par une enceinte) avec l’accord de l’Archiduc Philippe en Septembre 1497, malgré que ceux-ci aient souhaités ne pas démolir les murailles les séparant au motif de leur utilité contre les incendies (inclus à l’article 11 de l’acte d’union) ; à la semaine de Noel,  les habitants élisaient leurs échevins parmi les notables de la ville décomposée en 4 circonscriptions paroissiales.

Ces échevins étaient la représentation des habitants de ces paroisses, clairement établi dans l’acte de 1497.

Le Maire ou Mayeur ensuite était élu, en charge pour lui l’administration de la cité à la place des anciens gouverneurs des deux Bourgs (Source bibliographique : M. Bechet, Histoire de Salins-les-Bains, Vol 2, réédition faite en 1990).
Au conseil de la ville, le mayeur et capitaine de la ville était Philippe Marchant depuis le 25 Juin 1607, écuyer, sieur de La Châtelaine, gentilhomme de la maison d’Isabelle d’Autriche, épaulé par huit échevins et seize conseillers selon deux par paroisse pour les échevins et quatre par paroisse pour les conseillers.
Au titre de capitaine de la ville,  il percevait 50 francs Comtois (Source bibliographique : M.Bechet, Histoire de Salins-les-Bains, réédition Vol 2, p 338).

Les échevins de Saint Anatoile étaient François Thomas Cussemenet , écuyer et un apothicaire Pierre Maginet.
Les conseillers : Claude Amyot dont l’ascendant Guillaume Amyot était lieutenant du bailli de Salins ; Jean-Baptiste Coquelin, sieur de Germiney et d’Aresches qui en vertu de ses services rendus obtint de Philippe III de changer son nom en sieur de Germiney ; Claude Udressier et Claude Girard.

Pour la paroisse de Saint Jean, les échevins : Simon Billard anobli en 1618 en considération des services rendus par son beau-père Antoine Garnier, vice président au Parlement de Dole et Simon Vernier docteur es-lettres fils de Jean Vernier capitaine au château de Vennes (dans le Doubs).
Les conseillers : Claude Faroz, écuyer ; Claude Vernier frère de Simon échevin en la même paroisse ; Jean-Baptiste Bancenel , écuyer, sieur de Myon  puis Genèse Ravaignier docteur ès-droit.

Les deux échevins de la paroisse de Notre-Dame étaient, Guy d’Eternoz, écuyer, sieur de Salgret et Jean Huguenet.
Les conseillers : les sieurs Philippe Vernet, Jean Garnier et Cécile, écuyer, docteur en droit canon puis Etienne Bancenel le jeune, écuyer, sieur de Myon.

Ceux de Saint Maurice pour les échevins étaient : Frédéric Partoney, écuyer après avoir servi en Flandres était revenu à Salins en 1592 avec  la charge de Gruyer des forêts des Salines et Noble Gaspard Quanteau docteur en médecine d’une famille anoblie par le Duc de Bourgogne en 1455 pour service rendu auprès du Duc en tant que médecin.
Les conseillers : Noble Désiré Mathon, docteur en médecine, anobli en 1613 ; Guillaume David, écuyer, docteur ès-droit, sieur de Mérona ; Nicolas Chaudet, écuyer et le sieur François Maire.

Circonscriptions paroissiales de Salins.

La gestion de la ville ainsi répartie l’était par un découpage territorial  très particulier.
L’étendue de l’importance des 4 paroisses n’était pas cantonnée uniquement que pour l’intérieur de l’enceinte mais couvrait un espace différent selon les paroisses.
Ainsi que nous le montre le plan figuratif de la ville de Salins publié dans :
L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, édité  en 1995 pour l’exposition de Besançon parmi les 61 représentations commentées, ce plan étant archivé aux ADD (Archives départementales du Doubs) sous la cote 1Fi 214.

Détail du plan figuratif de l’étendue des quatre circonscriptions paroissiales de Salins, XVIIIe siècle.
Détail du plan figuratif de l’étendue des quatre circonscriptions paroissiales de Salins, XVIIIe siècle.

 Ainsi les circonscriptions couvertes par les 4 paroisses englobaient des villages, hameaux et granges à l’extérieur de la ville selon et pour :
St-Anatoile anciennement appelée St-Sinphorien:
L’Hôpital, Les Cordeliers, les faubourgs de Bracon, Galvoz et Champtave, le fort Bracon, remontait jusqu’aux Planchettes à l’Ouest, Arloz dessous, Remeton ainsi que la tuilerie, Blégny, Goailles, Clucy et le Fort Belin.
St Jean Baptiste :
Castel de Rans et son faubourg St Nicolas, Le Paradis et l’étendue du périmètre du Fort Saint André alors Roche Jurée.
Notre-Dame :
Vers l’Ouest jusqu’à Géraise, la grange de Vaux, Cezenay puis vers le Nord l’étendue des Roussettes.
Saint Maurice :
A l’Ouest la Grange Salgret, Saint Joseph, le Moulin Bonnet, Les Capucins et le faubourg St Pierre.

 

Le conseil de Salins était complété par le receveur de la ville et le procureur-syndic,  les sieurs  Jean David et Jacques Nouveau, le secrétaire en était Pierre Boquillard
(Procureur-syndic ou procureur du souverain  syndic).

Déjà le 15 Février 1629, le Magistrat est averti que la peste est déclarée à Besançon, pour que le 18 le conseil écrive au Magistrat de Besançon d’interdire tout échange commercial avec les habitants de Salins.
Le 14 Avril ayant connaissance que la peste est déclarée à Baume (Baume les Dames dans le Doubs) il est délibéré que les habitants monteront la garde aux portes, sans pouvoir en sortir même pour prendre leurs repas.
Une amende de 100 sols sera demandée aux contrevenants.
(Sous multiples des monnaies en cours:
La livre estevenante des évêques de Besançon, équivalait à 20 sols ou 80 blancs ou 240 deniers.
 Le franc, monnaie Comtale équivalait à 12 gros ou 48 blancs ou 144 engrognes.
Le franc de Bourgogne valait 2/3 de livre estevenante soit 13 sols 4 deniers.)
Les gens de la prévôté auront le devoir d’expulser hors de la ville les étrangers de pauvres revenus.
On pouvait pénétrer dans la ville par 9 portes, au Nord les portes de Malpertuis, de Chambernoz, à l’Ouest traversant La Furieuse, de Ferry ou de Rans, du Paradis, de Saint Nicolas, Bechet vers le moulin Bechet, des Cordeliers, batavde donnant sur Saint Anatoile à l’Est et d’Oudin au Sud.
Les principaux axes d’entrée et de sortie étant  les portes de Malpertius, de Chambernoz et d’Oudin, positionnées sur les voies de communications d’échange et de commerce entre la ville et les autres provinces et contrées lointaines.
Sont exclus de ce descriptif, l’accès entre les deux bourgs, la porte du Surin et celles de la Grande Saline.

Une description graphique de ces accès de la ville est figurée dans le plan manuscrit que nous a laissé le Capitaine Léon-Paul Pinault qui après son activité militaire, en retraite à Salins assura les fonctions d’archiviste bénévole et se passionna pour l’histoire locale laissant un fonds dont des manuscrits.
(Source bibliographique : ACCOLAD, mission de recensement des fonds patrimoniaux de Franche-Comté, 2008, p 60).

Représentation de Salins en 1750 par le Capitaine Pinault, fonds anciens de Salins.
Représentation de Salins en 1750 par le Capitaine Pinault, fonds anciens de Salins.

Le 30 Avril le conseil alerta par écrit les habitants de Genève où était présent des cas de peste de s’abstenir de venir par-deçà Salins.
A la réunion du conseil du 5 Mai regroupant aussi le clergé en la grande salle du Puits à Muire (le conseil se réunissait soit dans cette salle soit dans la maison de ville, située entre les deux Bourgs), il fut décidé que le Dimanche en huit une procession générale en habit blanc sera organisée avec le Saint Sacrement et que le dimanche une autre à Saint Anatoile, protecteur de la ville et afin que ce Saint puisse intercéder et présenter les prières de la ville à sa divine Majesté toute puissante, un présent lui serait offert .
Ce présent fut une lampe d’argent doré pesant 12 marcs (Unité de poids d’un métal précieux, le marc de Troyes = 244,75 g),  achetée chez un orfèvre de la ville Jean Perrey, aux 3 coins de la lampe les armes de la ville émaillées et doré en relief (donnée historique confirmée, reportée et citée dans l’ouvrage : Les orfèvres de Franche-Comté et la Principauté de Montbéliard du Moyen-âge au XIXe siècle, Librairie Droz, 1976, pp 575-576).

Le 18 Juillet, deux houilliers (travaillant à l’exploitation du gisement de houille à Aiglepierre, employés par la Grande Saline) hospitalisés à l’Hôpital du St Sépulcre (aujourd’hui l’immeuble de la Médiathèque) meurent subitement.
Gaspard Quanteau échevin de St Maurice et docteur en médecine visite les cadavres et ne peut se prononcer sur la raison des décès.
Mais le lendemain, 2 enfants d’houillers meurent au même Hôpital.
Les médecins, Gaspard Quanteau, Bonlieu et François, assistés des chirurgiens Jean, Poncet Marchandet et Grenault examinent les défunts, leurs constats est unanime, la mort est liée à une contagion.
L’ordre est donné de barrer l’Hôpital ainsi que tous ceux qui y réside (La « barre » avait pour but d’empêcher les habitants d’un village, d’une maison, d’un logis de communiquer avec qui que ce soit à l’extérieur du lieu contaminé. Il était défendu d’y sortir et d’y recevoir du monde, les portes étaient barrées, clouées de traverses).

Détail du plan manuscrit de Salins d’A.Robert d’après les croquis du Colonel Perrin 1881, bibliothèque ancienne de Salins.
Détail du plan manuscrit de Salins d’A.Robert d’après les croquis du Colonel Perrin 1881, bibliothèque ancienne de Salins.

Le 20 Juillet le conseil dans son ensemble délibère pour fixer les lieux où des loges pourront être construites pour y installer les pestiférés.
De fixer l’amende de 20 livres estevenantes à tous les malades non déclarés.
De fixer une autre amende de 100 sols aux prêtres administrant les sacrements aux personnes contagieuses.
Une autorisation est donnée à Jeanne épouse de Jean Suffisant de l’Angonne dont le gendre vient de mourir de la peste de construire une loge en une vigne qui leur appartient aux Roussets pour s’y retirer avec sa famille et que cette loge sera barrée.
Le lendemain des postes de garde sont installés aux portes de Malpertius, Chambernoz et Oudin.
Les rondes de nuit sont instaurées.
Le Révérend Père Le Maire des  jésuites offre les frères religieux pour assister les malades se que font déjà les frères Capucins.
Par ordre du conseil quelques loges sont construites à La Béline (source bibliographique complémentaire: Bechet, recherche historique sur la ville de Salins, p 382), le fontainier Simon Bonnet s’y joignant pour y établir une fontaine, il en sera de même aux « Petaux » (Les Pétots, lieu-dit au Sud de la ville).
Laurent Baudran se proposa de nettoyer les maisons infectées moyennant 4 gros par jour.
Le 23 Juillet le procureur-syndic, Jacques Nouveau somme les habitants des faubourgs de Galvoz, Blégny et Champtave qui veulent empêcher de construire les loges et qui tirent toute les nuits des coups d’arquebuse contre les habitants de Salins, seront considérés comme formant des actes de rébellion et de mutinerie.
Les houillers suspects d’être contagieux sont envoyés dans des loges installées près de la muraille des Sauneries hors de la ville (au niveau de la tour de Reculot, entre le mur d’enceinte et La Furieuse ?).

Détail plan manuscrit de la Grande Saline de Salins, 1754, tour de Reculot, bibliothèque ancienne de Salins.
Détail plan manuscrit de la Grande Saline de Salins, 1754, tour de Reculot, bibliothèque ancienne de Salins.

Ces loges seront surveillées jour et nuit et les contagieux étaient  arquebusés s’ils tentent de s’en échapper.
L’ordre est donné de tuer tous les chiens et chats à raison de 100 sols par bête.
L’ordre est donné aux chirurgiens de désigner l’un d’entre eux, pour le traitement des pestiférés dans les loges, le médecin Gaspard Quanteau et le chirurgien Poncet Marchandet percevront chacun  10 écus par mois à charge de visiter tous les malades dont ils seront requis. (L’écu, monnaie d’argent équivalait à 3 livres estevenantes et à 4 francs, source bibliographique : Jean Girardot de Nozeroy, Histoire de dix ans de la Franche-Comté de Bourgogne, 1632-1642, publié par J.Crestin, 1843, p 265).

Le 24 Juillet il est interdit de vaquer de nuit dans la ville après que la cloche soit sonnée, sans grande nécessité et sans lumière, les contrevenants subiront 30 livres d’amende et l’incarcération.
Le 26 le conseil plus les notables réunis décident qu’à la Beline à quelques distances des loges des pestiférés seront construites d’autres loges pour ceux qui seront suspects et non atteints de la contagion, que les houillers placés près de la Saline seront conduits près de la Beline « pour éviter l’infection de l’air » et que les sieurs du clergé seront appelés au conseil pour délibérer sur le vœux proposé à faire à la Vierge Marie pour la prié de garantir et préserver les habitants de Salins du « grand mal et de la contagion ».
A compter du 27 Juillet, la porte St Nicolas est fermée suite aux passages des étrangers.
Les échevins seront appelés dans chaque paroisse à faire désigner par le clergé les confesseurs auprès des pestiférés.
Aussitôt le lendemain les délégués religieux de toutes les paroisses, doyens, chanoines, familiers aussi de l’Hôpital se rassemblent  avec le conseil et délibèrent qu’aussitôt libéré du fléau de cette contagion il sera fait une procession solennelle à l’image miraculeuse de la Vierge à Gray.
Que pour ratifier ce vœu, une grande messe sera exécutée en le Lundi suivant, à l’église Notre Dame en présence, du Magistrat de la ville et de deux commis par église et par chapitre et qu’à la fin de cette grande messe, le Mayeur prononcera solennellement le vœu émis par tous.

Le 1er Aout du fait que 2 personnes à Aiglepierre sont décédées de la peste, il est ordonné à tous les habitants d’Aiglepierre de se tenir barrés sous peine d’être arquebusés.
On sollicite chaque membre du conseil de transmettre le nom des gens « propres à l’office de batonniers ».
L’épidémie prenant de l’ampleur d’une façon effrayante, le conseil décide que les séances se tiendront tous les jours à 7 heures du matin et que les délibérations pourront être retenues avec  seulement 4 membres.

Ainsi le 4 Aout une « commission peste » est formée sous la houlette du Mayeur de 4 échevins et du procureur-syndic.
Le 5 Aout, Maginet échevin et apothicaire est sollicité pour réaliser des compositions médicamenteuses qui seront délivrées à tous les échevins et officiers de Salins pour les préserver du danger auquel ils sont exposés journellement.
(Maginet comme apothicaire possédait une excellente réputation et en tant que tel était cité dans l’ouvrage de 1629 de Jacques Dorenet, enseignant la médecine à l’Université de Dole : Brève et facile méthode pour guérir de la peste, ouvrage présent dans la bibliothèque historique du Château de Rolle en Suisse au bord du Lac Léman).
Une de ces compositions qu’il considérait comme la panacée universelle était la thériaque (Comme préparation officinale elle existait depuis plus de 200 avant J.C, présente  dans presque toutes les pharmacopées et dans tous les manuels du XIII e au XIXe siècle. Dans la pharmacopée de Nuremberg, quatre formulations de la thériaque y compris la thériaque de Mithridate y était représentées. La préparation de la thériaque était très compliquée, très longue à réaliser, les composants difficile à obtenir, mais était considérée comme un vrai art des apothicaires).
Le 6 Aout tous les rassemblements publics, même ceux des obsèques sont interdits.

Les échevins de St Anatoile et de St Jean sont priés de pourvoir rapidement à la construction des  loges pour les pestiférés, à cet effet des lavons seront demandés à Nozeroy, Cuvier, Champagnole (les lavons sont des planches de bois utilisées pour la construction).

Pour exercer son droit de justice intra-muros, la mairie fit dresser trois potences et signes patibulaires, une au Faubourg, une autre devant la maison de ville et la 3ème devant les Halles (en temps ordinaire deux gibets étaient placés, l’un sur les Monts de Cernans, l’autre à la crête du Mont de Simon, confirmé sur la carte du ressort de Salins, tirée de : L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, édité  en 1995 ; cette carte est  archivée aux ADD, cote 1Fi 1454).

Détail de la carte du ressort de Salins, gibet et roue de sentences au Mont de Simon, L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, 1995.
Détail de la carte du ressort de Salins, gibet et roue de sentences au Mont de Simon, L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, 1995.

L’édit de tuer tous les chiens et les chats fut renouvelé.
L’interdiction totale de sortir de la ville même pour moissonner  sans la permission des échevins fut imposée, sous peine d’amende de 100 sols.
Obligation de déclarer toute personne malade, sous peine de 500 livres d’amende (Ce fut la peine financière maximale appliquée).
L’épinglier, Etienne Callier suspecté d’avoir fait entrer en ville de la marchandise « suspecte de contagion » ainsi que Pierre Moreau, tanneur l’ayant reçu dans sa tannerie sont condamnés le 1er à 50 livres le second à 25 livres d’amendes.

 Le 7 Aout, Anatoile Charrette, Pierre Martenet, Poncet Dumon, Jean Melin sont retenus pour être « batonniers » à 27 francs de gage chacun.
A charge à ceux -ci d’obéir aux membres du Conseil pour transporter les corps des pestiférés, avertir les enterreurs (fossoyeurs), emmener les infectés aux loges et pourvoir aux approvisionnements des rations aux loges.
Le boucher Claude Moreau dit Passeret dont l’épouse et la servante ont été reconnues atteintes de la peste, pour continuer à fréquenter sa boucherie mettant en grand danger les personnes qui y viennent est condamné à 150 livres d’amende.
Le conseil tiendra ses réunions en la salle de la maison d’Arquinsey ou Arquinsel (Au milieu du XIXe les restes d’une partie de la tour de cette bâtisse était située sur la place du Gouvernement, elle avait été achetée en 1575 par la ville de Salins à François de Merceret pour 3 300 francs, la ville y entreposait des armes et des munitions.
Un inventaire de 1626 de cet arsenal fut établi par ordre du Magistrat, cet inventaire est décrit dans M.Bechet, Histoire de Salins-les-Bains, vol 2 page 345
.
Edouard Toubin dans ses cahiers manuscrits de toponymie des rues de Salins mentionne bien que la maison d’Arquinsey était selon l’ancienne numérotation de 1827 au N° 95.
E.Toubin en établi un petit descriptif : « La tour d’Arquinsey, belle et grande, du haut de laquelle on peut voir quasi tout le pourtour de la ville, car elle est au point le plus éminent de la grande rue, est couverte d’ardoises et ses murailles sont d’une grande épaisseur ; joignant il y a un spacieux corps de maison couvert de tuiles… », et que suite à son rachat par la ville en 1560, elle fut la maison de ville et après la conquête Française le logement du gouverneur, source d’archives : ACS 1451
).

Détail plan de Salins, géomètre Louis Bournier, 12 Mai 1823, ACS 1446.
Détail plan de Salins, géomètre Louis Bournier, 12 Mai 1823, ACS 1446.

Le 8 Aout des loges sont commencées d’être construites sur  la Beline.
Les habitants fuyant la ville, les rondes de nuit ne peuvent plus se faire à tour de rôle, il faille faire appel à des hommes à gages payés aux frais des habitants.
Les gages des enterreurs sont arrêtés à 14 gros par jour.
Il est accordé au père Charles Lebrun ermite à St Roch, 9 gros par jour pour administrer les saints sacrements aux pestiférés sur la Beline et une robe d’ermite d’une valeur de 15 francs.

Le 9 Aout aux vues des risques majeurs et des dangers encourus, les gages du Mayeur seront à 24 écus par mois, ceux des échevins à 12 écus et pour le procureur-syndic 15 écus par mois (1 écu = 3 livres estevenantes).
Il est interdit de jeter les immondices dans les rues elles seront versées dans La Furieuse.
Il est aussi interdit de transporter des meubles d’une maison à l’autre sous peine de 50 livres d’amende.
La nommée Faulconnette ayant transporté le nouveau-né de Guillaume Bernardet dont la mère est morte de peste pour y être baptisé, est barrée ainsi que le parrain, la marraine, le vicaire ayant baptisé l’enfant comme le prieuré de N-D de Château où Guillaume Bernardet s’était retiré, il est toutefois condamné le 12 aout à 100 livres d’amende pour n’avoir point déclaré sa femme atteinte de la contagion. (Le prieuré de N-D de Château-sur-Salins comme N-D de Château-sur-Salins dépendants du prieuré ex-abbaye clunisienne de Gigny dans le Jura, étaient implantés en dehors de la ville à l’Ouest, sur le promontoire en forme de plateau sur la commune de Pretin, c’était un haut lieu de pèlerinage et de dévotion consacré à la Vierge.
Les données historiques sur N-D de Château sont contenues dans : Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétien en France).
Le 11 Aout un marché est passé avec le chirurgien Dandelier  dans le but de traiter les pestiférés, moyennant 50 écus par mois, plus un cheval entretenu aux frais de la ville et l’aide d’un des enterreur,  le suivant pour l’aider à monter et à descendre de cheval dans le cadre de ses visites, les drogues et remèdes étant fournis par le Magistrat.

Le 13 Aout il se fait l’achat d’un cheval et d’une charrette pour conduire les morts au cimetière et il sera réalisé quatre falots en fer blanc pour ces transports de nuit.
Il est distribué aux membres du conseil tous les remèdes réalisés par l’apothicaire Maginet.
Il est défendu de se réunir à plus de quatre personnes sous peine d’une amende de 20 livres.

Le 15 Aout, Etienne Mauvais vigneron atteint de la peste et ne l’ayant pas déclaré subit la condamnation de 500 livres d’amende, le rendu de justice est qu’il évite à quelque voix près d’être arquebusé.
La sage femme qui  a participé à l’accouchement de l’enfant de Guillaume Bernardet, barrée chez elle sera nourrie à ses frais.
Un édit est publié pour tenir les « gréaux » d’eau devant toutes les maisons en cas d’orvale de feu, à tous les « gipsiers » et autres ouvriers d’accourir aux incendies et interdiction aux personnes suspectées d’être contaminées par la peste de s’y retrouvé sous peine d’être arquebusées (un gréau était un récipient de bois permettant aux habitants d’aller à la fontaine proche d’y « puiser » l’eau ; un gipsier était un ouvrier du bâtiment travaillant le plâtre)  .
Au 18 Aout, il sera accordé 4 gros par jour au fils de maître Claude, le maréchal-ferrant pour conduire les pestiférés et ferrer le cheval.
Il sera manufacturé 100 cadenas, utilisés par les échevins pour barricader tous les « infects et suspects » chez eux.

Le 22 Aout, le prieuré de N-D de Château est débarré.
Claude Bonvalet, familier de St Anatoile est condamné à 20 livres d’amende pour avoir jeter des quantités d’ordures au devant de sa demeure.
Le 25 Aout, Frederic Partonay, échevin de St Maurice informe le conseil que, le médecin Montplaisir envoyé de Dole par M. de Cressia  pour traiter les pestiférés, était rendu en ville et descendu chez les Pères de l’Oratoire. (Les Pères de l’Oratoire avaient leur maison dans la Grande rue du Bourg-Dessous, en 1642  la ville leur céda le collège de Salins)
Le Père Quaré était allé quérir ce médecin à Dole au nom du Magistrat.
Il sera traité avec lui à raison de 40 pistoles par jour (soit 13 francs Comtois de l’époque)
Le 30 Aout, il est versé 24 francs à Antoine Maitret en paiement d’un poinçon de vin blanc demandé par le médecin Montplaisir pour la réalisation de ses remèdes qu’il dit vouloir donner à tous les habitants.
Il sera fourni au couvent des Carmes et des Jésuites «  ½ muid» de vin pour leur effort envers les pestiférés  (aujourd’hui le  ½  muid est un gros fût d’une contenance  de 500 à 600 litres)

Le 2 Septembre, le nettoyeur maître Jean est congédié, soupçonné de magie.
Une permission est accordée par l’Archevêque de Besançon de faire dire la messe tous les jours avec un autel portatif auprès des pestiférés en considération de leurs éloignements.
Le 3 Septembre, le Magistrat négocie avec un chirurgien de St Amour, maître Philibert préposé pour le quartier du  Bourg-dessous, en charge des échevins de lui trouver un logement, il en sera de même avec le médecin Montplaisir pour le quartier du Bourg-dessus, de lui trouver un logement sur la montagne de St Anatoile.
Il est ordonné aux enterreurs d’exécuter correctement leur travail, sans quoi ils seront arquebusés.
(Les nettoyeurs intervenaient lorsqu’une maison était vidée de ses occupants soit par leurs décès soit par leurs transferts aux loges, pour tout récuré à l’intérieur,  venaient ensuite les espreuveurs ou éprouveurs, personnes à gages, résider dans les lieux durant une période permettant de vérifier si l’habitation était saine ou pas, selon l’état de santé des dits occupants).
Une enquête est diligentée contre une femme surnommée « La Grevesinne » pour avoir jeté sur la charrette des enterreurs le corps d’un enfant qui n’était pas encore mort.
Le 6 Septembre, il est constaté des exactions produites par quelques batonniers, envers les habitants conduits aux loges, en cas de récidive ils seront arquebusés.
Le 13 Septembre, il est défendu aux pestiférés et suspects des loges d’en sortir sous peine d’être arquebusés.
Pour être délivré du fléau de la peste qui va de jour en jour en augmentant, le recours à Dieu et à ses Saints est formulé auprès des religieux de St Maurice qui sont priés de dire une grande messe à laquelle le Mayeur assistera seul sans autre assemblée.
Le 20 Septembre, le marchand Philibert  Perrenet est condamné à une amende de 500 livres pour n’avoir point déclaré sa maladie.
(Le médecin étant informé d’un cas suspect, se déplaçait à son domicile, le faisait venir sur le seuil de sa maison et à distance l’interrogeait,  lui ordonnait de se dévêtir entièrement et à distance examinait son corps pour voir si celui-ci était ou pas couvert de pustules ou de charbons. Ensuite il prononçait son diagnostic).
Le 27 Septembre, l’épidémie de peste était à son comble.
Il fut décidé qu’on n’enterrerait les corps que durant la nuit, afin de dissimuler quelque peu l’augmentation de la mortalité à la population.
Au conseil  MM.  Quanteau, Billars, Marginet et Dournon ont succombé  et tous les conseillers sauf un, sont absents ayant fuient la ville pour cause de la contagion.
C’est le conseiller Garnier, le seul qui vient aux séances du conseil lorsque son état de santé le lui permet, il échappera à la contagion et décèdera en 1684.
Il est délibéré d’écrire au Parlement de Dole pour qu’elle leurs ordonne de revenir à leurs fonctions, le maire craignant que si le mal continuait avec autant de violence, la ville risquait d’être sans conduite ni surveillance.
(La ville de Salins était abandonnée d’un grand nombre de ses habitants. La population était fortement décimée).

Le 30 Septembre, le chirurgien Jean Marchandet déclarait au conseil que le mal contagieux prenait une telle ampleur qu’il lui semblait inutile de procéder plus en avant à la visite des malades, le conseil délibéra que si le chirurgien persistait dans son intention qu’il en serait dispensé.
Il fut décidé que tout habitant qui se sentirait quelque mal s’auto-barricaderait en le faisant savoir à son échevin, à peine d’être banni de la ville à perpétuité.
Le 4 Octobre, les 2 échevins de St Anatoile étant morts, le receveur sollicite Charles Marchant demeurant au faubourg Champtave de se charger « des affaires de peste » de cette paroisse, conjointement avec le procureur-syndic. (Charles Marchant, d’une autre famille que celle du Maire anoblie en 1531).
Les Augustins du couvent de Brou dont l’église était placée sous l’invocation  de St Nicolas de Tolentin  offrent à la ville une  quantité de petits pains bénis et la façon dont il fallait ensemble prier, ce remède ayant été utilisé à Lyon contre le mal et avaient grandement soulagés les Lyonnais.
(St Nicolas de Brou est une église faisant partie du monastère royal de Brou, à Bourg-en-Bresse dans l’Ain et Nicolas de Tolentino était un moine des ermites de St Augustin).
Suite à ce geste le conseil fait vœu d’offrir à l’église de Brou, au nom de la ville, un calice d’argent de 50 écus qui y sera porté dès que le mal aura cessé, priant que ce petit don puisse être agréable à Dieu et à St Nicolas pour l’apaisement du mal sur la ville.
Il fut délibéré qu’il sera fait une grande messe en l’honneur de St André et qu’elle sera célébrée dorénavant le 1er dimanche d’Octobre de chaque année.
L’offre de 2 000 florins faite le 6 Septembre par les administrateurs des Sauneries, au nom de M.le comte de Varfusé de pouvoir faire bâtir une chapelle en l’honneur du glorieux St Claude le protecteur de la ville qui a vue sa naissance, est acceptée.

Le 9 Octobre, le Parlement adresse au Maire un mandement obligeant les conseillers absents de revenir en ville faire leur service, sous peine de 500 livres d’amende.
Le 10 Octobre, le Maire écrit au Parlement qu’il ne reste pas en ville 200 hommes en état de prendre les armes.
Le fléau est partout, toutes les maisons religieuses sont envahies.

Le 17 Octobre, l’épidémie diminue d’intensité, les soins du médecin Montplaisir n’étant plus indispensable il commence sa quarantaine.
Le 22 Octobre, les enterreurs et autres gens employés auprès des pestiférés sont licenciés.
Le 2 Novembre, les nettoyeuses Bisontines feront leur quarantaine à Châtel-Guyon après avoir nettoyer les maisons où elles vivaient.
George Garnier, maitre des enfants de chœur est condamné à 50 livres d’amende pour n’avoir point déclaré la maladie de l’un des enfants.
Le 5 Novembre, des enterreurs sont encore renvoyés.
Le 8 Novembre, le fils de Guyenet Grandjean ayant été contaminé depuis plus de 15 jours sans être déclaré, le père et le fils son t bannis à vie de la ville.
Le 12 Novembre, six personnes suspectes ou malades pour avoir quitté les loges et être venues en ville sont condamnées à 50 livres chacune et au bannissement en cas de non-paiement.
Un incendie s’est déclaré au Bourg-dessus, une bonne partie des maisons des plus notables ont été dévorées par le feu.
Fréderic Partoney l’échevin en charge d’organiser les secours, n’ayant plus la maîtrise le l’incendie, fait le vœu de faire célébrer une messe solennelle à St Anatoile.
Ce vœu est ratifié par le conseil.
Il sera donné à Messieurs du Chapitre de St Anatoile 16 francs et 2 patagons au prêtre et familier de St Jean pour faire réparer un reliquaire d’argent jeter dans les flammes de l’incendie pour apaiser la fureur de l’orvale.(Le patagon était une monnaie usitée sous le règne des Archiducs en Flandres, l’unité de référence était le souverain, celui en argent reçu le nom de « patagon »)
Ordre d’arquebuser les voleurs pénétrant dans les maisons vides de leurs occupants .

Le 22 Novembre, le calice, patène et chopinette (Est-ce que ces dites chopinettes sont les burettes de messe ?) d’argent doré destiné au couvent de Brou est réalisé par Jean Perrey orfèvre pour la somme de 245 francs et demi (donnée historique confirmée, reportée et citée dans l’ouvrage : Les orfèvres de Franche-Comté et la Principauté de Montbéliard du Moyen-âge au XIXe siècle, Librairie Droz, 1976, pp 575-576).
Un mandement de 16 francs est donné à ce même orfèvre pour la réalisation d’un petit ciboire destiné aux R.P des Carmes pour leurs dévouements d’avoir porté les Saints sacrements aux pestiférés des loges.

Le 7 Décembre, La contagion comme le nombre des pestiférés allant en diminuant, le chirurgien Philibert commencera sa quarantaine, le sieur Dandelier pouvant à lui seul subvenir aux traitements des malades, le chirurgien Montplaisir quant à lui a fini sa quarantaine.
La garde à la porte de Chambernoz sera levée.
Une distribution de fagots sera organisée pour les pestiférés aux loges qui souffrent du froid et de l’humidité.

Le 14 Janvier 1930, la violence de l’épidémie diminue.
Le procureur-syndic revient de Besançon après avoir accompagné 32 femmes venues à Salins comme nettoyeuses.
Le chirurgien Philibert Colette, de St Amour ayant fini sa quarantaine, il lui est autorisé de circuler librement en ville.
Le 18 Janvier, les échevins de St Maurice sont commis pour remercier le R.P. Léon, capucin, des services rendus durant la peste. Un don de 10 écus sera fait à son couvent, la même somme sera versée pour les mêmes raisons aux R.P. des Carmes.
Le 21 Janvier, le chirurgien Philibert Colette demande le paiement de ses gages et à être reçu habitant de la ville, ce qui lui sera accordé à la postérité.
Une personne nommée la Richarde demande à faire sa quarantaine, elle sera placée dans l’une des tours de la fortification et nourrie aux frais de la ville.
Il est demandé aux ecclésiastiques de suspendre les cérémonies dans les églises, vu l’avis du conseil de la ville le danger sanitaire qui  consistait à tous les habitants de venir baiser les reliques apposées sur les autels.
Le lendemain, on permet aux R.P. Cordeliers d’entrer dans la ville, leur couvent étant considéré comme n’étant plus soupçonneux de contagion.
Le Maire et le sieur Nouveau le procureur-syndic, sont priés d’ordonner aux enterreurs qui sont encore derrière les fortifications de couvrir de terre les fosses des pestiférés enterrés au cimetière proche de l’Hermitage des Sept douleurs.
Le cheval ayant servi à conduire les morts sera vendu.
(C’est Philippe Marchant seigneur de la Châtelaine qui fut réélu maire en 1630. L’Hermitage des 7 douleurs était l’Hermitage St Roch).

Le 31 Janvier, il est constaté un grand nombre de mendiants étrangers dans la ville, des gardes seront placés aux portes de la ville et il sera nommé un « chasse-coquins » pour y pourvoir.
Les échevins de St Anatoile seront en charge de faire nettoyer la chapelle de St Ferreau utilisée pour loger les enterreurs durant le mal contagieux.
Tous les batonniers seront licenciés, sauf deux.
Le 4 Février, les cas de peste deviennent de plus en plus rares, plusieurs fois, le conseil de la ville a demandé au Parlement de débarrer la ville, sans succès.
A cet effet, des habitants formulent une requête auprès du Magistrat qui convoque huit notables de chaque paroisse et  leur expose ce qui a été entrepris.
A ce propos, Jean Converset, huissier ayant parlé injurieusement du conseil, est mis en prison, le Magistrat rappelle que la calomnie et que semer la discorde dans la ville sont condamnables.
Le procureur-syndic présente les comptes des amendes ayant été perçues durant l’épidémie de peste s’élèvent à la somme de  4 486 livres estevenantes. (M.Bechet cite dans Histoire de Salins-les-Bains, vol 2, p 366, que les amendes de police prononcées contre les délinquants, pendant les 2 années de peste, s’élevèrent à 1 100 écus, ce qui semble correspondre aux 4 486 livres estevenantes.)

Le 9 Mars, il est présenté au conseil qu’une procession générale sera faite le lendemain, il est donné ordres à tous ceux qui se trouveraient incommodés de se déclarer aux échevins.
Le 14 Mars, il est permis aux confrères de la Croix de faire leur procession du jeudi de la semaine Sainte, qu’il n’y aura pas de prédication, pour éviter le mélange des habitants.
Le 15 Mars, les gardes et rondes de nuit sont suspendues.
(La confrérie des confrères de la Croix fut fondée par les bourgeois de Salins en 1583, en dehors pour les cérémonies ils portaient un sac de toile noire avec un chapelet à la ceinture, une fois par semaine les confrères visitaient les prisons et les pauvres des hôpitaux, ils accompagnaient les condamnés au supplice, ils aidaient les jeunes filles pauvres à se marier et pour les enterrements des pauvres).
Le 17 Mars, par ordre du Parlement de Dole, la ville de Salins est débarrée, elle fut annoncée à la population au son de la trompe.A partir de cette date il y eu très peu de cas de peste non suivis de décès.

Le 23 Avril, le conseil avec le clergé et les notables se réunissent tous en la salle du Puits-à-Muire.
Le Mayeur expose qu’il convient d’accomplir un vœu en l’église N-Dame de Gray et d’y aller en procession.
Les ecclésiastiques en raison de leurs dépenses faites durant l’épidémie de peste évoquent qu’il ne sera pas possible de subvenir à l’ensemble des frais occasionnés par cette procession jusqu’à Gray.
Le conseil comme les notables conviennent que chacun s’autofinancera.
Quant aux religieux mendiants et aux musiciens la ville en prendra la charge.
Par délibération il est convenu que la date sera fixée durant le mois de Mai.
En effet le 21 Mai il fut délibéré que la procession s’effectuera le jour de la  Visitation de Notre-Dame prochain. (La fête de la Visitation de la Vierge Marie se célèbre le 31 Mai, commémorant la visite de la Vierge Marie enceinte à Elisabeth sa cousine enceinte de Jean Baptiste, selon l’évangile de Luc).
Une assemblée choisie de notables et d’ecclésiastiques participera à cette procession dont :
Le Maire, M.de Montmarlon François de Vers ancien maire, des échevins MM. Patornay, de Salgret, Vernier et Marchant, le protonotaire de Vaudrey frère de François de Vers, les ecclésiastiques Bobillier, Bouteillon, Magnin, Lardon; puis Alepy, le médecin Picoteau, Marchandet et le sieur d’Aiglepierre Hugues Portier. (L’un de ses ancêtres Philibert Portier sauva Salins du pillage et du ravage en 1362 par des troupes de routiers et malandrins qui de nuit avaient commencé à escalader les remparts quand Philibert Portier à la tête de quelques habitants  réussirent à les faire fuir, il obtint l’ultime honneur de la ville à ce que le Magistrat lui présente les clefs de la cité à chacune de ses venues, cet honneur fut transmis à sa descendance).
Le lendemain 22 Mai, cette assemblée réunie décida,  de laissé le soin au chanoine Didier Poncet de St Maurice de se charger de la musique et de faire le choix des musiciens les plus talentueux.
Il lui sera délivré le 9 Octobre 1631, deux fruitières d’argent aux armes de la ville d’une valeur de 44 francs, en remerciement de sa direction en tant chef de musique, durant la procession, Didier Poncet fut un talentueux compositeur de psaumes.

Après délibération, qu’une carte ou un tableau serait réalisé dans lequel la ville de Salins serait représentée et peinte, pour le porter en présent lors de la procession à Gray.
Il fut appelé à ce conseil réuni, le peintre maître Nicolas Richard, qui accepte la commande avec les obligations,  de fournir et de rendre le travail avant la fin du mois de Juin suivant,  d’y représenter  la ville avec aux coins, Notre-Dame, St Anatoile et St Claude, qu’au dessous de ce tableau seraient quelques inscriptions, que cette carte aurait la longueur de douze pieds et six pieds de large selon le modèle crayonné par le peintre sur l’un des murs de la grande chambre du conseil.

Marché convenu pour la somme de 100 francs et 3 francs pour les vins, avec une avance de 18 francs et les 3 francs de vin.
Il est aussi convenu que dans ladite carte, les faubourgs de la ville et les ermitages y seront dépeints.
Antoine Prince menuisier, s’engage lui aussi, à réaliser dans 3 semaines, le cadre du tableau en noyer, de 9 pouces de large.

Tableau de Nicolas Richard, peint en Juin 1630.
Tableau de Nicolas Richard, peint en Juin 1630.

 (Nicolas Richard est né vers 1590, il épouse le 9 février 1614 Clauda Lardon qui décède de la peste le 29 octobre 1638, il se remaria le 17 décembre de la même année avec Marguerite Grenaud.
Les travaux de l’artiste furent : mandement du 5 Aout 1627 de 49 francs pour onze pièces de peinture représentant les ducs de Bourgogne et l’empereur Maximilien, le 29 Janvier 1632 mandement de 30 gros pour avoir peint un écusson aux armes de la ville de Salins, en 1657 mandement de 40 francs pour avoir restauré les peintures de l’Oratoire près des Carmes et le guidon de la trompette de la ville de Salins.
Il meurt le 29 janvier 1659 en la paroisse de Notre-Dame.

Selon le catalogue des collections des Musées de France, la notice du tableau de Nicolas Richard représentant la ville de Salins, n° d’inventaire ancien 90 ; 183, indique que la toile a les dimensions de  348 cm de longueur sur 148,5 cm de hauteur, le pied ancien de Besançon étant de 31,40 cm, le tableau inventorié mesure donc 11 pieds et un peu moins d’un pouce de long et 4 pieds et près de 9 pouces de haut.
Exposé en la basilique Notre-Dame de Gray jusqu’au XVIIIe siècle, le tableau vint à se détérioré, il fut envoyé à Salins où il fut oublié dans une quelconque réserve,  jusqu’à ce qu’un peintre Bisontin Pierre Jean Mazerand  s’intéresse à l’œuvre d’art oubliée, il se propose de lui redonner vie, il commence à la remettre sur un châssis et durant six mois il la restaure.
Le tableau ainsi restauré fut accroché à la moitié du XIXe siècle dans l’une des salles de l’hôtel de ville de Salins.
Il intégra plus tard le musée Max Claudet à Salins et aujourd’hui il est exposé sous verre dans un compartiment au musée du sel de la Grande Saline à Salins.)

Le conseil sollicite le Révérend Abbé de Goailles l’abbé Bernard de Mallarmé pour connaitre le nombre de religieux qu’il pourra joindre à la procession.
Les sieurs vénérables de l’église de St Anatoile accordent que la relique insigne, le chef de St Anatoile sera de la procession, porté dans une litière.
En raison de la grande valeur des pierres précieuses enchâssées dans le reliquaire, un inventaire est commandé à l’orfèvre Jean Perrey.
Seront préposés à la garde du reliquaire, 24 mousquetaires et 12 hallebardiers.
(La relique insigne de St Anatoile ou le chef-relique du Saint  est représentée sur une tenture dite du Miracle de l’eau, tapisserie de près de 15 m2 exposée au Musée du Louvre provenant d’une commande faite par les chanoines de St Anatoile en 1502 pour un marché de 14 pièces destinées à orner la nef de la collégiale) .

 

Tenture de St Anatoile de Salins, le miracle de l’eau, 1502-1506, musée du Louvre.
Tenture de St Anatoile de Salins, le miracle de l’eau, 1502-1506, musée du Louvre.
Détail tenture, le miracle de l’eau, relique St Anatoile.
Détail tenture, le miracle de l’eau, relique St Anatoile.

 Il est délibéré qu’il sera offert à Notre Dame de Gray,  6 grands flambeaux de cire blanche de 4 livres chacun, 2 grands cierges de 2 livres aux armes de la ville et 6 autres cierges d’une ½ livre qui seront allumés durant la cérémonie en la chapelle à Gray, chaque ecclésiastique portera un cierge d’un ¼ de livre fourni par la ville, que chacun offrira et laissera en la chapelle de Gray.
Les prieurs des Confréries de la ville sont invités à faire porter leurs grands cierges lors de la procession.
Le Conseil demande aux  Supérieurs des Capucins, Jésuites, Cordeliers, Prêtres de l’Oratoire d’envoyer des religieux pour la procession.

Le 23 Mai, le conseil accepte que des manteaux neufs soient confectionnés pour les sergents de la ville, MM .Vernier et  Huguenet échevins sont commis pour l’achat des étoffes et de leurs réalisations.
Le 31 Mai, le conseil, le clergé et les notables réunis décident de l’ordre de prédication durant la procession.
Il est décidé qu’à la sortie de Salins, un père Capucin fera la prédication, à Quingey le sieur chanoine Denis Bouteillon, à Marnay le R.P. jésuite Broc, à Gray le sieur Mourelot maître et recteur de l’hôpital du St Sépulcre.
Au retour à la sortie de Gray un père Capucin, à Marnay le R.P. Perrier Cordelier, à Quingey un père de l’Oratoire, à Salins un Capucin.
Le 4 Juillet, le Mayeur fait état qu’il s’est transporté la veille à Bracon avec plusieurs membres du conseil au lieu où le conseil souhaitait le plus rapidement faire édifier une chapelle à St Claude selon le vœu émis le 4 Octobre 1629 et pour y rencontrer un architecte des Carmes déchaux.
Le 18 Juillet, le Maire et M. de Salgret sont commis pour porter le présent de St Nicolas de Tallantin.

Le 3 Octobre, le conseil reçoit l’avis que la peste est à Gray, confirmation faite le 6 Octobre.

Le 31 Janvier 1631, un mandement de 4 francs est établi à Jacques Nouveau procureur-syndic pour transcription sur parchemin du vœu de la procession à Gray.
Le nouveau Mayeur élu fut Antoine de Saint-Mauris. (Antoine de Saint-Mauris Montbarrey était  seigneur de Lemuy, Montbarrey, Cramans, fils de Jean de St Mauris professeur à l’université de Dole, conseiller au Parlement à Dole, Conseiller d’Etat, ambassadeur de Charles-Quint à la cour de France et Président du conseil d’Etat aux Pays-Bas).

Du 27 Juillet la peste ayant cessée le conseil délibère que la procession sera faite après les vendanges.
Le 3 Aout, après délibération suite aux réactions des vignerons de Salins, la procession partira de Salins le 23 du mois.
Le 14 Aout, le procureur-syndic ayant été envoyé à Dole, pour connaitre l’avis du Parlement sur l’opportunité de la date de la procession, à cause des soupçons de contagion de peste dans des villages du coté de Gray et des troubles survenus entre le Roi de France et son frère retiré et accueilli à Besançon,  rapporte que la Cour s’en remet à la discrétion du Magistrat.
Il fut décidé que 300 personnes comprenant les ecclésiastiques suffiront pour la procession et que la ville sera bien gardée pendant ce temps.
Le portier de Chambenoz était Michel Humbert qui reçu le 4 septembre 1631, 30 sols pour avoir tiré des mortiers le 24 Aout lors de la sortie de la procession de Salins.
(Il est vrai que fin Mars 1631, le frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans s’étant révolté contre son frère avec le Duc de Montmorency s’enfuit en Lorraine mais poursuivi par les troupes Royales, acculé il obtint l’accord de venir à Besançon ville neutre Impériale, avec plus de 2 000 hommes de guerre).
Le 15 Aout, les églises du chapitre informe le conseil du nombre de gens participant la procession, à savoir :
De Saint Anatoile, 15 prêtres, les bedeaux et les enfants de chœur.
De Saint-Michel, 3 prêtres.
De Saint Maurice, 10 prêtres avec les bedeaux.
De Saint Jean, 3 prêtres avec les bedeaux.
De Notre-Dame, 4 prêtres avec les bedeaux.
Le procureur-syndic est invité à informé Quingey, Marnay et Gray du passage de la procession.

Le 18 Aout, l’échevin le docteur Coquelin et le conseiller François Boutechoux font savoir au conseil que 120 hommes et garçons ainsi que 80 femmes et filles de St Anatoile seront du cortège de la procession.
Le 19 Aout, pour la garde et l’encadrement de la relique-insigne de St Anatoile, il est convenu que toutes les paroisses nommeront au total 24 jeunes hommes mousquetaires qu’arquebusiers et 8 hallebardiers, le chariot portant la relique sera précédé de 2 enfants de chœur portant chacun un cierge.
Le 21, le procureur-syndic de retour fait état que les logements et vivres sont pourvus dans toutes les villes traversées .
Les officiers du bailliage, invités à la procession acceptent à la condition de bénéficier de la préséance. Ils sont remerciés poliment de ne point venir sous cette condition.
(On retrouve cette émergence de conflits de pouvoirs, de prérogatives et d’intérêts  dans les récits de Girardot de Nozeroy  entre les lieutenants du bailliage et les représentants du Parlement, abordant ce sujet dans son ouvrage lors de la dernière invasion des Français avec Villeroi avec ses faucheurs de bleds en Juin 1640 :
« le marquis s’estoit plaint aux Pays-Bas qu’il n’y auoit en Bourgogne nulle obeissance à ses ordres militaires et que tous les malheurs passez procedoient de ce chef, que les villes et villages ne recognoissoient personne que le parlement …L’infant luy dit de se faire obeir aux choses militaires…il est ordonné aux lieutenants des baillis d’employer l’authorité du Roy et se servir du fisc pour faire obeir les sujets aux ordres des gouverneurs… » Source bibliographique : Jean Girardot de Nozeroy, Histoire de dix ans de la Franche-Comté de Bourgogne, 1632-1642, pp 251-252).
Seulement 7 des échevins viendront avec la procession.
Le 22 Aout, il est accordé, à l’orfèvre Jean Perrey 4 écus d’avance sur ses frais du voyage étant commis pour la garde et la surveillance des bijoux et pierres de la relique de St Anatoile ; au procureur du couvent des  R.P. Cordeliers pour les aider aux frais de leurs voyages.
Le tableau de Nicolas Richard ainsi que son cadre seront transportés dans le chariot des habits d’autel.
Le 23 Aout, la procession avec plus de 600 personnes après une messe à St Anatoile se met en route, en sortant de la ville par la porte de Chambenoz  en direction de Notre Dame de Gray.

Elle en reviendra le 31 du mois, après un périple pédestre de 150 kms au total.

Cette procession marqua la fin des cérémonies religieuses.
Elle est évoquée avec beaucoup de détails dans : Mémoires et documents inédits, pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, académie de Besançon, 1839 Tome 2 au chapitre, p 487-499 : Récit de la Procession faite en 1631, par les habitants de Salins, à N-D de Gray, pour la remercier de la cessation de la peste qui avait désolé la province, par l’abbé Robin aumônier du collège de Lons.

L’épidémie de peste aurait coûtée peut être la disparition de la moitié de la population de Salins  soit 3 000 décès dus à la peste,  selon les données fournies par P.Delsalle dans : Vivre en Franche-Comté au siècle d’or XVIe-XVIIe siècles, Septembre 2006, p 308.

Le tableau de Nicolas Richard est en soit une œuvre remarquable.
Le rendu du travail de l’artiste montre autrement que la volonté de reproduire sur la toile les exigences des commanditaires ; les allégories dominantes à caractères religieux,  la précision graphique de tous les éléments du paysage, par la vue cavalière de la ville entière, les détails architecturaux de tous les édifices de la cité fait que cet ensemble est  une référence et un appui historique majeur de cette période.

Ainsi l’exemple dans celui-ci de pouvoir détailler la Grande Saline est impressionnant de réalisme.

Détail du tableau de Nicolas Richard peint en Juin 1630, la Grande Saline.
Détail du tableau de Nicolas Richard peint en Juin 1630, la Grande Saline.

Selon les commentaires écrits laissés par C.Gauthier dans l’hebdomadaire Le Salinois de 1852, son contemporain le peintre Pierre Jean Mazerand souhaitant vulgariser l’œuvre de Nicolas Richard, après l’avoir restaurée, en fit une grande lithographie avec une exactitude parfaite, appuyée d’une importante légende destinée à expliquer le vieux Salins, qui selon C.Gauthier  de rajouter : « Tous les Salinois qui ont quelque souci du passé, qui aiment leur ville natale comme on doit l’aimer, voudront avoir cette estampe… »

Il est bon de savoir qu’une gravure du XIXe siècle de Besançon, intitulée : « Salins en 1628 d’après le Tableau original de Richard, placé au Musée de l’Hôtel-de-Ville en 1851. Jusqu’au N°35, la légende est la reproduction exacte de l’original » est attribuée à Valluet jeune, XIXe siècle, Besançon. (Source : bibliothèque ancienne de Salins-les-Bains).
Les frères Valluet étaient des lithographes Franc-Comtois dont Jean François qui était associé en 1832  avec son frère François Xavier à Besançon dans une imprimerie.
Ils délocalisent celle-ci en 1833 à Battant dans la maison des Petits Carmes (source bibliographique: Charles Weiss, Presses Univ. de Franche-Comté, 1981, p 267).
A la mort de son frère en 1835, Jean François le remplace et reprend son brevet de lithographe qu’il exerce jusqu’à sa mort en 1867 (source bibliographique: Archives Nationales F18 1903).

Le doute demeure à savoir si cette représentation est bien de Jean François Valluet dit le jeune ou est-ce le résultat du travail du peintre Mazerand  tel que le décrit Charles Gauthier.

Gravure, Salins en 1628 d’après le tableau original de N.Richard, placé au musée de l’Hôtel-de-Ville en 1851, bibliothèque ancienne de Salins les Bains.
Gravure, Salins en 1628 d’après le tableau original de N.Richard, placé au musée de l’Hôtel-de-Ville en 1851, bibliothèque ancienne de Salins les Bains.

Cette gravure est identifiée dans les archives de la ville (Source d’archives : ACS série R 1662) aux catalogages des œuvres d’art présentes au Musée de Salins dans un ensemble de 51 pages manuscrites, format petit cahier à lignes horizontales intitulé : « Catalogue du musée de Salins (copie) », sans date ( selon la chronologie des dons, cet inventaire se situerait après 1916 ) ni l’identité de l’auteur , feuillets manuscrits recto verso, structuré en 4 parties avec pour chacune d’elles l’ identification des pièces comportant un  N° d’inventaire que l’on retrouve correctement dans les fiches des bases de données Joconde (portail  des collections des musées de France).
Schéma de ces 4 chapitres :
A tapisseries de 1 à 3 dont les 2 tapisseries flamandes commandées par les chanoines de St Anatoile évoquées plus haut,  donc en possession et toujours présentes au musée de Salins lors de cet inventaire.
A sculptures de 11 à 76.
A peintures de 101 à 189.
A estampes de 251 à 266.
A archéologie de 1 à 19.
A la section peinture,  au N° 183 est commenté une pièce : « la ville de Salins en 1639 » précisant que celle-ci est actuellement à l’Hôtel de ville et d’écrire que ceci a été peint par Richard Nicolas né à Salins en 1609.
Ce descriptif présente 3 erreurs.
1° pour la date mentionnée,  non pas « la ville de Salins en 1639 » mais en réalité « Salins en 1628 »
2° la gravure n’a pas été réalisée par Nicolas Richard mais soit par Valluet le jeune soit par Pierre Jean Mazerand.
3° Nicolas Richard n’est pas né en 1609 mais en 1590.

Salins, plan du musée en 1902, salle des tapisseries, ACS série R 1662.
Salins, plan du musée en 1902, salle des tapisseries, ACS série R 1662.

Ci-dessus plan du musée de salins en 1902 dit de Max Claudet, situant la salle où les deux tapisseries de Bruges, la VIIIème  et la XIIème (de 14,8 m2 chacune) étaient exposées.

Des 14 pièces des tapisseries de laine et soie où étaient retracé la vie de Saint Anatoile, tapisseries présentent autour du chœur de l’église St Anatoile, confirmé par un inventaire du mobilier de l’église en 1646; il n’en restait en la ville de Salins  en 1902 plus que 2 celles exposées au Musée Max Claudet.
Si ces seules pièces survivantes nous renseignent surtout pour celle du miracle de l’eau (la XIIème) sur des éléments structurels techniques d’importance, constituant le mode de fonctionnement du Puits à Muire, il est regrettable de ne pas pouvoir étudier les VIème, VIIème , XIème et XIVème ( Bataille de Dournon 1492) où figurèrent des moments historiques  de la cité de Salins.
Le futur musée de Salins qui doit voir le jour dans la Maison du Grand Puits, l’un des  plus anciens bâtiments édifiés de Salins-les-Bains, intégralement parvenu jusqu’à nous, à part sa charpente et sa toiture,  ne pourrait-il pas être honoré de se voir réintégrer ces deux tapisseries du début du XVIe siècle réalisée par Katherine Hasselet de l’atelier de Jean de Wilde son époux alias Sauvage à Bruges ( ADJ G 1042), tapisseries situées aujourd’hui au Louvre, acquises de la ville de Salins sur le legs Audéoud , 1914 (N° inventaire musée du Louvre, OA 6705).
Quel est ce legs ?
Le centre d’études et de documentation du département des objets d’arts du Musée du Louvre en la personne de Mme C.Duvauchelle sa responsable  nous communique les essentielles informations historiques sur ce legs.
In fine ces deux tapisseries  n’ont pas été léguées directement, Jules Maurice Audéoud dans son testament institua l’état Français comme son légataire universel en faisant obligation au Musée du Louvre de consacrer sa fortune s’élevant à plus 7 1/2 millions de franc-or à l’acquisition d’œuvres d’art.
Ainsi après le décès en 1907 de J.M.Audéoud, le Louvre dès 1910 avec les arrérages de cette fortune s’employa à entreprendre de multiples acquisitions et en 1914 a acquis  auprès de la ville de Salins ces deux tapisseries (N° inventaire musée du Louvre, OA 6704 et 6705).
Mais alors comment se fait-il que la ville de Salins en 1914 ait pu se dessaisir de tels chefs d’œuvres ?

La 3ème tapisserie, dite  la XIIIème représentant le « Levée du siège de Dole » haute de 4,2 m et de 6,62 m de longueur, immense pièce de près de 28 m2 (la commande fait état d’une pièce de 30 aunes et pour la dernière pièce du double !).
Cette XIIIème faisait partie de la tenture de 14 pièces réalisées par cet atelier de Bruges d’une commande enclenchée par les chanoines de Saint Anatoile , elle fut donnée aux Gobelins par Frédéric  Spitzer  en 1875 (Source bibliographique : Les modèles et le musée des Gobelins, notices par Jules Guiffrey, 1900), qui l’avait achetée en 1872.
On retrouve la trace de cette tapisserie pendant la Révolution, elle fut achetée à Salins par l’abbé Monnier ( donnée du Louvre; mais dans les extraits de l’Almanach historique de Besançon et de la Franche-Comté sur  l’administration religieuse de Salins en 1784 on ne relève aucun trace d’un abbé dit Monnier aussi bien pour les Chapitres, paroisses, collèges, familiers, couvents, hôtel Dieu), cet abbé la légua à une famille de Dole conservée par celle-ci jusqu’en 1870.
Par un manuscrit détenu en la bibliothèque de Dole (http://patrimoine-archives.grand-dole.fr/ark:/naan/a0114534519530ZMBpi) celui-ci nous renseigne que l’abbé Monnier alors détenu au fort St André a bien achetée cette pièce extraite de l’église durant la Révolution et qu’à sa mort cette oeuvre d’art est « passée » à M. Froissard.
La recherche d’éléments d’archives dans cette direction continue !
Qui était cet abbé Monnier ? Pourquoi était-il détenu au fort St André, quand et jusqu’à quelle date ? Est-il décédé à Salins et qui est M.Froissard ?
A qui F.Spitzer l’avait-il achetée ?
L’avait-il acheté légalement ?
Le baron Fréderic Samuel Spitzer était au milieu du XIXe siècle l’un des principaux vendeurs et acheteurs d’art d’Europe, à la fin de sa vie, sa collection a fait l’objet d’enchères publiques  qui rapporta 10 millions de Francs de l’époque, la XIIIème tapisserie avait été évaluée à l’époque du don aux Gobelins à hauteur de 20 000 francs.
Cette collection fut principalement achetée par un autre collectionneur privé l’Anglais Georges Salting qui légua ensuite celle-ci aux musées  Anglais.

Conclusions.

Les historiens qui ont travaillés sur les épidémies de peste en Franche-Comté considèrent que la peste de 1629 n’a pas été la plus meurtrière.
G.Louis signale que l’épidémie pesteuse de 1628 à 1633 fit dans l’ensemble peu de victimes, que celle de 1635-1640 fit plus de ravage, elle atteignit l’Europe toute entière, que le foyer d’origine fut le Tyrol et la Bavière, que dès Juin 1635 toutes les terres frontalières du Comté furent infectées et qu’en l’espace de quelques mois plus de 140 localités furent atteintes,  en 2 ans elle traversa la Comté du Nord-Ouest au Sud-Est. (Source bibliographique: G. Louis, La guerre de Dix ans, édit.2005,  pp 142-150).
En Juin 1637 à Salins plus de 150 maisons furent barrées.
Brusquement à Salins durant l’automne 1640 la contagion s’arrêta, l’église pour rendre grâce au ciel, décida d’entreprendre une procession solennelle et de grandes messes y furent célébrées.   L’estimation de ce ravage coûta la vie à plus de 100 000 Francs Comtois.

Ce qui en reste matériellement ce sont ces œuvres d’art, celle du tableau de Nicolas Richard, de faire connaitre qui fut bien réalisé courant Juin 1630 et non pas en 1628 comme le montre ce cliché photographique de la gendarmerie pris lors d’un inventaire des œuvres visibles au musée Max Claudet pour Mme Jeandot (Source d’archives : ACS série R 1662) ou d’autres mentions multiples bibliographiques rattachées à ce monumental tableau.

Photographie du tableau de Nicolas Richard au musée Max Claudet, ACS série R 1662.
Photographie tableau de Nicolas Richard au musée Max Claudet, ACS série R 1662.

De l’église votive Notre-Dame-Libératrice construite sur un sanctuaire à partir de 1640 en remerciement à la Divine et Protectrice Vierge Marie d’avoir su épargner Salins des ravages des épidémies de peste et de guerres ; monument religieux très particulier dans sa conception unique architecturale, son aspect extérieur dominant par son impressionnant dôme recouvert de tuiles jaune vernissées, à double campanile,  que par son environnement actuel, les bâtiments de l’hôtel de ville l’englobant.

Détail plan manuscrit de Salins en 1754, Chapelle ND Libératrice, bibliothèque ancienne Salins.
Détail plan manuscrit de Salins en 1754, Chapelle ND Libératrice, bibliothèque ancienne Salins.

 

Salins, Notre-Dame-Libératrice, G.Coindre 1903.
Salins, Notre-Dame-Libératrice, G.Coindre 1903.

 

Salins, cadastre actuel, ND Libératrice.
Salins, cadastre actuel, ND Libératrice.

De l’incertitude sur l’auteur de la gravure de « Salins en 1628 » copie parfaite en noir et blanc du tableau de Nicolas Richard.
De nos attentes du devenir sur la mise à disposition du public des archives de Salins antérieures à 1790 se trouvant à être explorées et étudiées aux Archives départementales à Montmorot.

 

G.Vandais.
Moutaine le 01 Janvier 2017.

Le Maréchal Ney dans le Jura !


Sa venue dans le Jura fut sa perte !

Qui n’a jamais entendu parlé du « Brave des braves » ou « Den tapfesten der tapfesten« , Duc d’Elchigen, du prince de la Moskova, Maréchal d’Empire sous Napoléon 1er, Pair de France .
Il fut l’une des 110 victimes en 1815 d’une épuration violente qui le condamnera par ces pairs pour satisfaire aux désirata sournois des occupants Anglais et la coalition.

Sur un vote de 161 voix il fut condamné à la peine capitale par 128 voix.

Lorrain de naissance, il serait Allemand aujourd’hui, Sarrelouis (Saarlouis) est  effectivement la ville qui l’a vu naître, très près de la frontière Franco-Allemande, ville-forteresse édifiée sur les ordres de Louis XIV, 90 ans avant la naissance de Michel Ney.

Il est le second fils de Margarethe Grewelinger et de Pierre Ney tonnelier de son état au 13 Bierstrasse (cela ne s’invente pas !) car en effet aujourd’hui en lieu et place de sa maison natale se trouve un restaurant  portant comme enseigne : Auberge Marechal Ney, tenu par un Italien, si vous souhaitez y goûter sa cuisine, en voici déjà un aperçu.

Ney peint par Gérard 1812.
Ney peint par Gérard en 1812.

Cette ville reviendra à la Prusse en 1815 par ceux-là mêmes  qui l’on combattu à Waterloo.
En 1946 durant l’occupation de l’Allemagne, Saarlouis était dans la zone attribuée à la France, à cette période, celle-ci y fit ériger sur l’Île Vauban, une statue représentant  Ney , toujours debout.

Statue de Ney à Saarlouis sur l'île Vauban.
Statue de Ney à Saarlouis sur l’île Vauban.

Mais pourquoi le Jura fut sa perte ?

Nous sommes en 1814 précisément le 6 Mars au château des Coudreaux à Marboué en Eure et Loire.
Le château des Coudreaux est situé en bordure de la RN 10, entre Chartres et Châteaudun, après avoir traversé Flacey, sur la gauche, avant d’arriver à Marboué.

Situé dans un parc magnifique, dessiné sous la Restauration par Berthault, le château des Coudreaux est une vaste gentilhommière du XVIIIe siècle, aux lignes sobres.
Il se compose d’un corps de logis élevé de trois niveaux, flanqué de deux pavillons en saillie sur chacune des façades, et cantonné de tours cylindriques coiffées de poivrières. Sur la droite, au-delà d’une petite chapelle, s’étendent les communs et la ferme, agrémentés d’un très beau potager.

Le logis manable des Coudreaux, cité dans un acte de 1657, comprend deux pavillons, dont l’un flanqué de deux tours, construits sur un terre-plein pavé, bordé de dépendances et entouré de douves en eau.
Son aspect actuel lui vient des profonds remaniements opérés à partir de 1742 par Louis-Joseph Renard, qui l’acquit de la famille de Montboissier, dont les boiseries de l’église de Marboué rappellent la munificence.
Son successeur, Pierre-Félix David, gouverneur des îles de France et de Bourbon, poursuivit les travaux à partir de 1755, fit combler les fossés et construire de nouvelles dépendances à distance du château.

Le 29 Juin 1808, la demeure fut acquise par Michel Ney à H.Delamotte Ango Deflers (comte de Flers), il y séjourna pendant près de sept ans, dès que ses campagnes lui en laissaient le loisir.
Après la campagne de France (
durant la 1ère Restauration et devant l’attitude exécrable de la noblesse revenue au pouvoir à l’égard des  anciens de l’Empire)  il se retire en février 1815 aux Coudreaux mis en disponibilité de l’armée.
Il avait auparavant le 21 Juin 1814 reçu la charge de gouverneur de la 6 ème division militaire de Besançon.

Château des Coudreaux, Marboué.
Château des Coudreaux. Marboué, Eure et Loire.

Selon les souvenirs d’Octave Levavasseur ( Levavasseur était un officier d’artillerie, qui  fut l’un de ses aides de Camp de Juin 1807 à Juin 1815),  présent auprès du Maréchal ce jour-là, le 6 Mars sur les 18 heures,  un officier aide de camp du Maréchal Soult ministre de la guerre apporte à Ney aux Coudreaux l’ordre de se rendre sans délai à son Gouvernement de Besançon, annonçant au demeurant sans plus et sans en connaître les motifs, que plusieurs aides de camp étaient envoyés dans d’autres directions avec le même ordre ( cet officier est Anne-Joseph Renaud de Saint-Amour, Major à l’état-major de Soult) .
Au lieu d’exécuter cet ordre, Ney ordonne à Levavasseur de se rendre à Paris pour annoncer à Soult sa venue, espérant connaitre auprès du Duc de Damaltie les motifs de ces dispositions non détaillées et de récupérer ses uniformes.
Ney arrive le 7 Mars au matin à son Hotel de Paris directement, sis N° 74 et 76 rue de Bourbon (aujourd’hui rue de Lille dans le 7 ème arrondissement) .
L’Hotel du 76 rue de Bourbon était nommé l’Hotel Saisseval.

 

Rue Bourbon hôtel Bethune-Charost avant 1789.
Rue Bourbon Hotel Saisseval avant 1789.

Il acheta cet Hotel le 7 Janvier 1805 à Claude-Louis Marquis de Saisseval.
En 1779, le marquis de Saisseval avide de spéculations immobilières dans Paris, fit l’acquisition d’un terrain situé entre la rue de Bourbon et le quai d’Orsay.
Il rejeta le projet de Claude-Nicolas Ledoux ( bien connu en Franche Comté: La Saline Royale d’Arc-et-Senans ) et lui préféra celui d’ Antoine-Charles d’Aubert architecte demeurant 22 rue Neuve-Saint-Roch, qui fit construire sur la parcelle deux hôtels, l’un pour le Marquis et l’autre pour son beau-père, M. du Roure.
L’Hotel du Roure est identifié comme étant à droite de l’Hotel Saisseval.
Les biens  furent vendus après la  mort de Ney, le 27 Novembre 1820 à M. Boulanger.
Le cadastre dit Napoléonien de Paris 1810-1836, représente cet ensemble situé dans l’ancien 10ème arrondissement 40ème quartier du Faubourg Saint-Germain dans l’îlot N°16.ayant 2 accès rue Bourbon au 74 et au 76, par 2 portes cochères symétriques.

74-76 rue Bourbon Paris Cadastre 1810-1836.
74-76 rue Bourbon Paris, cadastre 1810-1836.

L’ entrée du  N°74 donne accès sur un long passage distribuant à droite, une écurie et une petite cour de rangement pour les voitures à chevaux et aboutissant à une cour fermée et à l’ensemble de l’Hotel.
Cet ensemble est constitué d’un corps principal parallèle au Quai d’Orsay avec un grand escalier Nord donnant directement sur le Quai, orné d’un ordre imposant.
Coté Sud de cette partie centrale sur la cour intérieure, une demi-rotonde centrée sur la façade Sud, avec à l’intérieur deux escaliers, positionnés face à face accolés à l’arrondi pour les étages supérieurs, perpendiculaires au bâtiment central, deux ailes de même importance, avec chacune un escalier extérieur distribuant l’Hotel.
L’extrémité Sud de l’aile gauche aboutie à un escalier extérieur donnant sur une autre cour intérieure jointant l’accès du N°76.
Cette entrée du N°76 distribuant par un passage de part et d’autre, un logis et une écurie à droite, un espace avec puits et un logis à gauche.
Trois puits sont représentés. Le 1er dans cet espace donnant sur la rue Bourbon, le second dans la cour intérieure du N° 76, le 3ème dans l’espace donnant sur les écuries du N° 74.
Aujourd’hui, cet ensemble a disparu, il y avait entre la rue Bellechasse et cet hôtel un autre ensemble bâti par l’architecte Pierre Rousseau pour le Prince Salm-Salm (principauté située en Lorraine, cette enclave est rattachée à la France en 1793) remanié en 1804 il abrite maintenant le Musée National de la Légion d’Honneur.

Paris rue de Lille
Paris rue de Lille 2016.

Ney en arrivant à son domicile était en autre attendu par son notaire M. Batardy, venu lui apporter son traitement de Février, lui annonçant le premier, la nouvelle du débarquement de Napoléon sur le sol Français à Golfe-Juan.
Ney en fut atterré.
Il se rendit aux Tuileries chez  S.A.R Mgr le Duc de Berry le sollicitant d’obtenir pour lui une audience auprès du Roi, puis alla chez le ministre de la guerre espérant obtenir de celui-ci des réponses aux dispositions prises pour déjouer les projets de Napoléon.
Ce qu’il n’obtint point, le ministre refusa de s’expliquer sur ceci alléguant que le général de Bourmont en place commandant la 6ème division militaire ( depuis le 18 Mai 1814) avait déjà reçu des ordres et que ces ordres lui seraient transmis dès son arrivée à Besançon.
Ce refus est bien étrange et curieux de la part de Soult  !
Savait-il déjà que son éviction en tant que ministre allait tomber le 11 Mars ?
Savait-il que Ney ignorait que selon ses ordres les troupes de cette division militaire étaient fortement disséminées et mal équipées ?
Lorsque Ney l’informa de son désir de voir le Roi, Soult le lui déconseilla fortement, prétextant que S.M était souffrante.
Curieux comportement envers Ney, pour celui qui dès l’arrivée de Napoléon de l’ile d’Elbe adresse aux armées une proclamation qualifiant Bonaparte d’usurpateur, d’aventurier puis 2 mois plus tard sera nommé major-général de l’armée.
Ney fut reçu toutefois chez le Roi le 7 Mars vers 11 heures dans son cabinet en présence du Prince de Poix et du Duc de Duras.
Il s’inclina devant le Roi le remerciant de la confiance qu’il mettait en lui et qu’il partait avec la ferme résolution d’aller combattre Bonaparte.
Le Roi lui répondit en lui prenant la main :
« Partez, je compte bien sur votre dévouement et votre fidélité. »

Ney dans un élan stupide et irréfléchi, baisa la main Royale et prononça cette phrase devenue célèbre :
 » Sire, j’espère ramener Bonaparte dans une cage de fer. »

Emile Jean Horace Vernet, scène de la vie de Napoléon, Musée Condé, Chantilly.
Emile Jean Horace Vernet, scène de la vie de Napoléon, Musée Condé, Chantilly.

Il arriva à Besançon le 10 Mars dans l’après-midi, il y trouva les instructions du ministre de la guerre, qui lui recommandait :
 »
de réunir le plus de forces possibles pour seconder les opérations de S.A.R Monsieur, frère du Roi, alors à Lyon, et manœuvrer de manière à repousser et détruire l’ennemi. »
Le plus de forces possibles ?
Quelles forces ?

Le Général de Bourmont à Besançon le 8 Mars avait déjà expédié tous les disponibles vers Lyon par Lons-le-Saunier, ne restait sur place que 400 à 500 hommes des dépôts de fidélité suspecte.
C’est ce même général, ancien Vendéen qui à la veille de la bataille de Waterloo (plutôt de Ligny), le 15 Juin vers 8 heures à Florennes, commandant la droite du général Gérard au sein du 4éme corps, déserta en passant chez les Prussiens accompagné de l’adjudant-commandant Clouet, de l’officier d’état major Villoutres et de 3 aides de camp (Capitaines d’Andigné présent à Lons en Mars au coté de Bourmont, de Trelan et Sourdan) .
Présenté à Blùcher à Sombref vers les 16 heures de ce jour, le feld-maréchal rétorqua :
« Qu’importe la cocarde blanche, un coquin est toujours un coquin. »

Ney devait seconder le Duc de Berry, Charles-Ferdinand d’Artois le frère du Roi comme lui imposaient les ordres !
Mais comment ?
Le Duc de Berry était resté à Paris !
Maintenant il devait prendre ses ordres  auprès du  Comte d’Artois normalement présent à Lyon et lui écrivit qu’il se considérait comme inutile à Besançon et le priait de l’employer à commander l’avant garde de son armée.
Dans la foulée il écrivit ( le 10 Mars à 16 heures) à Soult de ses incertitudes et des difficultés de sa situation.
Il n’y aura pas de réponse du Comte d’Artois, il avait fui Lyon devant l’arrivée de Napoléon.

Il quitta Besançon le 11 Mars en compagnie de Bourmont et du baron de Préchamp chef d’état major de Bourmont, après en avoir instruit par écrit Soult et consulté le Duc de Maillé (Charles-François-Armand, 2ème  duc de Maillé de La Tour-Landry qui venait d’arriver de Lyon le 10 Mars, sur les ordres du Comte d’Artois devait transmettre au Duc de Berry les événements survenus à Grenoble, ce qui ne l’empêcha point de filer ensuite sur Paris , royaliste dans l’âme qu’il était).
Sa décision était prise, qu’il valait mieux se rendre de suite à Lons pour y regrouper les troupes en marche sur Lyon, il en donna les ordres en conséquence à Bourmont pour que celui-ci puisse les transmettre. 

Il pris la route Royale du Sud-Ouest de Besançon à Lons-le-Saunier, longue de 19 lieues 1/2 et 383 toises (soit près de 96 Kms) dans une voiture attelée.
L’itinéraire emprunté devait être le même que celui décrit dans le « guide » de 1789, à savoir :
Porte de Malpas de Besançon à Beure  1914 toises.
Beure à Busy  3415 toises.
Busy à Quingey 4487 toises. (la toise correspondrait à 2, 4 mètres)

Carte Besançon-Mouchard J.E Woerl 1826
Carte Besançon-Mouchard J.E Woerl 1826

Il s’arrêta à Quingey à l’auberge de la poste (il avait parcouru un peu moins de 20 kms) envoya à Ruffey-le-Château ( ville de résidence de sa mère, Claude-Jacques Lecourbe alors âgé de 56 ans, promu général de division à 40 ans, en Janvier 1815 il est nommé par le Comte d’Artois inspecteur général de l’infanterie pour la 6ème division militaire, en tant que second de Ney, il sera témoin des événements de Lons à l’auberge de la pomme d’or) le chef d’escadron de la gendarmerie porter une lettre à Lecourbe écrite la veille, lui donnant l’ordre de prendre le commandement supérieur de Besançon mais de le rejoindre à Lons.

Lecourbe décéda à Belfort le 23 Octobre 1815.
Durant l’instruction du Maréchal Ney il fut questionné à Belfort sur les événements de Lons, auxquels il répondit :
« Je ne puis assurer si le Maréchal Ney, avec ses troupes, eût pu arrêter le torrent; je crois qu’il n’était plus temps. J’ignore s’il y a eu des agents de Bonaparte pour débaucher ses troupes. Dans ce cas, ils auraient obtenu une influence bien pernicieuse. »

A Quingey, Ney reçu aussi le Marquis de Sorans aide de camp de Monsieur et M. Renaud de St Amour adjoint à l’Etat -major de l’armée parti de Paris le 7 Mars porteur d’ordres pour les différents chefs de corps (déjà reçu en son château des Coudreaux).
Celui-ci arrivait de Lyon ayant appris du Maréchal E. Macdonald gouverneur de Lyon , les événements de Grenoble (Ce maréchal aussi fuya Lyon devant la progression de Napoléon, il parti de Paris avec le Roi dans la nuit du 19 au 20 Mars 1815).

 

Quingey hotel de la Poste
Quingey hôtel de la Poste.

Ney ayant appris par les deux voyageurs, la situation à Lyon, l’état d’esprit, de la population et des troupes rencontrées en cours de route favorable à l’Empereur, d’un pli cacheté de Soult contenant des contre-ordres donnés à divers corps de refluer sur Moulins, fut choqué et sa réponse fut :
 » J’irai, quand il ne me resterait que des officiers et des sous-officiers. Je tuerai le premier qui refusera de marcher et je tirerai moi-même le premier coup de fusil. »
Il demanda au Marquis de Sorans de le suivre et renvoya Mr de St Amour à Besançon avec un ordre au directeur de l’artillerie, pour acheminer des approvisionnements en munition sur Lons.
Ney continua cette route en passant par Mouchard, Arbois, Pupillin et atteignit Poligny vers 21 heures ( ils avaient parcouru la distance d’environ 43 kms) où ils s’entretinssent et soupèrent au relais de poste (Rue Travot, actuellement hôtel de Paris), en compagnie du Sous-préfet de Bourcia, des deux colonels Mrs Dubalen et Maréchal des 60 et 77ème de ligne et d’un lieutenant-colonel, arrivés peu de temps avant.
Au  rapport donné par le Sous-préfet sur l’état d’esprit des régiments cantonnés à Poligny, Ney réitéra les propos tenus devant le Roi, critiquera le comportement de Macdonald en invoquant qu’il avait trop attendu pour faire avancer ses forces, comme pour le général Marchant commandant à Grenoble : que c’était un homme sans caractère qu’il aurait fallu courir tout de suite sur Bonaparte.

Poligny hotel de Paris rue Travot
Poligny hôtel de Paris rue Travot.

Ils partirent de Poligny avant minuit et arrivèrent à Lons le 12 Mars à 3 heure du matin (Soit une moyenne de 11 kms/h), selon la déposition du Marquis de Vaulchier du Vichot en tant que 7ème témoin dans le procès de Ney.

Ils descendirent à l’auberge de la pomme d’or.
L’officier de l’administration Cayrol, Levavaseur que Ney avait chargé de préparer sa venue, le Baron Passinges de Préchamp officier d’ordonnance  étaient déjà à l’auberge.
Son 1er aide de camp depuis 8 ans, le colonel Clouet , ne le rejoignit que le 13 Mars à Dôle en fin de soirée ayant reçu l’avis de le rejoindre le 9 Mars, se trouvant à Tours au sein de sa famille.
Il en parti le 10 Mars selon sa déposition en tant que témoin devant la chambre des pairs, il fut de ceux qui désertèrent et passèrent à l’ennemi le 15 Juin 1815, fuyant leur devoir de combattre.
Dans un recueil établi en 1832, il justifie sa désertion à son poste devant l’ennemi par 2 motifs.
Le 1er : « l’existence d’un ordre d’après lequel M. le Comte de Bourmont, M. le colonel Dubalen, moi et plusieurs autres devions être arrêtés. »
Le 2ème :la communication à tous les corps d’armée de l’acte additionnel aux Constitutions de l’empire.
Alors pourquoi avoir accepter un poste de commandement et diriger des troupes jusque devant l’ennemi, pour fuir la veille du combat et aller déserter dans les lignes Prussiennes ?
Cette constitution ne devait t-elle pas dissiper les craintes de l’instauration de tout régime tyrannique ?
Le peuple accepta pourtant l’Acte additionnel par 1 552 942 voies de votes favorables contre 5 740 non.

 

L’auberge de la pomme d’or.


C’est dans ces lieux que ce déroula les événements de Mars 1815 qui eurent comme conséquence à ce que Ney fusse fusillé par un peloton militaire d’exécution, le 7 Décembre 1815 à l’extrémité de la grande allée du jardin du Luxembourg qui mène à l’Observatoire à Paris; suite à un très long procès devant le Conseil de guerre et la Chambre des Pairs.

L’ accusation : haute trahison envers le Roi et la patrie.

Cette auberge qui n’exista plus 100 ans plus tard, était située selon certains historiens, à l’emplacement du N° 29 de la rue Saint-Désiré, soit à gauche en remontant de la Grande Place vers l’entrée de la Préfecture.

 r.St Désiré Lons-le-Saunier.
Rue Saint-Désiré Lons-le-Saunier.

Au début du 20ème, les lieux étaient occupés par la maison Alfred Prost négociant en fers, fontes et aciers, comme on le voit sur cette carte postale.
En ces lieux en 1969 se tenaient les magasins  » Au confortable ».
En pénétrant dans la cour, les façades intérieures gardaient leur style second Empire.
Selon l’étude de E.Monot, l’auberge fut vendue en 1821, démolie en 1832 pour faire place à un commerce de vins tenu par Emile Devaux ?.

Nos recherches d’archives révèlent :
– Qu’en 1815,  le quartier était toujours traversé en aérien par la rivière La Vallière.

En 1878 le plan de la ville établi par J.Blanchot mentionne cette traversée, la rue Saint-Désiré était toujours « coupée » par ce cours d’eau en aérien,  un pont enjambait la rivière, à gauche de ce pont en remontant vers le Sud  la rivière était longée par le quai de la Mégisserie.

Lons-le-Saunier en 1874.
Lons-le-Saunier en 1874.

Ce quai de la Mégisserie ressemblait au début du 20ème à ceci :

Lons-le-Saunier quai de la Mégisserie .
Lons-le-Saunier quai de la Mégisserie .

Dès 1891 une partie, partant de l’abattoir à la rue Saint Désiré fut couverte, elle devint l’Avenue A. Briand.
Le plan de 1973 présente à la jonction de la rue Saint-Désiré avec la nouvelle rue ouverte, l’emplacement d’une fontaine construite avant 1782 contre le parapet du pont et remplacée en 1855 par une borne fontaine.

Rue Saint-Désiré Lons-le-Saunier.
Rue Saint-Désiré Lons-le-Saunier.

Une autre partie entre la rue des Salines et la rue Saint-Désiré fut réalisée entre 1941 et 1943, devint la rue E. Monot.
Mais comment était le quartier sous le 1er Empire ?
Le cadastre Napoléonien de 1807 et 1809 nous renseigne :

Lons 1807 rue St Désiré ADJ 3P 6907.
Lons 1807 rue St Désiré. ADJ 3Pplan 6907.
Lons 1809 ADJ 3P 6996 sect D n° 238.
Lons 1809. ADJ 3P 6996 sect D n° 238.

Sur l’implantation des bâtiments au niveau de l’auberge de la pomme d’or.
Des N° de parcelles cadastrales.
De l’évolution de l’église Saint-Désiré.

Lons église St Désiré 1870 .
Lons église St Désiré 1870. ADJ 3Pplan 3351.

L’église Saint-Désiré est l’une des plus ancienne église de F.C,  ses 1ères fondations datent du IVème, dit premier art romain.
Dans les caves du couvent des Bénédictins aujourd’hui la Préfecture coulait une source, dite Fontaine de Rome (n’est-il pas impossible qu’y retrouver l’existence d’un baptistère ?)
Elle n’eut pas trop à souffrir durant la Révolution toutefois elle est restée désaffectée, bien qu’en 1794, le conseil municipal ordonna la démolition du clocher, arasé au niveau du toit en 1795.
En 1809, pour faciliter l’accès de la Préfecture du Jura implantée dans l’ancien prieuré :
1° le couvent des Bénédictins fut supprimé.
2° De même les deux chapelles du XVème qui encadraient le portail.
3° Ainsi que la 1ère travée de la nef et un empiétement sur la 2ème travée.
4° Pour l’aménagement de la voirie, l’escalier droit qui de la rue donnait à l’accès par le bas-coté Nord de l’église fut remplacé par un escalier à double rampe.
Le plan de 1870 le confirme.

En 1715 100 ans avant, le découpage des parcelles était très différent, comme les implantations des constructions du quartier.
Sur le coté gauche de la rue en remontant vers le Sud, les bâtiments étaient tous accolés les uns aux autres.
Jouxtant la rue St-Désiré au bord de la Vallière était implanté un Hôpital, un espace végétal était situé à l’arrière.
Le cours d’eau vers l’Est avait un parcours bien différent utilisant sûrement son lit naturel.
L’église Saint-Désiré n’était pas encore morcelée.

Lons-le-Saunier en 1715.
Lons en 1715 selon la revue Le vieux Lons de 1908.

Implantation de l’auberge de la pomme d’or.

Où exactement se situait l’auberge ?
L’examen des cadastres Napoléoniens de 1807 et 1809 (plus descriptifs et plus précis) porte uniquement sur le coté gauche de la rue Saint-Désiré où se situait l’auberge de la pomme d’or au-deçà de La Vallière.
En 1807 comme en 1809 le domaine parcellaire de cet espace englobait qu’une parcelle.

En 1807  le 1er N° de parcelle est : 79.
En 1809 le N° de parcelle change et devient : 238.
La longueur de façade sur la rue de cette parcelle est de l’ordre de 100 mètres.
Cette parcelle bâtie était selon ces plans cadastraux, la propriété d’une seule personne.

Entre 1809 et 1821, comment était l’importance de cette parcelle ?
Etait-elle divisée ?
L’auberge de la pomme d’or était-elle comme l’évoque E.Monnot et d’autres historiens en 1908 (M. l’abbé Perrod), au N°29 de la rue ?
Qui en étaient les propriétaires, l’aubergiste ?

29 rue St Désiré Lons-le-Saunier.
29 rue St Désiré Lons-le-Saunier 2016.

Notre recherche faite dans les archives départementales du Jura a aboutie, aux registres de formalités  du bureau des hypothèques de Lons-le-Saunier.
Vente du 20 Octobre 1821.
Notaire : Pierre Vincent à Cousance (dans le canton de Beaufort en 1821 il y avait 4 notaires dont 2 à Cousance, Jean-Joseph-Albert Fuynel et Pierre Vincent de 1819 à 1824).
Vendeur : Françoise Salignon veuve de Claude Éléonore Doussain demeurant à Cousance.
Acquéreur : Joseph Marie Michaud marchand cordonnier et Marie-Antoinette Epailly son épouse demeurant à Lons.
Montant : 7 500 francs (soit une équivalence monétaire de l’ordre de 40 000 euros).
Consistance :  »  Maison servant d’auberge sous l’enseigne de la pomme d’or… plusieurs corps de bâtiments, chambres greniers cabinets cuisine salle à manger, cour remises écurie jardin y compris le corps de bâtiment qui est sur le jardin et le partage avec la cour... »
Concernant l’antériorité de l’acquisition faite par Françoise Salignon sur ce bien, le répertoire des formalités hypothécaires mentionne que 4 créances rattachées ont été requises depuis 1813.

Françoise Salignon et Claude Éléonore Doussain étaient depuis 1813 les propriétaires de l’auberge de la pomme d’or .

(Cette orientation dans cette recherche documentaire s’est imposée due à une difficulté rencontrée, les archives de Maître Pierre Vincent de Cousances ne sont pas présentes ou conservées aux ADJ).

En 1824 les tableaux des registres de la population de Lons-le-Saunier recense la maison Michaud au N°33 de la rue Saint Désiré (Recensement organisé selon la loi du 22 juillet 1791 dite loi sur la police municipale).
Au N°33 résidaient en plus de la famille Michaud, plusieurs locataires de professions diverses, blanchisseuse,ouvrier, apprenti, colporteur, boulanger, militaire.
Le chef de famille Joseph Marie Michaud cordonnier né en 1769 à Orgelet et son épouse Marie-Antoinette Epailly née en 1778 à Chaux du Dombief occupaient les lieux avec leurs 5 enfants tous nés à Orgelet.

Quand s’effectua le découpage et le morcellement de cet ensemble ?
Le seul document disponible exploitable après le plan cadastral de 1809 est celui de 1870.

Lons 1870 3Pplan 3351 sect D f4.
Lons 1870 ADJ 3Pplan 3351 sect D f4.

A cette période, l’ensemble est déjà morcelé en 25 parcelles différentes.
Par contre, les N° des parcelles au niveau du N° 33 du recensement de 1818 sont les N° 295-296.

Les premières matrices cadastrales des propriétés bâties disponibles dans les archives pour Lons-le-Saunier, sont celles établies à partir de 1882.
Ainsi sur celles-ci jusqu’en 1882 la propriétaire des parcelles citées (295-296) en était au nom de la famille Devaux, pour être vendues à cette date à Alfred Prost.
La parcelle N° 295 correspondait à la maison donnant sur la rue Saint Désiré  et la parcelle N° 296 à un hangar attenant à l’arrière.
Le hangar est démoli en 1894 subi des transformations, noté sur la matrice cadastrale comme construction nouvelle dès 1896 et est considéré comme magasin en 1905.

Les frères Devaux  (  Auguste et Jules ) étaient déjà négociants en vins en 1846 et possédaient une activité de vins de Champagne à Epernay .
Auguste Devaux était le fils de Claude Joseph (1795-1843) et de Josephte Françoise Ducray.
Claude Joseph fut commis à la forge (est-ce à la forge de Pont-du-Navoy ? ) son 2ème fils Jules est né en cette commune comme l’atteste l’état civil.
Cette forge et le haut-fourneau à Pont-du-Navoy ont été rétablis en 1784 par les frères Olivier lié à un acensement de la Comtesse de Lauraguais.

Pont-du-Navoy, Les Forges,tréfilerie.
Pont-du-Navoy, Les Forges,tréfilerie.

Il y a fort à penser que les parents de Claude Joseph eux aussi travaillaient dans le domaine de la petite sidérurgie Franc-Comtoise, puisque Claude Joseph est né à Bonnal, haut lieu de forges et de haut-fourneaux dans le Doubs.
Les frères Devaux possédaient-ils les immeubles de la rue Saint Désiré après la famille Michaud ?
Il est cité que les frères Devaux étaient domiciliés rue Saint Désiré en 1869.
Qu’au décès d’Auguste ( 12 Mai 1879) la famille était déjà domiciliée aux Rochettes à Lons.
Que de chemin parcouru depuis Epernay, la maison A.Devaux produit des champagnes prestigieux, implantée maintenant au sud de Bar-sur-seine entre la D 671 et un méandre de la Seine.

Champagnes Devaux, Bar-sur-Seine.
Champagnes Devaux, Bar-sur-Seine.

 

Mais pourquoi en cette auberge le destin du Maréchal bascula ?

S’il fut condamné à mort le 6 Décembre 1815 par la Chambre des pairs siégeant au Palais du Luxembourg puis fusillé,  c’est que dans la nuit du 13 au 14 Mars 1815, il prie la décision folle de se rallier à Bonaparte alors que quelques heures avant il œuvrait ardemment pour pouvoir combattre et stopper l’usurpateur dans sa course à la recherche de son trône.
Que dans son égarement, Ney décida le 14 Mars, d’entraîner les troupes qu’il commandait à s’unir à celles de Bonaparte par une proclamation sur la place de la Chevalerie aux troupes rassemblées :
« Officiers, Sous-officiers et Soldats, la cause des Bourbons est à jamais perdue… »
Ney a toujours soutenue que cette proclamation lui avait été apportée toute faite.

E.Monot a étudié correctement ce point, persuadé que ce texte était l’oeuvre de Ney seul.
Pour cela il étudia cinq documents de la proclamation.
Deux manuscrits, le 1er déposé aux Archives Nationales, l’autre aux Archives Départementales du Jura et 3 imprimés, l’un édité à Lons déposé aux Archives Départementales du Jura, celui lu au procès (donc contenu dans les pièces) et celui publié au Moniteur du 21 Mars 1815.

ADJ Mp 98.12
ADJ Mp 98.12

Quelle surprise de lire sur la chemise de la cote Mp 98/12 des ADJ devant contenir la proclamation du Maréchal Ney en faveur de l’Empereur :
« Déficit constaté en 1929 lors du récolement. »

Cette décision de défection au matin du 14 Mars fut prise après l’introduction après du Maréchal de deux émissaires de Bonaparte venant de Lyon.
L’influence  de ces deux personnages a été déterminante sur la trahison de son serment fait au Roi.
Les arguments et documents communiqués par ceux-ci ont lourdement contribué à ce que Ney se rallie à Bonaparte.

Cette défection entraînera sa perte dès l’instauration de la 2ème Restauration.
Il fut arrêté le 3 Août 1815 au château de Bessonies (à 45 kms au Nord de Figeac dans le Lot, aujourd’hui superbe demeure réservée à l’h

ôtellerie de charme ).
Conduit à Paris le 19 Août, il fut incarcéré à la Maison de Justice de Paris (La Conciergerie) où commença son interrogatoire.

Mais qui furent ces deux émissaires si persuasifs ?

 Le 12 Mars 1815.

Ainsi dès l’arrivée de Ney le 12 Mars à l’auberge de la pomme d’or potron-minet, Cayrol fut réveillé illico vers 3 heures (selon sa déposition du 10 Novembre 1815 devant le conseil de guerre au procès de Ney) et informa le Maréchal que Bonaparte était à Lyon.
A cette nouvelle l’intention de Ney était claire et sans ambiguité : « si je ne peux pas l’arrêter à Lyon, je l’inquiéterai sur ses arrières. »
Il convoqua dans la foulée le préfet le Marquis Louis René Simon de Vaulchier du Deschaux (1780-1861, député de Dôle jusqu’en 1830, préfet tour à tour après le Jura  de la Saône-et-Loire de la Corrèze de la Charente et du Bas-Rhin) sur le champ, pour savoir quelle serai la direction et la marche de l’adversaire et dicta au préfet d’écrire à son homologue de Saône-et-Loire pour avoir des nouvelles des événements de Lyon, connaitre la marche des troupes autour de Bonaparte et transmettre les consignes d’intendance militaire.
Il fit envoyé sur l’heure deux gendarmes à Lyon ( les brigadiers,  Jean-Baptiste Vuillermot agé de 36 ans et Jean-Claude Remy 34 ans)  pour y espionner Bonaparte et obtenir des renseignements. Donna les ordres pour faire rétrograder les troupes sur Bourg-en-Bresse dirigées sur Moulins.
Il  consigne ses volontés dans une lettre qu’il adresse au ministre de la guerre, ne manquant pas au passage d’écorner le comportement du Maréchal Macdonald : » …ce n’est pas en se retirant qu’on pourra reconnaître si elles ont l’intention de faire leur devoir, il faillait les faire combattre... » l’alerta de son manque d’artillerie faute d’attelages.
Il écrit dans la foulée à 5 heures du matin, aux Maréchaux Suchet et Oudinot les informant de ses intentions, au 1er de bien pouvoir diriger ses troupes vers Lons au second les siennes sur Dijon.
Lecourbe arriva, fut informé de la situation par Ney en présence de Bourmont et du Marquis de Sorans,  approuva le plan de Ney, celui-ci le nomma inspecteur général d’armes et devant être disponible près de lui.
La fin de la matinée fut remplie par le passage d’officiers supérieurs comme les généraux Jarry (commandant militaire du Jura) et Guye venus présenter leurs devoirs ( GuyeLédonien, fils d’aubergiste, avait 42 ans se rallia à l’Empereur. Dans la Biographie des célébrités militaires,  Charles Mullié évoque que ce général fut celui qui le 14 Mars porta à Autun pour le général  Bertrand, la proclamation faite par Ney à la troupe).

Le Géhéral Nicolas Philippe Guye peint par Goya en 1810.
Le Général Nicolas Philippe Guye peint par Goya en 1810.

Au sujet de cette proclamation et paroles prononcées par Ney pour l’Empereur, il est intéressant de se reporter aux analyses faites par Emile Le Gallo :  » Discussions et documents, Ney et Napoléon à Auxerre, 1924 « .

L’auberge était devenue le quartier général de Ney, il y vécu en permanence, y mangea et y coucha 3 jours durant.
L’après-midi du 12 Mars, Ney reçoit le comte de Grivel ( inspecteur des gardes nationaux du Jura) descendit sur la place Louis XVIII ( il y retournera le lendemain) se mêler aux soldats., jusqu’à la nuit tombante.
Après son dîner en compagnie du marquis de Sorans, il reçu un négociant Parisien Pierre Boulouze arrivant de Lyon par la diligence introduit par le commandant de gendarmerie de Beauregard qui lui apprit l’entrée de Napoléon à Lyon le 10 Mars à 17 heures, lui donnant les proclamations diffusées à Grenoble par l’ennemi.
Il alerte le marquis de Sorans ( Gabriel-Joseph.Eléazard de Rosières1er gentilhomme de la chambre du frère du Roi) sur ces imprimés mémorables :
« …L’Aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame …« .
Ney est subjugué par ces envolées allégoriques, il s’en émeut, relit tout haut et clame devant le marquis et Bourmont:
« …Le Roi a tort de ne pas écrire comme cela, c’est ainsi que l’on parle aux troupes… »

Il en rapporte ces éléments et nouvelles par une énième lettre, qu’il expédie au ministre de la guerre à 23 heures.

Le 13 Mars 1815.

 Levavasseur dans ses mémoires retranscrites aurait été au service auprès du Maréchal dès la nuit tombée à l’auberge, que Ney se retira dans sa chambre, que Dutour son secrétaire était dans une autre pièce de l’auberge, que les généraux Bourmont, Lecourbe, Mermet et Jarry occupaient des logements en ville (il s’avère que Ney à son procès à la séance du 4 Décembre devant la chambre des pairs, rapporte qu’ils logeaient chez le préfet. Emile Monot évoque que Bourmont coucha à l’auberge près du Maréchal).
Que vers 22 heures arriva un officier de la garde nationale porteur d’une dépêche émanant du préfet de Mâcon contenant l’information qu’un colonel de gendarmerie nommé Jameron venant de Lyon annonçait l’arrivée prochaine de Bonaparte à Maçon, que le drapeau tricolore était arboré dans toute la ville, qu’il en était forcé de la quitter.
Que vers minuit un autre officier porteur lui aussi d’une dépêche signée du maire de Chalons signifiant à Ney qu’un bataillon du 76ème de ligne fit son entrée en ville en criant Vive l’Empeur ! que la ville s’est insurgée.
Qu’ensuite un 3ème officier envoyé par le général Joseph Pellegrin de Millon ( Louis XVIII lui confia le 15 Juin 1814 le commandement de l’école d’artillerie d’Auxonne) vint annoncer au Maréchal que le régiment de hussards commandé par le Prince de Carignan ( Colonel Prince Joseph-Marie de Savoie-Carignano, comte de Villafranca, le 20 Aout 1814 il est colonel en second du 6ème régiment de Hussards, il fut à 25 ans en tant que capitaine le 21 Juillet 1808 officier d’ordonnance de l’Empereur) arborant la cocarde tricolore avait forcé les portes d’Auxonne et s’était dirigé vers Dijon.
Que vers 4 heures du matin un 4ème officier apportait une dépêche du général Heudelet commandant Dijon, signifiant que le prince de Carignan venait de faire son entrée en ville en proclamant l’Empereur.
Que sur les 5 heures du matin, le marquis de Grivel entra chez le Maréchal toujours dans sa chambre, accompagné de deux hommes qu’il avait arrêtes, vêtus en bourgeois venant de Lyon où était Bonaparte.
Qu’ils étaient surpris de leurs arrestations, que tout était terminé que l’Empereur régnait maintenant en France, que c’était une affaire arrangée avec les puissances.
Que le marquis de Grivel fit entrer les 2 personnages en la chambre de Ney et que l’entretien dura au moins 1 heure.

Maître Berryer défenseur de Ney dans la séance du 6 Décembre au procès  en citant la déposition du Marquis de Grivel :
Que dans la soirée du 13 Mars celui-ci avait écrit 3 lettres, l’une au Roi, la 2ème au général Dessoles, la 3ème au comte de Vioménil, lettres contenant le fait que pour le Maréchal Ney : « il brûlait de se mesurer avec l’ennemi de la France« .

Qu’au petit jour le maréchal fit demander à Levavasseur de faire venir en l’auberge les généraux Lecourbe, Bourmont, Jarry et Mermet.

Les mémoires retranscrites par Levavasseur sont-elles crédibles ?
Qu’en est-il réellement ?

Henri Houssaye en 1893  aborde au Chapitre IV paragraphe II de son ouvrage: 1815, les événements de la soirée et de la nuit du 13 au 14 Mars en se basant sur les minutes du procès et le dossier de Ney déposé aux archives de guerre, rendant le récit bien maigre en informations.
Les interventions des protagonistes en l’auberge chez Ney sont :
« Enfin dans la soirée, Capelle, le préfet de Bourg, arrive à demi-mort de peur. »
 » Ce fut peu après la visite du préfet de l’Ain que les émissaires de Lyon s’introduisirent à l’Hotel de la pomme d’or … »

En se basant sur le seul et excellent travail d’investigations d’archives réalisé par E.Monot, la chronologie des événements est-elle la même ?
Voici un résumé  de ce que développa l’historien-chercheur.

Ney le 13 Mars à 17 heures, écrit au ministre de la guerre, qu’il proscrivait au général Heudelet commandant la 18ème division militaire basée à Dijon,  de rappeler ses troupes, le 23 et 36ème régiments de ligne en marche sur Moulins de les réunir à Chalon.
Qu’il envoyait le 6ème régiment de hussards sur Auxonne.
Qu’une avant garde de l’ennemi s’est dirigée sur Villefranche, que Bonaparte y était surement rentré le 12 et qu’il marchait sur Mâcon.

Les informations transmises à Ney sont justes, en effet :
Le 13 Mars Bonaparte entre à Mâcon, le 14 il est à Chalon-sur-Saône (il descendit à l’auberge du Parc, qui n’existe plus, situé entre la rue de Lyon, la place de Port-Villiers et le quai Gambetta), le 15 il est présent à Autun.

Bonaparte, estampe de Dopter Musée d'Auxonne
Bonaparte, estampe de Dopter Musée d’Auxonne.

L’Empereur arrive à Paris le 20 Mars 1815.

Auparavant le 8 Mars Bonaparte proclamait :  » Nous devons oublier que nous avons été le maître des nations. Mes droits ne sont que ceux du peuple…Je viens d’éloigner d’elles pour toujours les souvenirs du régime féodal, du servage et de la glèbe, je ne leur apporte que des bienfaits.  »

A sa lettre au ministre, Ney la complète d’un post-scriptum, confirmant par une lettre écrite du Capitaine Germain :
Que les habitants de Chalon ont bloqué les 18 canons et caissons partis d’Auxonne.
Que les affûts ont été jetés dans le canal  au crie de Vive l’Empereur.
Qu’il y a à Chalon qu’un bataillon de 150 hommes du dépôt du 36ème, ne pouvant pas s’opposer aux émeutiers.

Il dîna seul, dans la soirée sur son ordre, tous les sous officiers prêtèrent serment au Roi.
A 19 heures 45, le Marquis de Sorans pris congé de Ney pour Paris, le priant de déposer à Dijon la lettre écrite pour Heudelet, d’alerter à Paris Monsieur et le ministre de la guerre de son isolement.
Il écrit à Suchet de ses inquiétudes, de ses réflexions, de ses ordres donnés et des mesures à prendre pour contrer Bonaparte.
Il se concerta ensuite avec Bourmont.
A 21 heures il  mande le préfet Vaulchier en lui signifiant d’envoyer en toute hâte deux hommes de confiance, le préfet lui désigne un gendarme dévoué et un jeune homme Désiré Monnier.

Désiré Monnier avait 27 ans était garde national et secrétaire du maire de Lons, Mr Xavier de Champagne lui aussi dans la garde nationale mais, au grade de colonel (en Octobre 1815 D.Monnier devint secrétaire particulier du préfet du Jura. En 1818 l’un des 1er membre de la Société d’émulation du Jura et conservateur du Musée de Lons. En 1828 admis à l’académie de Lyon, participa de manière active à la publication de l’annuaire du département du Jura. En 1843 inspecteur des monuments historiques du Jura, à ce titre ayant d’excellentes relations avec Mérimée il participa au sauvetage d’un des joyaux du Jura : l’abbaye de Baume-les-Messieurs ).
Il fut présenté le 13 au soir vers 22 heures à Ney dans sa chambre de l’auberge, par son colonel.
« Partez sur-le-champ pour Chalon-sur-Saône…  informez-vous du matériel dont l’Empereur dispose, et sachez m’en rendre compte dans le plus bref délai ! … »
Il lui fit délivré un passeport, il parti vers 23 heures dans une des voitures du Receveur général du département.
E.Monot dans son étude précise que D.Monnier fut présenté à Ney le 13 au soir alors que Monnier écrit dans ses souvenirs en 1871 que c’était la veille :
« Toute la journée du 13 fut employée à recueillir des renseignements. Je vis plusieurs fois Napoléon venir au balcon de l’Hôtel du Nord, pour se montrer au peuple enthousiasmé … »
Que signifie cette inversion dans les dates de la part de D.Monnier ?
Se disculper, se mettre en valeur dans ses écrits en 1871 ?
La date du 13 au soir est confirmée dans la déposition faite le 17 Octobre 1815 auprès du juge d’instruction à Tulles, par Louis -René Simon Marquis de Vaulchier de Deschaux alors préfet du Jura comme quoi :

Déposition du préfet Vaulchier de Deschaux au procès de Ney.
Déposition du préfet Vaulchier de Deschaux au procès de Ney.

En présence de Bourmont, de Beauregard  communique les nouvelles alarmantes provenant de Lyon transmises par un rapport du Capitaine Commoy, chef de la gendarmerie de l’Ain.
A minuit et quart, de Beauregard quitta l’auberge.
Le baron Guillaume Capelle ( préfet de l’Ain paniqué avait fuit Bourg le 13 Mars venant annoncé que le 76ème de ligne, utilisé par Ney pour en faire son avant garde, avait quitté Bourg le 11 pour se diriger sur Chalons, que la population s’insurgeait avait investi la Préfecture) fut reçu chez Bourmont à l’auberge entre 3 et 4 heures du matin du 14 Mars, qu’ils se rendirent un peu avant 4 heures dans la chambre du Maréchal pour lui transmettre ces tristes nouvelles.

Le 14 Mars Bonaparte de Mâcon fait expédier un mot au Général Louis Gay, colonel du 79ème régiment de ligne, général de Brigade le 126 février 1814 en demi-solde à Mâcon :
 » Suivez-moi à Paris, je vous donnerai un commandement. »

En 3 jours Ney avait envoyé au ministre de la guerre 6 lettres consécutives qui étaient restées sans réponse, il était laissé sans ordre sans nouvelle directive, à lui même.

Pierre Nicolas Berryer doyen des avocats de Paris, défenseur et conseil de Ney durant toute la durée de son procès (ce qui lui fit perdre de Bâtonnat), publie un exposé justificatif pour le Maréchal.
L’ayant côtoyé assez longtemps en 1815 pour être son défenseur jusqu’à la limite des arguments de défense , il fait une analyse assez bien détaillée du caractère de Ney, de ses égarements de ses interrogations et de son « erreur » du 14 Mars 1815, comme il la nomme.
Il en décrit les prises de décisions :
« Dans la matinée du 13 Mars, le maréchal Ney expédie une nouvelle dépêche au maréchal Oudinot…il est bien important de hâter l’arrivée des troupes…en présence du chef d’escadron de la gendarmerie, il ordonne à deux gendarmes déguisés d’aller épier la marche de Bonaparte…au même moment, il indiquait une foule de dispositions à faire des troupes, au marquis de Sauran, accouru vers lui, et qui repartait pour avoir de Monsieur des nouvelles attendues avec une anxiété inexprimable…il faisait arrêter un des officiers de sa troupe les plus exaltés, et qu’il ordonnait au lieutenant-général Bourmont de l’envoyer à la citadelle de Besançon…écrivant au lieutenant-général Heudelet…il faut éviter de faire de petits détachements : réunissez à Chalons toutes les troupes sous vos ordres…Tout à coup, dans la soirée du 13 mars, il apprend, par le préfet de l’Ain, que le bataillon du 76è, qui lui servait d’avant-garde à Bourg, avait passé tout entier à l’ennemi…Dans la nuit du 13 au 14 mars arrivent jusqu’au maréchal... »
De sa défection, l’avocat l’explique longuement comme dans cet extrait :
 » Une erreur du moment, effet du concours vraiment inouï des incidents les plus étranges; une erreur dont on n’entrevoit le principe que dans un sentiment louable en soi, mais mal dirigée; une erreur enfin qui n’a servi en rien l’usurpateur, qui n’a nullement profité à celui qui l’a commise : une telle erreur est-elle autre chose qu’un fatal égarement ? »

 

A la quête des émissaires .

Mais qui sont ces deux négociateurs habiles ?
Peu d’indices.
Le préfet Capelle comme le général Bourmont dans leurs multiples dépositions n’apportent aucune information sur la présence des agents le matin du 14 Mars, bien qu’ils n’aient point été interrogé d’une manière précise à ce sujet.

Du vivant de Ney, ses papiers militaires le suivaient partout au risque d’être égarés, perdus, volés.
Ainsi durant la campagne de Pologne l’avant-garde Russe surprend le corps de Ney le 9 Juin 1807 se repliant sur Guttstadt subissant un sérieux revers à Deppen en abandonnant ses bagages et ses effets personnels, avant de traverser La Passarge.
Chose incroyable le 18 Avril 1847,  le Major baron von Wedell ayant participé aux combats de Deppen, expédie au fils du Maréchal Ney, le registre de copie-lettres faites par le secrétaire du Maréchal recopiant toute sa correspondance militaire.
Ces documents sont rachetées par les AN en 1955.
Les Archives Nationales du Maréchal Ney comportent deux parties bien distinctes, ses papiers et ceux de sa famille.
Une seule cote dans ce fond se réfère à la période considérée, la cote 134 AP 5/344 comportant 5 mots autographe de Napoléon d’Auxerre le 17 Mars 1815 à 22 heures, l’informant :
 » que l’appel fait par le Roi aux volontaires est resté sans écho, que le peuple est partout bien disposé, que le général J.Drouet marche sur Paris où le maréchal Mortier est rentré » .

Aucun éléments tangibles sur ce sujet au SHD dans le dossier personnel du maréchal Ney  : 2ème série, n°12.
Les fonds d’archives 390 AP … du général Bertrand aux AN:  390 AP 23 pour la période des cent-jours, comme les archives complémentaires s’y rattachant, sont muettes d’informations quelconques sur les agents envoyés vers Ney le 14 Mars 1815.

Ce qui est certain, c’est que le Maréchal a bien reçu une lettre écrite de Lyon du général Bertrand à la demande de Bonaparte.

Le Maréchal Ney en 1815.
Le Maréchal Ney en 1815.

1° Témoin : Fleury de Chaboulon ( le baron Pierre Alexandre Edouard Fleury de Chamoulon fut engagé à Lyon par Bonaparte en tant que secrétaire particulier lui prodiguant des marques d’estime et de confiance ) présent ce jour-là à Lyon, il rapporte les propos de Bonaparte à Bertrand :
« Vous l’instruirez, du délire qu’existe mon retour, de la réunion successive à mon armée de toutes les forces dirigées contre moi, vous lui direz que les troupes qu’il commande imiteront infailliblement tôt ou tard l’exemple de leurs braves camarades…faites lui entendre qu’il sera responsable envers la France …de la guerre civile et du sang qu’elle fera verser, flattez le, mais ne le caressez pas trop... »
Fleury de Chaboulon dans ses mémoires cite que de Lyon il fut écrit à tous les chefs de corps que l’on savait cantonnés dans les départements voisins.

Selon l’ouvrage de Friedrich Ludwig comte de Waldburg  Itinéraire de Buonaparte de l’île d’Elbe à Sainte-Hélène, écrit en 1816 :  » Le dimanche 12, Bonaparte reçu la foule des courtisans, principalement des officiers retraités. Il expédia des émissaires à Paris, dans la Bourgogne, dans la Franche-Comté, dans la Lorraine, l’Alsace et autres divisions militaires… »

2° Témoin, le colonel Clouet, 1er aide de camp de Ney, à qui celui-ci lui présenta le soir du 15 mars 1815 une demi-feuille de papier à lettre signée du général Bertrand, en lui disant :
 » Tout est arrangé au Congrès de Vienne et avec toute l’Europe. Voici la lettre qui m’en donne la certitude. »
Il y avait en plus de cette lettre de Bertrand, une de Bonaparte  lui donnant  un ordre de marche (selon les dires de Ney dans son second interrogatoire préparé par le préfet de Police).

Aussitôt après son incarcération à la Conciergerie, il est interrogé par le ministre de la police le duc Decazes.
Retranscription de l’interrogatoire selon :
 » Procès du maréchal Ney, Pierre-Joseph-Spiridion Dufey,1815. »

1er interrogatoire de Ney par De Caze.
1er interrogatoire de Ney par Decazes.

Au 2ème interrogatoire,  Ney ne fut point interrogé sur l’identité des émissaires de Bonaparte.
Il maintient dans sa déposition, qu’il n’avait reçu aucune dépêche , ni aucun émissaire de Bonaparte avant la nuit du 13 au 14 Mars.
A la Conciergerie le 14 Septembre il est interrogé par le rapporteur du Conseil de guerre le maréchal-de-camp Grundler.
Le compte rendu ne révèle rien de nouveau au sujet des agents de Bonaparte.
Ce sont 25 déclarations de témoins qui sont insérées dans le compte-rendu du procès, devant le Conseil de guerre.

Celle du Lieutenant-général comte Louis Friant (15 ème témoin) est très laconique, bien curieuse, sans rien révéler.
Comte d’Empire en 1808, du fait de ses blessures il devint Chambellan de l’Empereur en 1813.
Il est entendu comme témoin, pour avoir été envoyé à Metz au mois de Mars 1815 par Soult pour commander le Corps Royal des Grenadiers.
Ce Corps Royal des Grenadiers sous la 1ère Restauration était l’ex 1er régiment d’infanterie de la Garde Impériale.
A la  1ère question :

L.Friant témoin, 1ère question.
L.Friant témoin, 1ère question.

La réponse fut . « Non. »
A la seconde question :

L.Friant témoin, 2ème question.
L.Friant témoin, 2ème question.

Sa réponse, moins laconique mais bien surprenante :
 » Non, depuis l’organisation faite à Fontainebleau, il n’y avait parmi les officiers que des hommes valides. »
A la 3ème et dernière question:

L.Friant témoin, 3ème question.
L.Friant témoin, 3ème question.

Sa réponse resta dans un cadre très militaire :
« Non, je n’ai reçu à l’époque aucune lettre de M. le Maréchal Ney, je n’étais d’ailleurs pas sous ses ordres. »
L.Friant commandant de la vieille-garde était le 30 Mars 1814 sous le commandement de Ney pendant la campagne de France (AN 137 AP 15/1-205).

Devant la Chambre des Pairs à la séance du 4 décembre :

Chambre des Pairs 4 Décembre 1815
Chambre des Pairs 4 Décembre 1815.

Alphonse de Beauchamp, en 1817 évoque que l’un des deux émissaires envoyés était un officier supérieur :
« On était rentré dans cette fatale nuit du 13 Mars, sur laquelle l’histoire n’a d’autres documents que les propres aveux de Ney, nuit criminelle où il reçu deux émissaires de Bonaparte, l’un officier supérieur de son ancienne garde, l’autre agent particulier. »

Les seules pistes sont les aveux retenus du Maréchal Ney à savoir :
-Que l’un des deux émissaires était un officier supérieur de la garde.
-Qu’il avait été dépêché de Metz par d’autres officiers de ce corps.
-Qu’ il était à Paris lors du procès.

Dès l’instauration des Bourbons en 1814, la vieille garde Impériale prend la qualification de  corps royal de France.
Tous les régiments de la jeune garde, infanterie, cavalerie ainsi que ceux de l’artillerie sont incorporés dans la troupe de ligne.
L’ancienne garde, réduite d’abord à 20 000 hommes fut rapportée à près de 10 000 hommes.
Le corps royal des grenadiers à pied de France organisé dès Juillet 1814 avait été ainsi formé des 1er et 2ème régiments de grenadiers de la vieille garde et du régiment des fusiliers-grenadiers de la jeune garde.
On retrouve à la tète de l’état major de ce corps, le lieutenant-général comte Friant avec le grade de colonel-commandant.
Ce corps fut envoyé à Metz, comme celui des chasseurs à pied requalifiés corps royal des chasseurs à pied de France à Nancy, les grenadiers à cheval à Blois avec la requalification de corps royal des cuirassiers de France.

A Metz, le comte Friand avait comme seconds :
– Le lieutenant-général comte Roguet, colonel en second, décéda à Paris en 1846.
– Le maréchal-de-camp baron Petit, major.
-Le maréchal-de-camp baron Christiani, major à la suite.
Ils combattirent tous au sein de la Garde Impériale à Fleurus et à Waterloo où ils ont côtoyé Ney.

Une ordonnance de 1814 mit à la demi-solde tous les officiers généraux et officiers de tous grades de l’ex-garde qui n’étaient pas employés.
Un mécontentement des demi-soldes généra de leurs parts des coalitions à Paris, le gouvernement se chargea de les éloigner de la capitale, par un ordre du ministre de la guerre, interdisant à tout officier général, supérieur ou autres ayant fait partie de l’ancienne garde et jouissant d’un quelconque traitement militaire de séjourner à Paris sans autorisation.
Malgré cela comme ces demi-soldes gardaient des contacts avec leurs anciens régiments, la fermentation était grande dans l’ex-garde, le maréchal Soult alors nommé ministre de la guerre signalait, des réactions hostiles au Roi dans les régiments, que les troupes étaient remontées contre la Royauté, par les officiers et sous-officiers déguisés.

Dès le 5 Mars 1815 à la connaissance par une dépêche télégraphique transmise du préfet de Toulon aux autorités Lyonnaises de la progression de Bonaparte depuis Golfe Juan, les réactions au sein de l’ex-garde ne se font point attendre.

A Metz, comme le rapporte l’aveu de Ney un officier supérieur de l’ex-garde était dépêché par les autres officiers du corps royal des grenadiers de France dès le débarquement sur le sol de France de Bonaparte, d’alerter : des dangers d’une guerre civile, les commandants de division militaire pouvant s’opposer à Bonaparte par les armes.

C’est ainsi que dans la nuit du 13 au 14 Mars après s’être rendu auprès de Bonaparte à Lyon, cet officier supérieur de l’ex-garde accompagné d’un agent bien particulier de l’ex-empereur, se présentèrent à l’auberge de la pomme d’or pour y être introduit auprès de Ney.

Ces maigres indices, portent à croire par recoupement que cet officier pouvait-être:
Jean-Martin Petit, 100% Bonapartiste dans l’âme, le cœur et le devoir.

 

Jean-Martin Petit.

Le baron Jean-Martin Petit 1840, David d'Angers, Musée Carnavalet
Le baron Jean-Martin Petit 1840, David d’Angers, Musée Carnavalet

Né le 22 Juillet 1772 à Paris fils de Marie Cecile Vavasseur et de Jean Petit  bourgeois, au domicile de la  rue des Canettes ( Dans le 6ème arrondissement de Paris, faisant la jonction entre la rue du Four et la rue Saint-Sulpice).

Son passé militaire parle pour lui (en aparté , le général Friant fut à maintes reprises son supérieur et son chef et l’on peux comprendre le témoignage du comte Louis Friant, devant le Conseil de guerre, lors du procès de Ney).

Jean-Martin Petit :
Capitaine 1er Messidor an 6.
Aide de camp du général Friant 20 Messidor an 6.
Chef de Bataillon 6 Germinal an 6.
1er aide camp du général Friant 5 Pluviôse an 10.
Major 14 Aout 1806 ( 15e Régiment d’Infanterie légère).
Colonel 3 Mars 1808 (67 e Régiment d’Infanterie de Ligne).
Baron de l’Empire 15 Août 1809.
Général-de-Brigade 28 Juin 1813.
Major 20 Novembre 1813 (1 er Régiment de Grenadiers-à-Pied de la Garde Impériale).
Major 1 Juillet 1814 (Corps Royal des Grenadiers de France), commandé par le colonel-commandant le comte Friant .
Général de Division 20 Mars 1815 par Napoléon.
Major-colonel 1 Avril 1815 (1 er Régiment de Grenadiers-à-Pied de la Garde Impériale, lieutenant-général comte Friant ).
Lieutenant-général en 1831 par Louis-Philippe.
Décédé 8 Juin 1856.

Napoléon Ier, ayant abdiqué en 1814,  fit ses adieux à la garde Impériale le 20 avril 1814, dans la cour du cheval blanc du château de Fontainebleau.
Il embrassa l’aigle du 1er régiment de grenadiers de la garde et le général Petit.

Fontainebleau, 20 avril 1814. Antoine Alphonse Montford, selon Horace Vernet.
Fontainebleau, 20 avril 1814. Antoine Alphonse Montford, selon l’original d’Horace Vernet.

Il aurait déclaré  : « Je ne puis vous embrasser tous, mais j’embrasse votre général. Venez, général Petit, que je vous presse sur mon cœur. »

Mais qui était le second émissaire, cet agent particulier ?

Fleury de Chaboulon, pourquoi pas ! il en a le profil, l’opportun !

Les fils du Maréchal Ney  œuvreront tout le long de leur vie, pour la réhabilitation de leur père.

L’aîné Joseph-Napoléon devenu général, sénateur et pair de France en 1831 réclama la réhabilitation de son père, ne voulu point siéger sur les bancs de ceux qui l’avaient condamné, tant que la justice pleine et entière n’aurait pas été rendue à la mémoire du Maréchal.
Il y siégea seulement que 10 ans plus tard en protestant de manière énergique contre le jugement de 1815 :
« J’entends dire à cette tribune qu’on ne me reconnait pas le droit de protester contre une sentence rendue dans un procès, où la défense n’a pas été libre, où la condamnation a été demandée ouvertement par l’étranger !  »
Ce n’est que sous la Seconde République que le Gouvernement provisoire réhabilite la mémoire du Maréchal, il n’y aura pas de procès en révision, les ordres de la légion d’honneur retirés lui seront rétablis.
Étonnant, la base Léonore à la cote LH/1984/21, la pièce 2/11 fait apparaître :

Base Léonore dossier Michel Ney.
Base Léonore dossier Michel Ney.

Dès la défaite de Waterloo, Napoléon d’abord fit peser une grande partie des responsabilité de ce désastre militaire sur Ney .

Charles-Guillaume Gamot ( beau-frère de Ney et préfet de l’Yonne au moment des événements de Mars 1815) aidé par le général d’Empire Maximien Sébastien Foy (Commandant la 9ème division d’infanterie à Waterloo sous les ordres du chef de corps le général Reille, chef de file des libéraux en tant que député à l’Assemblée Générale), par Davoust ministre de la guerre durant les Cent-jours et par le colonel Heymès (sous-chef d’état-major du Maréchal Ney pendant les Cent-jours)  publia en 1819 une 1ère réfutation, sur les accusations et les non-respects des ordres donnés par Napoléon et son état-major à la bataille de Waterloo; portées contre le Maréchal Ney.

Le cadet  Michel-Louis-Félix Ney, sous la monarchie de Juillet obtint un mandat de député de 1846 à 1848, devint général de brigade en 1851.
Il se chargea de collecter des documents inédits et des témoignages des acteurs du champ de Bataille, qu’il publia en 1840.
Cette démarche enclencha des réactions multiples, contrariant les  mémoires de Napoléon écrits à Saint Hélène sur cet événement dans le Volume IX et publiés en 1830.
L’un des premiers à lancer cette controverse fut le Lieutenant-général baron Antoine de Jomini (il fut à maintes reprise à l’état-major de Ney et suite à un conflit avec Berthier, il quitte la France en 1813 pour servir l’Empereur Alexandre II)  auteur de nombreux ouvrages d’histoires et de tactiques militaires, mais qui suite à une correspondance avec Michel-Louis-Felix Ney, publiera en Octobre 1841, une analyse sur les reproches portés sur Ney, qu’il qualifia de non justifiés.
D’autres historiens ont suivi cet exemple et ont beaucoup écrit à ce sujet, reconnaissant que les erreurs ne venant pas du Maréchal Ney mais plutôt de Napoléon lui-même.

Ney Le duc d'Elchingen chef d'escadron d'Etat Major, 1840 Felix PHILIPPOTEAUX est envoyé en Afrique en avril 1840 par Louis-Philippe Duc d'Elchingen Musée Condé Chantilly m505201_0007368a_p
Michel Louis Ney, duc d’Elchingen chef d’escadron, avril 1840, Musée Condé Chantilly.

 

Lamartine dira du Maréchal Ney :
« Ney, combattu entre son ardeur et ses repentirs, toujours le premier soldat de l’armée française, était plus propre désormais, par l’inquiétude de son cœur, à se précipiter dans la mort qu’à assurer la victoire. »

On est en droit de se poser cette question :
Pourquoi n’existe-t-il pas de plaque commémorative apposée en façade rue de la Saint Désiré à Lons-le-Saunier, mentionnant ces événements de Mars 1815 ?

 

Il est difficile de ne pas évoquer ces Jurassiens Grenadiers de la Garde Impériale, oubliés et remarquables à juste titre, de l’Empire :

– Jean Nicolas Senot, né à Salins-les-Bains en 1761, fils de Denise Blanc et de Denis Senot.
Ce personnage était une « star » avant l’heure !
Dès la formation du 1er régiment des grenadiers de la garde impériale en Mai 1804, il en est le tambour Major, nommé lieutenant le 22 Janvier 1814 au 2ème bataillon d’instruction à Fontainebleau, il est toujours tambour-major le 1 juillet 1814 ayant passé au dépôt de l’ancienne garde.

Jean Nicolas Senot au centre par H.Bellangé Musée du Louvre.
Jean Nicolas Senot au centre par H.Bellangé Musée du Louvre.

-Jean Claude Viennet, né en 1771 dans le hameau de Fonteny (voir Gite la Moutena ) fils d’Antoine Viennet et de Claudine Jeanet.
Passé : du 6ème régiment de cavalerie au Grenadier à cheval de la Garde des Consuls dès sa formation.
Le 27 Frimaire an 9 au Grenadier de la garde Impériale.

Grenadier à cheval de la Garde Impériale, colonel Lepic, bataille d'Eylau, E.Detaille, Musée Condé Chantilly.
Grenadier à cheval de la Garde Impériale, colonel Lepic, bataille d’Eylau, E.Detaille, Musée Condé Chantilly.

Toujours présent en tant que grenadier à cheval de la garde jusqu’en 1815.
Comment ce Jurassien, de naissance et de condition modeste, élevé dans une contrée si retirée, a-t-il pu entrer et rester aux Grenadiers à cheval de la Garde Impériale autant d’années ?

Il est fort possible qu’à partir d’éléments d’archives conséquents que ces deux Jurassiens puissent faire  » l’objet » d’un article sur ce blog. 

 

Sources:
ADJ  Lons-le-Saunier sous-séries, 5E, 3P.
AN, dossier Ney 137 AP; fonds général Bertrand, 390 AP 1-34.
Cours politique et diplomatique de Napoléon, extraits du Moniteur, Lewis Goldmisth 1816.
Dictionnaire des Parlementaires français , Robert et Cougny, 1889.
Exposé justificatif pour le Maréchal Ney, Maître Berryer père, avocat. SD.
Histoire des campagnes de 1814 et de 1815, Alphonse de Beauchamp1816-1817.
Histoire anecdotique, politique et militaire de la garde Impériale, E. Marco de St Hilaire, 1847.
Histoire de la Restauration, A.Lamartine, 1861-1862.
Itinéraire de FC rédigé par ordre de Mr de Caumartin de St Ange 1789.
La dernière campagne du général Lecourbe, Belfort en 1815, H.Bardy 1889.
La Quotidienne, la religion, le roi et les lois, Mars 1815 ADJ Pr 604.
La Première Restauration, le Retour de l’île d’Elbe ; les Cent jours. Henri Houssaye, 1893.
Le Maréchal Ney à Lons-le-Saunier, par E.Monot, Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1927.
Le vieux Lons, revue locale, 1908.
L’église Saint-Désiré, M.Duhem, Bulletin monumental, 1935 V 94.
Les anciens hôtels de Paris, par le Comte d’Aucourt 1880.
Les cent jours, mémoires pour servir à l’histoire de la vie privée…, Fleury de Chaboulon, 1820.
Napoléon et sa garde, ou Relation du voyage de Fontainebleau à l’île d’Elbe en 1814, du séjour de l’Empereur dans cette île et de son retour en France, 
E. Laborde, 1840.
Précis historique de la vie et du procès du Maréchal Ney, par F.F. Cotterel, 1816.
Procès du Maréchal Ney, Méjan, 1815.
Quelques notes sur la conduite de M. le comte de Bourmont en 1815, par Anne-Louis-Antoine Clouet, 1832.
Souvenirs d’un octogénaire de province, par D.Monnier, Lons-le-Saunier, Imprimerie de Gauthier frères, 1871.
Souvenirs militaires d’Octave Levavasseur, publiés par le Commandant Beslay 1914.
Vie du maréchal Ney…l’histoire de son procès…, par Maiseau, L-Raymond Balthasard, 1816.

Mais pourquoi diantre aujourd’hui l’Angleterre comme l’Argentine tiennent-elles aux Malouines ?


Mais pourquoi diantre aujourd’hui l’Angleterre comme l’Argentine tiennent-elles aux Malouines ?

 

Soit, nous sommes bien en droit de se poser cette question !

Surtout lorsque l’on aborde cet archipel isolé dans l’atlantique Sud-ouest distant de 260 milles des cotes Argentines, par le coté Argentin !

 

En effet, à Ushuaïa en terre de Feu !

La baie d'Ushuaia.
La baie d’Ushuaïa.

 

A l’entrée du port de commerce par où transite tout les voyageurs et marchandises, un grand panneau bien en vue à droite des grilles sur le mur de la Prefectura Naval Argentina, intrigue !

Qu’indique-t-il ?

Panneau à l'entrée de la rade d'Ushuaia.
Panneau à l’entrée de la rade d’Ushuaïa.

« Nous informons nos visiteurs que par la loi nationale Argentine n ° 26,552 les îles Malvinas, Georgie du Sud, les îles Sandwich du Sud et les zones maritimes environnantes ainsi que le territoire antarctique argentin, ont été inclus dans la compétence de la province de Tierra del Fuego.

Dans le même temps nous devons nous rappeler que les îles Malvinas, Georgie du Sud, les îles Sandwich du Sud et les espaces maritimes environnants, sont, depuis 1833, sous l’occupation illégale du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et Irlande du Nord. »

Puis, bien dans l’axe d’accès en énormes lettres :

Port d'Ushuaia, conseils de bienvenues.
Port d’Ushuaïa, conseils de bienvenues.

« Les navires pirates Anglais sont interdits d’amarrage. »

Cela ne peut-être plus clair et pourtant nous sommes en 2015 !

D’autres messages apposés en ville dans le style Street-art :

 

Ushuaia, art de la rue.
Ushuaïa, art de la rue.

« madre tierra, he ahi a tus hijos » que l’on comprend comme : « terre-mère, il a eu vos enfants », ou tolérés comme celui en contrebas de la digue avenue Maipu face au Museo Territorial, énorme, visible seulement lorsque nous sommes sur l’eau dans la rade :

Ushuaia la rade
Ushuaïa la rade.

« Ushuaïa capital de las Malvinas. » peuvent être interprétés comme des slogans revendicatifs.

Les Argentins ou sa marine sur place sont-ils assez armés pour intervenir ?
Pas avec ce qui est amarré et visible à l’Arsenal Ushuaïa !

La flotte militaire à Ushuaia.
La flotte militaire à Ushuaïa.

 

Même si l’Intrepida est présente, coincée entre deux vedettes lance-pierre.

L'intrépide Marine d'Ushuaia.
L’intrépide Marine d’Ushuaïa.

 

On se moque ! Mais l’affaire est sérieuse !

Puis après avoir embarqué pour la grande boucle Australe, après un bon training, de l’hôtel au quai d’embarquement vers le Plancius.

Training avant le grand large.
Training avant le grand large.

 

Après avoir longé avec celui-ci le canal de Beagles vers l’Est, à sa sortie avoir dépassé l’Isla de los Estados.

Iles des Etats.
Iles des Etats.

 

A l’approche des Falkland.

Carte des Falkland
Carte de l’Archipel des Falkland.

 

 

Après deux jours de mer, avoir croisé des Rorquals communs le long de l’ile Weddell à l’Ouest de l’ile occidentale des Falkland.

Au large des Falkland, le souffle des Rorquals
Au large des Falkland, le souffle des Rorquals

 

Après avoir débarqué enfin sur l’ile Saunders si mystérieuse d’aspect, située au Nord toujours de l’ile occidentale dans une anse aux eaux calmes.

L'ile Saunders, Falkland occidentale.
L’île Saunders, Falkland occidentale.

 

Cette île de landes sèches abrite selon la littérature :
Quatre espèces de manchots, une grande colonie d’Albatros à sourcils noirs, et deux espèces de grèbe.
Il y a plusieurs trésors botaniques, comme la renoncule argent rare et la marguerite poilue, à la fois endémique, ainsi que les quatre espèces d’orchidées indigènes.

L’île a été nommée en mémoire à Sir Charles Saunders, commandant du HMS Tryal au cours de la circumnavigation de George Anson de 1740-1744.
En 1766, l’amiral anglais Byron vint établir un poste militaire dans le Nord de l’île occidentale, à Port-Egmont, pour y protéger les pêcheurs anglais.
Port Edgmont, bras de mer, passage entre les iles Saunders, Keppel et la grande ile Ouest avait été choisi comme emplacement de la première colonie britannique dans l’archipel le 23 Janvier 1765 dû à un mouillage sûr au Sud-est de Saunders à l’abri des vents dominants et à la présence beaucoup de plantes antiscorbutiques.
Les deux seuls points culminants sur Saunders, sont à l’opposé l’un de l’autre, le Mont Harrison au Nord-ouest 433m et le Mont Rookery au Sud-est 423m.

Pour avoir approché pour ma 1ère fois des manchots en liberté dans leurs éléments naturels et sauvages.

L'accueil des manchots Papou à l’île Saundres, son coin niche et toute sa famille.
L’accueil des manchots Papou à l’île Saundres, son coin niche et toute sa famille.

 

Pour avoir découvert l’habitat des manchots de Magellan.

Les Falkland, île Saunders, Manchots de Magellan chez eux.
Les Falkland, île Saunders, Manchots de Magellan chez eux.

 

Pour avoir rencontré les Gorfous sauteurs.

 Les Falkland, île Saunders, Gorfou sauteur et sur son domaine ,  gare aux prédateurs.
Les Falkland, île Saunders, Gorfou sauteur et sur son domaine , gare aux prédateurs.

Pour avoir salué le grand Albatros à sourcils noirs.

Les Falkland, île Saunders, Albatros à sourcils noirs en famille et en couple.
Les Falkland, île Saunders, Albatros à sourcils noirs en famille et en couple.

 

Pour avoir croisé, le chionis, les oies des neiges, le Caracara austral, l’Huitrier.

Les Falkland, ile Saunders, Chionis, Oies Antarctique, Caracas et huîtrier.
Les Falkland, ile Saunders, Chionis, Oies Antarctique, Caracas et huîtrier.

Pour avoir observé les colonies, de Gorfous sauteurs sur les flancs Nord du Mont Rookery, d’Albatros nichées sur les falaises, les retours en mer de ces oiseaux pas comme les autres, de cormorans impériaux aux magnifiques yeux bleus et leur progéniture, du bien vivre de ces espèces ensemble regroupées.

Les Falkland, l’île Saunders, mixité oblige, bains de pattes pour les Pétrels et retour de la plage.
Les Falkland, l’île Saunders, mixité oblige, bains de pattes pour les Pétrels et retour de la plage.

 

Pour avoir contourné les restes d’un cétacé.

Triste sort.
Triste sort.

 

Pour avoir ressenti, le changement lent des conditions atmosphériques en fin d’après-midi, le froid s’accentuant, l’humidité s’incrustant, la frustration de quitter l’ile Saunders pour d’autres lieux de découvertes inattendues, l’attente transis du Plancius pour l’embarquement.

L'attente et nous sommes pas les seuls à vouloir quitter l’île Saunders !
L’attente et nous sommes pas les seuls à vouloir quitter l’île Saunders !

 

Ainsi le lendemain matin, après avoir longé les cotes Nord des deux grandes iles des Falkland, être dans la rade de Port Stanley où seul, un énorme chalutier de 50m de long, le Kestrel est stationné, battant pavillon Falkland Islands, jauge brute, GT « gross tonnage » de 775t (tonneaux, assurément).

« Le tonneau étant un volume de 100 pied cubes, soit 2,8316 m3, c’est l’ancienne unité de volume, l’actuelle étant la jauge brute UMS (Système Universel de Mesures) mise en place en 1982 par l’Organisation maritime Internationale, assez compliquée et uniquement pour les navires ayant une longueur supérieure à 24m en dehors de l’Union Européenne, unité variable en fonction du volume total du navire, exemple : unité valant 4,55m3 pour un navire de 10 m3, 3,85m3 pour 1 000m3, 3,125m3 pour 1 million de m3 !
Quant on sait que cette mesure sert essentiellement pour déterminer l’ensemble des taxes maritimes douanières et fiscales, cette unité variable, n’a pas de sens !
Sauf pour qui ?»

 

Le Kestrel dans la rade de Port Stanley.
Le Kestrel dans la rade de Port Stanley.

Après avoir tels le touriste basique rayonné dans la ville, s’être baladé sur le front de mer le long de la Ross road, jalonnée de monuments de mémoire (Guerre des Malouines en 1982, bataille des Malouines de 1914, bateaux échoués, vestiges maritimes tels ces canons sur affûts pointés sur l’entrée de la rade)

 Port Stanley monument 1982 et canons déco.
Port Stanley monument 1982 et canons déco.

 

Avoir visité la Christ Church Cathedral, la Post Office, longé la maison du gouverneur, l’église Sainte Marie.

Port Stanley, cathédrale, poste et maison du Gouverneur.
Port Stanley, cathédrale, poste et maison du Gouverneur.

 

Avoir apprécié le very clean cottages.

 Cottages à Port Stanley.
Cottages à Port Stanley.

 

Avoir déambulé dans les petites rues secondaires.

L'envers du décor, Port Stanley.
L’envers du décor, Port Stanley.

 

Nous sommes tombés en arrêt devant une fenêtre où était affiché en évidence pour les passants ce message.

Les Falkland, Port Stanley, annonce privée.
Les Falkland, Port Stanley, annonce privée.

« A la nation argentine et ses habitants vous serez les bienvenus dans notre pays que lorsque vous cesserez votre demande de souveraineté et de reconnaître notre régime à l’autodétermination.»

Cela jette un froid, déjà que le soleil n’était pas au rendez-vous, que le vent cinglait les visages, sacré accueil, perplexes nous retournâmes et retournâmes cette pensée :

Mais pourquoi diantre, les Argentins comme les Anglais tiennent-ils tellement à cet Archipel ?

 

Comprendre qui pourra, mais voilà ici quelques pistes de réflexion.

Jules Verne écrivit dans son roman « Vingt milles lieux sous les mers » au sujet de cet archipel :

«Sur ces fonds gras et luxuriants, le Nautilus passait avec une extrême rapidité.
Vers le soir, il se rapprocha de l’archipel des Malouines, dont je pus, le lendemain, reconnaître les âpres sommets. La profondeur de la mer était médiocre. Je pensai donc, non sans raison, que ces deux îles, entourées d’un grand nombre d’îlots, faisaient autrefois partie des terres magellaniques. Les Malouines furent probablement découvertes par le célèbre John Davis, qui leur imposa le nom de Davis-Southern Islands. Plus tard, Richard Hawkins les appela MaidenIslands, îles de la Vierge. Elles furent ensuite nommées Malouines, au commencement du dix-huitième siècle par des pêcheurs de Saint-Malo, et enfin Falkland par les Anglais auxquels elles appartiennent aujourd’hui

Cela ne nous rapporte pas grand-chose, mais résume à peu près l’évolution dans le temps de la souveraineté de l’Archipel.

 

Mais aujourd’hui, que se passe-t-il dans ces eaux ?

Certes, malheureusement il y eu la guerre des Malouines en 1982 entre l’état Argentin et le Royaume-Uni !

Très souvent en Argentine, les mémoriaux pour les soldats tombés au combat vous le rappellent !

Mémoriaux Argentins, calla Defensa à Buenos Aires et à El Calafate.
Mémoriaux Argentins, calla Defensa à Buenos Aires et à El Calafate.

 

Le 1er février 1987, le Gouvernement de l’Archipel décrète une zone de protection autour de ses iles de 150 milles correspondant à une surface globale de 242 410 km2.

A l’examen de ces cartes le diamètre de la zone FICZ s’étend du 55°30 au 63°30 W soit 8° d’écarts.
A cette latitude du 51° 30 Sud, la détermination des distances d’un point à un autre, vu la rotondité de la terre, est donné par:

1° de longitude correspond à 111,11kms *cos (latitude).

Soit pour 4°de latitude à la longitude de 51°30 S une distance de 150 milles.

Pourquoi donc 150 milles ?

Limites concentriques des zones FIC Z et FOC Z de conservation et de management autour des îles Falkland.
Limites concentriques des zones FIC Z et FOC Z de conservation et de management autour des îles Falkland.

En Juillet 1986, l’Argentine avait signé des accords bilatéraux avec l’Union soviétique et la Bulgarie, qui fixent des limites sur leurs captures en mer dans la région à 200 milles des cotes et a donné une reconnaissance implicite de la souveraineté argentine sur les îles.
Ces accords ont incité les Britanniques à imposer 150 milles de protection créant ainsi la zone de gestion (FICZ), nécessitant les chalutiers étrangers d’avoir des licences avec les Falkland, à partir du 1er février 1987.

Il existe sur les cartes nautiques autour de l’Archipel des Falkland, deux zones nommées :
– Zone de conservation et de gestion (FICZ)
– Zone extérieure de conservation (FOCZ)

L’évaluation de l’extension de la zone FIC vers la limite de la zone FOC à l’Est donne une distance de l’ordre de 120 milles.

L’archipel s’est doté d’une zone réservée du Nord au Sud en passant par l’Est de : 270 milles, doublant ainsi la surface de la zone FICZ.

Nous sommes loin des 150 de 1987 et des 200 milles de zone économique exclusive de 1982 des Nations Unies !

En comparaison la ZEE (zone d’économie exclusive des 200 milles) le long des cotes Françaises uniquement en métropole se monte à 265 000 km2.

Zones délimitées pour la pêche, quadrillées en secteurs.

La localisation des îles Malouines, à la limite des écosystèmes subantarctiques et tempérés, les place dans des eaux ayant une productivité primaire élevée.
En effet, le courant marin froid des Malouines part de la circulation circumpolaire antarctique et remonte vers le nord en se scindant en deux branches, qui passent à l’ouest et à l’est des îles.
L’exploitation des systèmes vivants dans ces deux zones et la gestion est propre au Gouvernement des Iles Falkland qui distribue donc moyennant finances, des licences à des Sociétés de pêches Internationales, qui envoient sur les lieux d’énormes bateaux congélateurs.

En 2010, 203 licences de pêches ont été délivrées avec la répartition suivante :

58 licences pour les Falkland pour un tonnage prélevé de 93 189 tonnes.
55 pour l’Espagne 88 049 tonnes.
34 Corée 9 403 t
45 Taiwan 5 808 t
4 Grande Bretagne 6 268 t
2 Sierra Leone 178 t
1 Japon 5 945 t
1 Cambodge 94 t
1 Russie 2 t
1 Chili 0 t
1 Vanuatu 0 t

Le tonnage de 2010 des pêches toutes espèces s’élevait à environ 210 000 tonnes.
Par comparaison la production halieutique pour la France est d’environ 500 000 tonnes, sur toutes zones de prélèvements.

Les espèces les plus exploitées sont :
-Encornet, une population très importante est présente dans les eaux continentales.
-Calmar Illex
-Calmar de Patagonie
-Calmar martiaux
-Merlan bleu du Sud
-Merlu Austral
-Grenadier bleu
-Abadèche du Cap
-Morue rouge
-Légine Australe
-Crevettes

Les licences ont rapportées la somme de 11 485 000 Livres soit 21 610 000 Euros.

Des revenus de licences de pêche assez fluctuants depuis 1996, la plus forte saison ayant été 2001 avec 27 700 000 livres, la plus basse 2005 avec 10 550 000 livres.

La population actuelle est estimée à environ 3 000 habitants soit une densité de :
0,2 habitant au Km2, dont 60 à 70 % reste à Port Stanley.

Le PIB par habitant est très élevé, considéré en 2012 à 55 400 dollars US.
Plaçant cet Archipel au 8ème rang mondial.

En 2002 celui-ci était de 25 000 dollar US.

Mais pourquoi un tel bond en 10 ans ?

La France se situant au 36ème rang mondial avec 35 600 dollars US.
Le Royaume-Uni au 34ème rang avec 36 600 dollar US.
L’Argentine au 68ème rang avec 17 700 dollar US.

Ainsi soit-il !

En Septembre 1995 après des années de négociation entre l’Angleterre et l’Argentine, un accord était parvenu entre ces deux états visant à favoriser l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans l’Atlantique Sud-ouest.

Ainsi implicitement, les zones FIC et FOC sont pour les Falkland non plus considérées comme des zones de conservation et de gestion pour la pêche mais aussi pour toutes autres ressources sous-marines exploitables.

La messe est dite !

Il y a fort à penser qu’il n’y a pas qu’un merlu sous roche, creusons, creusons !

La documentation financière industrielle est riche en informations !
En s’y plongeant, elle nous indique qu’une première phase d’exploration pétrolière autour des iles Falkland s’est produite dès 1998.
Six puits ont été forés dans le North Graben Falkland (Fossé Nord).

Zones des licences Oct 1996, bassin Nord Falkland.
Zones des licences Oct 1996, bassin Nord Falkland.

Le bassin du Nord Falkland comprend deux principaux éléments structurels: un fossé orienté nord-sud, appelé North Graben Falkland et un ensemble de bassins subsidiaires à l’ouest de ce fossé, également contrôlé par des failles Nord-sud en extension.

Ces forages ont été effectués à environ 54 milles au Nord de l’archipel dans la zone FICZ estimation entre 49°et 50° S.
Ces puits ont été opérés par Shell (Shell 70% et Agip 30%), Amerada Hess Corporation (Hess 25%, Fina 25%, Murphy Oil Company Limited 25%, Teikoku Limited 20%, Argos 5%), Lasmo PLC ( Lasmo 62,5%, Desire Petroleum 25%, Clyde Expro 12,5%) et IPC iles Falkland Limited (IPC 50%, Sands Oil 50%).
Amerada Hess Corporation fondée après la 1ère guerre mondiale est aujourd’hui dénommée Hess Corporation.
C’est une Entreprise Pétrolière Américaine basée à NY, ayant réalisé en 2013 un chiffre d’affaires d’environ 20 Milliards de Dollars US.
Lasmo PLC a été racheté par ENI en 2001.

L’opérateur Hess 2 puits sur la licence PL001 avril 1998 : indices de pétrole jusqu’à 2 615m, puis en Novembre 1998 à 2 371m avec toujours des indices de pétrole.
Deux puits de l’opérateur Shell, sur PL002 en Janvier 1998 indices de pétrole à 3 005m, répété en avril 1998 à 4 525m avec présence de pétrole et de gaz.
Lasmo sur PL003 avec un puits à sec à 1 550m.
IPC sur PL005 avec un puits à 2 938m présentant des indices de pétrole.

Mais en amont, comment sont réalisées les prospections des sous-sols en mer ?

Les caractéristiques géologiques des gisements pétroliers diffèrent en fonction de leur âge (de 5 à 400 millions d’années) de leur profondeur (de 1 à 10 kms) et de la consistance des huiles (de 60 à 150°C).

Pour identifier les régions à potentiel pétrolifère, les géologues dressent une carte du sous-sol, selon une prospection géophysique offshore en profondeur.
En mer, un navire permettant de trainer de très grandes longueurs de câbles, flûtes ou streamers jusqu’à 10 kms, équipé de générateurs d’ondes sismiques, des réseaux de capteurs d’ondes et de pressions (hydrophones) conçus pour recueillir les échos d’ondes, parcours à faible vitesse (5 à 10 nœuds) les océans en émet des ondes qu’il récupère et analyse, dressant ainsi aussi bien en 2D qu’en 3D les cartes des fonds sous-marins, avec des résolutions horizontale comme verticale de quelques mètres.

Navire de relevés sismiques Focus Admiralty.
Navire de relevés sismiques Focus Admiralty.

Deux techniques sont employées : la sismique par réfraction et celle par réflexion.

La méthode de la sismique par réfraction consiste à trainer en mer des canons à air qui émettent des tirs réguliers.
Les capteurs positionnés sur les fonds marins sur de très grandes distances peuvent ainsi recevoir les ondes qui se sont propagées suivant un grand angle et dans les couches profondes.
Cette méthode permet d’étudier deux types d’ondes.
Les ondes qui se sont réfléchies sur une interface entre deux couches constituant le sous-sol.
Celles qui arrivent à une interface quelconque entre deux couches sous un angle d’incidence correspondant à la réfraction limite.
Elles se déplacent le long de l’interface alors à la vitesse de propagation correspondant à la couche inférieure.
L’inconvénient de cette méthode est sa limite d’utilisation pour des profondeurs supérieure à 300m.

La méthode de sismique par réflexion utilise donc des lignes ou streamers sismiques.
Toujours avec des canons à air, le navire fait émettre des explosions régulières selon des temps bien déterminés et des positions bien localisées.
Ces explosions génèrent des ondes qui se propagent dans l’eau se réfléchissent sur les couches puis remontent vers la surface où sont positionnées les différents capteurs.
Seules les ondes qui se sont réfléchies selon un angle étroit peuvent être récupérées.
Cela permet de trouver les surfaces de séparations entre les différents milieux d’impédance acoustique, l’épaisseur et la géométrie des couches.

Les sources utilisées comme générateurs d’ondes sont des canons à air comprimé, des canons à eau ou des vibrateurs acoustiques.
Ils produisent des ondes explosion.
Les plus couramment usités sont les canons à air.
Ces canons possèdent deux chambres remplies d’air comprimé à environ 130 bars.
Dès que la pression maximale est atteinte dans les deux chambres, la chambre inférieure libère l’air qui créé une puissante impulsion comprise entre 5 et 80 Hz.
En raison de la pression hydrostatique, ce volume d’air libéré oscille et perturbe le signal incident, 6 millisecondes après, la deuxième chambre libère l’air qu’elle contient, stabilise l’air en se rapprochant d’un signal impulsionnel.
Le réglage du volume des deux chambres est primordial pour obtenir de bonne acquisition sismique.
La cadence des coups tirés peut descendre en dessous de 5 secondes.
Les dispositifs de canons immergés à 20-30m de profondeur sont des batteries de dizaine de canons à air.

Il y a-t-il des conséquences sur l’utilisation des canons à air ?

Ce type de sources émet un son de 250 décibels.
Le maximum supportable du niveau sonore pour l’être humain est 191 décibels, au-delà on parle d’onde de choc.

Le seuil de nocivité pour les humains est une exposition de 8 h/j à 80 décibels, ou 98 dB pendant 7 mn ou 122 dB durant 2/10 de secondes !

A partir de 120 dB les sensations deviennent douloureuses, l’exposition prolongée détruit peu à peu les cellules cillées de l’oreille interne et conduit progressivement à une surdité irréversible.

Les traumatismes apparaissent aussi pour des niveaux de 140 dB tels le turbo-reacteur d’un avion au décollage ou l’explosion d’un bâton de dynamite, ou celui du décollage d’une fusée spatiale de 180 à 190 dB.

On est loin des 250 dB des canons à air immergés en mer bombardant en permanence durant des semaines la vie sous-marine !

Si cette onde de choc est hyper dangereuse pour l’homme, qu’en est-il pour la faune sous-marine ?

En Mars 2007, le secrétaire général de l’ONU annonçait déjà :
« La prolifération sonore est de plus en plus soupçonnée de représenter une menace importante pour la survie des mammifères marins, des poissons et d’autres espèces marines…En inondant leur monde de sons intenses, nous perturbons leurs activités, avec des conséquences potentielles graves. »

En Mars 2014 le Bureau de gestion de l’énergie des Océans (BOEM) à l’instigation de la proposition présentée par le Gouvernement Fédéral des Etats-Unis a publié une étude d’impact environnemental concernant l’usage des canons à air sismiques pour l’exploration des 900 000km2 située en dessous de la Baie de Delaware.

Ce rapport fait le constat que l’utilisation de canons à air sismiques dans cette zone pourrait :
« Causer la perte de 140 000 animaux marins et perturber la vie de 14 millions d’autres poissons et mollusques… »
Selon les déclarations du Conseil National de la défense des ressources maritimes :
« Environ 55 espèces marines, dont certaines déjà menacées d’extinction et plus de 20 espèces de poissons pourraient subir gravement les incidences négatives de la pollution sonore générée par ces canons… »
Selon les recherches de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration dépendant du Département du Commerce des US) la baleine noire de l’Atlantique Nord serait dans ce cas la plus menacée par cette technique (Baleine franche de l’Atlantique Nord le recensement donne moins de 500 individus sur le globe, la seule baleine dépourvue d’aileron dorsal, des pectorales très larges en forme de spatule, les pales de la caudale bien séparées finissant en pointes).
Les études et observations confirment que les ondes acoustiques à partir de 155 dB provoquent sur la faune marine d’intenses modifications du comportement.
Le système auditif d’une espèce à l’autre étant physiologiquement différent, les comportements étudiés vont des signes d’évitement, de fuite accélérée, agitations désordonnées, de dispersion et d’éclatement des groupes alevins ou pas.

Ces études dénoncent que l’’activité intense et continue des canons à air sismiques contribuait largement à l’augmentation du niveau sonore des océans, ces ondes propagées à de grandes profondeurs dans l’Atlantique ont été détectées à plus de 3 000 kms de leur source.
Cette augmentation du niveau sonore est expliquée par l’accroissement des flottes de navires d’exploration pétrolière et gazière, dans le monde il est recensé plus de 100 navires d’exploration sismique dont près du quart sont en service quotidiennement.

En février 2014, la Commission de l’environnement du Parlement Européen a pris la décision d’évaluer les incidences environnementales en mer dont celles provoquées par l’exploration pétrolière off-shore.
Un groupe d’experts indépendants ayant démontré le lien entre l’émission sous-marine d’ondes sonores à 12 KHz émisse par un système échosondeur multifaisceaux et l’échouage d’une centaine de dauphins d’Electre en Mai Juin 2008 à Loza, district d’Analalava, Majunga au Nord-Ouest de Madagascar.
(Cétacé rare vivant dans les eaux profondes ressemblant à l’Orque pygmée, avec la particularité d’avoir une tête mince et pointue en forme de melon).

Cas d’échouages collectifs répétés touchant beaucoup de sous-ordre des Cétacés.

 

Durant ce temps aux Malouines !

Depuis 2002 FOGL (Falkland Oil and Gas Limited) Société d’exploration pétrolière et de gaz offshore dont l’activité est axée essentiellement sur les iles Falkland à son siège social à Londres, a exploré 33 700 km2 des zones attribuées par 7 licences (avec Hardman Resources) dans les bassins Sud et Est des Malouines.
Sa capitalisation boursière se situe à hauteur de 143 millions de Livres Sterling.
Sur ces zones FOGL a entrepris de vastes acquisitions de données sismiques et a foré 3 puits d’exploration dénommés Toroa, Loligo et Ecosse, dont 2 puits ont trouvé d’importants volumes d’hydrocarbures.

Les Falkland, licences Sud attribuées à FOGL.
Les Falkland, licences Sud attribuées à FOGL

En Novembre 2004 cinq licences de permis de production sont attribuées à Borders and Southern.

En Décembre 2004 FOGL se voit attribué une extension de ses licences couvrant 50 000 km2 supplémentaires adjacentes aux 33 700 km2 déjà attribués.
La Société Geophysical Service Incorporated (GSI) est chargée d’entreprendre une étude sismique 2D de plus de 5 000 kms de lignes sismiques sur cette nouvelle zone et 5 000 kms sur celle déjà explorée.
Geophysical Service Incorporated est une Société de services géophysiques.
Sa fondation remonte à 1930 créée par John Karcher et Eugene McDermott.
Karcher était un géophysicien américain et homme d’affaires qui a inventé le sismographe de réflexion en 1919.

Il a finalement commercialisé le processus par lequel la plupart des réserves de pétrole du monde ont été découverts.
McDermott était un géophysicien et pionnier de la fourniture de services sismiques pour l’industrie pétrolière.

LA GSI est située à Calgary au Canada pour des prestations de relevés geosismiques allant de 30 000 à 50 000 dollar US par jour de programme.

En Février 2005, FOGL annonce avoir obtenu 50% d’exploration dans les deux zones attribuées des 83 700 km2 soit 10 500 kms de traces sismiques 2D effectuées et enregistrées, dont 90% dans la zone des 33 700 km2.

Durant la campagne 2005/2006 Geophysical Service Incorporated a exploité et effectué des acquisitions de données en 2D aux Falkland pour le compte de FOGL, 25 572 kms au total avec leur navire le GSI Admiral, opérationnel pour des moyens d’exploration des fonds en 2 ou 3D, de tirer ou tracter 4 banderoles ou streamers de 6 kms de long.
Revendu depuis Septembre 2011, GSI Admiral bat pavillon Panaméen sous le nom de Focus Admiralty.

Les Falkland, zones balayées par  GSI Admiral navire de prélèvements sismiques, 2005-2006.
Les Falkland, zones balayées par GSI Admiral navire de prélèvements sismiques, 2005-2006.

 

Le 14 février 2005, Desir Petroleum PLC annonçait un programme de forage de 3 puits dans sa zone de licence au Nord de l’Archipel incluse dans la zone FICZ, suite à l’achèvement un programme d’exploration sismique en 3D réalisé en 2004, les licences délivrées étaient PL003, PL004 et PL005.
Desire Petroleum était une Société d’exploration pétrolière Anglaise basée à Malvern dans le Worcestershire fondée depuis 1996.
Les Malouines ont accordé ces licences pour cette Société en 1997, un forage test à été entrepris en 1998 dans le bassin Nord.
Les 1ères licences PL001 et PL002 ayant été attribuées à Argos Resources Limited.
La PL001 couvre 1 126 km2 dans le bassin Nord des Falkland.
Argos Resources Limited est une Société d’exploitation minière basée aux iles Falkland axée sur le bassin Nord.

En Novembre 2005, Borders and Southern lance son étude d’exploitation de 750 kms de données sismiques.

Tout ce déploiement de recherches et d’extraction de ressources dans ces eaux, ne fait qu’exacerber les ambitions et les revendications Argentines sur cet archipel.

L’accord convenu entre l’Angleterre et l’Argentine de Septembre 1995 est dénoncé en Mars 2007 par le président Nestor Kirchner.

Les Falkland, zone dénoncée en 2007.
Les Falkland, zone dénoncée en 2007.

 

En Novembre 2007, Borders and Southern traite et interprète 2 500 kms de données sismiques 2D effectuées par GSI sur ses zones de licences qui lui ont été attribuées moyennant un loyer annuel de 60 000 dollars US par licence.
La surface de près de 20 000 km2 couvrant les 80 blocs des licences se situant entre 135 et 325 kms au large de l’Archipel avec des profondeurs de fonds entre 200 et 3 000 m.
Le montant retenu pour les travaux d’exploration sur ces zones s’élève à 5 millions de Livres pour B and S.

Les Falkland, champs d'exploitation Darwin par Borders et Southern en juin 2014.
Les Falkland, champs d’exploitation Darwin par Borders et Southern en juin 2014.

En 2009 Desire Petroleum possède 6 licences, PL003, PL004, PL005, PL006, PL007 et PL034.
Sur PL006, PL007 et PL034 une prévision de forages est programmée jusqu’à 6 puits, à l’aide de Diamond off-shore avec la plate-forme Ocean Guardian.
La Société Desire Petroleum en 2014 fusionne avec FOGL (Falkland Oil and Gas Ltd).

L’Argentine réagit.

Atlantique Sud, domaines attribués et revendiqués depuis 2009.
Atlantique Sud, domaines attribués et revendiqués depuis 2009.

 

Le 16 février 2010, l’Argentine, après avoir bloqué des navires transportant du matériel de forage pétrolier à destination des Malouines, a émis un décret stipulant que :
« Tout navire se proposant de transiter entre des ports de l’Argentine continentale et des Malouines ou de traverser des eaux juridictionnelles argentines en direction des îles ou de charger des marchandises entre ces ports, devra solliciter l’autorisation préalable du gouvernement argentin.»

Ceci suite à l’annonce début février 2010 des autorités locales Malouines, d’entreprendre des opérations de forages dans les zones FIC et FOC et que les gisements d’hydrocarbures offshores autour de l’Archipel pourraient contenir jusqu’à 60 Milliards de barils, comparable à ceux de la Mer du Nord.

Le 22 février 2010, au cours d’un sommet latino-américain, Christina Kirchner a reçu l’appui de 32 Etats Sud-américains et des Caraïbes, exhortant Londres à ne pas entreprendre l’exploration pétrolière aux Malouines.
L’Argentine comptant défendre ainsi ses revendications territoriales sur cet Archipel ainsi que sur les îles Sandwich et Georgie du Sud toutes sous souveraineté Anglaise, de faire jouer son droit d’étendre sa souveraineté maritime sur son plateau continental soit au-deçà de sa ZEE jusqu’à 350 milles.
Les experts donnant le chiffre d’extraction annuelle de 153 millions de barils.
De quoi réveiller l’intérêt de l’Argentine sur ce pactole.
L’Argentine de son côté est un producteur de brut très moyen, qui a atteint son maximum de production en 1997 avec 920 kbbls/j (kilo baril brut, c’est un multiple de l’unité de l’industrie du pétrole et du gaz, le baril correspond à 42 gallons US soit environ 158,987 litres).
Sa production en 2005 globale était de 763 kbbls/j.
Cette baisse de production étant liée aux tarissements des deux principaux bassins d’extraction, l’un à Neuquèn dans le centre-ouest, région Andine au Nord-ouest de la Patagonie calée à l’Ouest contre la cordillère des Andes et dans l’immense golfe de San Jorge en la province de Chubut dans le centre-est de la Patagonie, ses unités d’extractions alimentent en gaz la Capitale, par un gazoduc de 1 500 kms environ.

Les propos tenus de C. Kirchner lors de ce sommet étant :
« Ceux qui ont un siège permanent au Conseil de sécurité se permettent de violer mille et une fois les dispositions de Nations Unies, tandis que les autres pays doivent les respecter sous peine d’être déclarés ennemis et d’être envahis. »
L’argentine dans la foulée prenant un décret obligeant tous les navires qui se dirigent vers les Malouines à demander l’autorisation de naviguer dans les eaux Argentines.

Les Falkland, compagnies titulaires de licences 2012.
Les Falkland, compagnies titulaires de licences 2012.

 

La Grande Bretagne doit faire face à un tarissement de ses ressources pétro-gazières de la Mer du Nord ou peu de nouvelles découvertes sont à espérer.
Pour assurer son approvisionnement en hydrocarbures, sa source la plus proche est l’off-shore Norvégien, demain l’off-shore Arctique et pourquoi pas celui de l’Archipel des Falkland.
Depuis 2006, elle est approvisionnée en gaz par le pipeline sous-marin Langeled long de 1 200 kms, ayant couté 1,7 milliards de Livres Sterling, conçu par Norsk Hydro, pour 20% de ses besoins.

Puis une rumeur relayée par The Sun selon laquelle Londres envisage de renforcer son dispositif militaire aux Falkland attise les braises.
Malgré le démenti du Ministère Britannique de la Défense, Gordon Brown intervint :
« Nous avons fait tous les préparatifs nécessaires pour s’assurer que les habitants des Falkland soient bien protégés. »
Réaffirmant que la Grande-Bretagne est parfaitement dans son droit en lançant son exploitation pétrolière au large de ces îles.
La réponse de Jorge Arguello ambassadeur Argentin auprès des N.U est immédiate :
« C’est pour le moins imprudent de parler de ça dans le cadre d’une négociation…ce n’est pas la première fois que le pouvoir ou l’opposition Britannique agite le spectre d’une guerre. »

Pour calmer les esprits échauffés, le vice-ministre des affaires étrangères Argentin Victorio Taccetti interrogé rassure :
« Les habitants des Malouines ne doivent pas être inquiets sur la perspective d’un conflit entre l’Argentine et le Royaume-Uni, mais ils doivent savoir clairement que l’Argentine ne va pas abandonner cette revendication légitime

Selon les informations communiquées par le Gouvernement des îles Falkland, entre février 2010 et Janvier 2013, deux campagnes de forages se superposant ont été entreprises dans le bassin du Nord.
Seize puits plus deux détours à noyau ont été forés dans le bassin Nord Falkland, plus un dans le bassin du Plateau Falkland utilisant la plate-forme Ocean Guardian.

La 2ème campagne se situant avec deux puits dans le bassin Falkland du Sud et deux dans le Plateau Falkland avec la plate-forme Leiv Eriksson, l’une des plus importante mondialement, dont la location journalière tourne aux alentours de 500 000 dollars US.

Les Falkland, emplacements des puits d'exploitation en 2011
Les Falkland, emplacements des puits d’exploitation en 2011

 

Rebelote, à la veille du 30ème anniversaire de la guerre des Malouines David Cameron décide d’effectuer des manœuvres militaires aux Falkland d’y envoyer le destroyer lance-missiles HMS Dauntless accompagné d’un sous-marin nucléaire d’attaque du type Trafalgar.
La réaction de l’Argentine ne se fait pas attendre, exaspérée elle est indignée d’un tel déploiement de force dans l’Atlantique Sud, considérant que l’Angleterre est en train de militariser cette région.
En réponse le Foreign Office argumente :
« Les habitants des iles Falkland sont Britanniques par choix. Il n’y aura pas de négociations avec l’Argentine sur la souveraineté tant que ces mêmes habitants ne le souhaiteront pas. »

Le Brésil, le Chili et l’Uruguay ont à la demande de l’Argentine, fermer leurs ports aux navires battant pavillon des Malouines.
C.Kirchner annonçant dans la foulée la déclassification du rapport secret-défense Rattenbach commission d’analyse et d’évaluation des responsabilités politiques et militaires, documentant leur rôle dans le conflit de 1982 et qu’elle déposerait une requête devant la Cour Internationale de Justice si des concessions d’exploitation de pétrole off-shore étaient accordées sur les fonds de l’Archipel des Malouines à l’encontre des Compagnies qui prospectent et exploitent ces fonds.

Par son porte parole le président du Comité parlementaire Britannique et député James Arbuthnot chargé de la défense visitant les bases militaires sur les lieux de déclarer en Mars 2012 :
« Il est hors question de négocier la souveraineté des iles. »

En Mars 2013, tous les 1 672 électeurs des iles Malouines de nationalité Britannique ont participé à un référendum d’autodétermination, voulu et organisé par le Gouvernement Anglais, contenant la question :
« Souhaitez-vous que les iles Falkland conservent leur statut politique actuel en tant que territoire d’outre-mer du Royaume-Uni ? »

Avez-vous une idée des résultats ?

Cela a sûrement été simple et rapide à dépouiller, sur 1 513 suffrages exprimés, 3 bulletins non.

 

Les Compagnies pétrolières à l’œuvre.

Octobre 2013, Rockhopper après son annonce d’avoir découvert et identifié sur le champ Sea Lion un gisement très conséquent, n’ayant pas les moyens de développer à lui seul l’extraction, vend à hauteur de 60% sa part à FOGL pour un montant de 722 millions de dollars US.
Le Gouvernement des Falkland à la connaissance de la plus-value financière de 1 milliard de dollars au total réalisée par Rockhopper lui applique un impôt.
Rockhopper ayant annoncé une vente aux actionnaires de 1 001 millions de dollars, les portages ne seront perçus que si les opérations d’exploration et de développement auront abouties à d’excellents résultats, un litige fiscal s’installe entre les Falkland et Rockhopper qui traine les pieds pour payer cet impôt.
Aux vues des analystes, ceux-ci considèrent que le Gouvernement des Falkland est trop pressé de ramasser au plus vite les plus-values sur les Compagnies œuvrant à surenchérir et où jusqu’à maintenant les seuls gains réalisés ont été sur les mouvements des cours boursiers.

Rockhopper est une Holding basée au Royaume-Uni cotée en bourse, détient 40% dans la production des licences PL032 et PL033, 24% des participations dans des blocs sur la licence PL004 exploitée par FOGL.

En Juin 2014 FOGL annonce la signature d’un contrat de plusieurs forages, pour un minimum de six puits.
Le calendrier de forages se compose de quatre puits dans le Nord Falkland et de deux puits dans le bassin Sud et Est Falkland, tous situés dans la licence PL004 au Sud et à l’Est du champ Sea Lion.
Les perspectives annoncent sur ces champs des ressources de plus de 200 millions de barils.

Les communiqués des faits saillants de FOGL en Septembre 2014 sur les six premiers mois de 2014 révèlent que :
– Le programme d’acquisition sismique en 3D achevé en février 2014 est en cours d’interprétation.
– La plate-forme Eirik Raude pour forage en eaux profondes est retenue pour la campagne 2015.
– Cinq programmes de forages de puits sont programmés ciblant plus de 1,3 milliards de barils.

Plate-forme Eirik Raude.
Plate-forme Eirik Raude.

 

En Octobre 2014 Desire Petroleum est absorbé par FOGL pour un coût de 61 millions de livres Sterling, ce qui lui donne accès au bassin Nord Falkland où du pétrole a été découvert au niveau de la perspective Sea Lion.

En février 2015 FOGL son directeur exécutif déclare :
« Au cours des 12 derniers mois, nous avons sélectionné les meilleures perspectives pour les forages et nous avons mis en place un programme passionnant ciblant plus de 1,4 milliards de barils de ressources prometteuses… »

Les Falkland,champs d'exploitations de FOGL dans les bassins Sud, février 2015.
Les Falkland,champs d’exploitations de FOGL dans les bassins Sud, février 2015.

 

 Stupéfactions !

A la lecture des noms donnés aux champs de gisements par la Compagnie pétrolière FOGL situés sur les licences de PL013 à PL015 entre les 53°-54°S et les 58°-60°W, il est effarant de découvrir que certains gisements ont été baptisés par le nom de cuirassiers Allemands (Scharnorst, Nurnburg, Leipzig) coulés par la flotte Anglaise le 8 Décembre 1914 dans ces mêmes eaux lors de la bataille navale des Malouines.
Faut-il y voir de la part de cette Compagnie une méprise, une plaisanterie de mauvais gout ou une absurdité condamnable !
Cette décision reste immonde !
Comment peut-on baptiser des fonds destinés à l’exploitation pétrolière du nom des cercueils de plus de 2 000 marins Allemands ensevelis avec leurs navires ?
Comment accepter et comprendre, que sur ces fonds dénommés où gisent depuis un peu plus de 100 ans ces milliers de soldats, l’on puisse détruire leurs sépultures, les transpercer à coup de trépans et ceci pour des raisons uniquement mercantile !

 

Début Mars 2015 la plate-forme Eirik Raude pour le compte de FOGL, est arrivée dans le bassin Nord Falkland puis mise en place sur la perspective Zébedée sur la zone de licence PL004b pour une campagne de forage de six puits programmés.
Dès le 6 Mars 2015 FOGL publie, que la phase de forage du puits 14/15-5 Zébédée positionné entre 300 et 400 m de fond est terminée, ses ressources sont basées sur une gestion de 281 mmboe (Million de barils équivalent pétrole) ce coup d’exploitation s’élèverait pour FOGL à 25 millions de dollars US.
En avril 2015 FOGL considère que l’exploration sur le puits 14/15-5 est très positive, que les réservoirs de pétrole dans et de gaz dans les sables sont de bonne qualité et que les résultats sont meilleurs que les attentes de pré-forage.
FOGL juge l’exploration réussie, la plate-forme va attaquer maintenant le 1er test d’exploration sur Isobel /Elaine, dans la partie Sud du bassin Nord Falkland.

Début Avril 2015 FOGL communique que l’exploration de forage à 1 280 m environ de profondeur, du puits 14/20-1 Isobel, sur la licence PL004a donnant une estimation de ressources brutes prospectives de 243 millions de barils, a été suspendu pour des problèmes techniques avec le BOP (bloc obturateur du puits).

Les Falkland, exploitations bassin Nord par FOGL, février 2015.
Les Falkland, exploitations bassin Nord par FOGL, février 2015.

 

En Angleterre le 10 Avril 2015, UKOG (UK Oil and Gas Investments) dévoile une découverte d’une réserve souterraine de 100 milliards de barils de pétrole couvrant 88 km2 dans le bassin du Wead, au Sud de l’aéroport de Gatwick.
Découverte significative de ces 30 dernières années, d’importance nationale de quoi améliorer la sécurité énergétique de la Grande-Bretagne, qui pourrait ralentir leurs importations de brut et freiner les investissements des Compagnies pétrolières cotées en bourse.
Sur le territoire du Royaume-Uni, 250 puits fonctionnent et produisent 20 à 30 000 boe/jour (baril-équivalent-pétrole).

Le 13 Avril 2015 un accord d’amodiation a été conclu entre Argos Resources Limited, Société d’exploration aux îles Falkland, Noble Energy et Edison International, ces deux derniers opérateurs, permettant d’entreprendre une campagne de forage en 2015, sur sa licence PL001, couvrant une superficie de 1 126 km2 dans le bassin Nord Falkland.
Le potentiel sur cette licence étant de 400 mmboe.
Contrat prévoyant qu’Argos recevra en fin d’opération 2,75 millions de dollars US et 800 000 dollars /an à partir de début 2016.

Les Falkland, licence PL 001 Argos extension en 2013.
Les Falkland, licence PL 001 Argos extension en 2013.

 

Après l’imbroglio militaro-politico-commercial lié aux tractations du marché de l’avion de combat Suédois le Gripen fin 2014, entre l’Argentine soucieuse de ré équiper son arsenal militaire et l’opposition des Anglais soutenus par les Américains, la Russie en embuscade proposant ses bombardiers tactiques Sukhoi avec en prime et contrepartie, ses avions de combats Sukhoi, le nouveau MIG et des systèmes de défense anti-aérien, le 2 avril 2015 la Grande-Bretagne déclare qu’elle envisage :
– De déployer deux hélicoptères Chinook aux Falkland à partir de 2016.
– De renouveler le système de défense de missiles sol-air installés sur les îles.

Avril 2015, l’Argentine lance une action en justice contre les groupes pétroliers qui explorent du pétrole et du gaz dans les eaux de l’archipel des Falkland.

L’état Argentin « lance » aussi à l’occasion de l’anniversaire du déclenchement de la « guerre des Malouines de 1982 », un nouveau billet de 50 pesos (5,10 Euros environ) présenté officiellement par la Présidente en personne, cette parution fait l’effet d’une piqûre de rappel.
En effet au recto de ce billet est orné en son centre d’une carte représentant l’archipel des Malouines puis au verso un Gaucho, mais pas n’importe quel Gaucho : Antonio Rivero.
Antonio Rivero est considéré comme étant celui qui dirigea aux Malouines en 1833 une insurrection contre les Anglais qui au début de 1833 par la force vinrent occuper l’Archipel, donc un héros National Argentin.
En arrière plan du Gaucho est dessiné le cimetière militaire Argentin à Darwin situé sur l’ile Orientale de l’Archipel où sont enterrés les corps des 237 soldats Argentins tombés aux combats de 1982 sur cette terre..

Cette annonce a fait réagir, Hugo Swire, conservateur ministre d’état rattaché en charge du Foreign and Commonweath Office qui déclare :

« Pour ce qui est de ce billet de banque de 50 pesos, nous ne pouvons empêcher le gouvernement Argentin de commettre des canulars, au taux de change actuel, il vaut la somme énorme de 3,27 livres sterling et je pense que sa valeur politique est probablement similaire… »

Billet 50 pesos Argentin.
Billet 50 pesos Argentin.

Les liens économiques entre les Malouines et l’Amérique latine sont coupés, les îles survivent grâce à un pont aérien permanent avec le Royaume-Uni.
Deux fois par semaine un Boeing 767 fait le pont aérien entre l’Europe et l’Archipel, transportant personnes et biens de consommation courante.
Malgré toutes ces pressions, les Malouines sont les grands gagnants pour l’instant.
Les richesses des fonds sous-marins autour de l’archipel pourraient rapporter sur 25 ans, entre 10 et 140 milliards d’Euros.

Les Falkland prochain Dubaï de l’Atlantique ?
Les manchots n’ont plus qu’à se bien tenir !

Stop la colonie, n'avancez plus !
Stop la colonie, n’avancez plus !

La Moutena brûle !


La Moutena est  une ancienne  bâtisse Jurassienne du 17e siècle, aujourd’hui abritant un  gite de séjour et de vacances.

Gite La Moutena
Gite La Moutena à Moutaine Jura.

Elle est située dans le Val d’Héry, petite vallée verdoyante descendant sur Salins-les-Bains dans le Jura. Elle subie en cette fin du 19ème siècle un drame affreux !
Depuis près de deux siècles, elle trônait massive et solitaire non loin de La Furieuse, majestueuse à Moutaine le Haut comme toute ferme Franc-Comtoise du Revermont.
En 1820, le hameau de Moutaine le Haut planté sur le versant Est de la vallée, sur la rive droite comptait seulement 8 demeures, les deux hameaux réunis totalisaient 96 personnes, les 13 foyers n’étaient pas de grandes familles, 27 garçons et 37 filles, puis 2 veuves. Le cadastre Napoléonien établi en 1831 précise les emplacements des demeures.

Moutaine 1831
Moutaine. Cadastre Napoléonien de 1831

La Moutena est enserrée entre deux voies de communications, sur cette rive la moins abrupte de La Furieuse.
Du côté Ouest, la nouvelle route dite de Paris à Genève, allant de Salins à Champagnole créée seulement depuis la fin du 18e siècle.
En effet les travaux pour la réalisation de cette route sont appelés « Ateliers de Pont d’Héry et du Moulin Cocard »,  allant du Pont Romand, à la sortie de Sud de Salins, jusqu’ à la jonction à Pont d’Héry de l’ancienne route principale passant par les Monts de Champagny.
Ces travaux ne commencent que vers  1782. Ce sont les habitants des communautés proches qui se doivent par la corvée imposée par le Surintendant de Franche-Comté de réaliser une portion attribuée, quelque soit les travaux à entreprendre : excavations, déblais, empierrements, fossés, talus  et ouvrages multiples liés au relief accidenté et pentu.
La totalité des communautés chargées de faire leur portion trainent les pieds, sont récalcitrantes, refusent d’entreprendre les tâches imposées, les amendes pleuvent, les échevins de ces communautés sont condamnés à de fortes amendes, en 1786 les travaux ne seraient pas encore terminés, la route serait ouverte à la circulation que vers  1788. La deuxième voie de communications, du côté Est,  est le chemin vicinal de Moutaine à Fonteny, il desservait essentiellement le petit site sidérurgique de Moutaine, à deux pas de La Moutena.
Depuis la Révolution un Haut-Fourneau produisant de la fonte en gueuses, une forge et une maréchalerie. Ce n’était que l’un des plus petit centre de production de fonte de la Franche-Comté, mais actif.
Il entra en conflit avec les Salines de Salins le 20 floréal an 5, celles-ci faisant observer que la présence d’un Haut-Fourneau  à  Moutaine nuirait à l’approvisionnement du bois pour les habitants de Salins, que les transports deviendraient plus onéreux et que le lavage des minéraux faits sur place à Moutaine dans la rivière en Amont de Salins, tendrait à rendre impropre l’usage de l’eau pour les habitants et les animaux.
Il fallu la signature du 1er consul, Louis Bonaparte le 23 frimaire an 10, pour calmer le jeu.
Au décès du Maître de Forges, Jean-Claude Olivier membre d’une éminente famille d’industriels  sur Pont-du-Navoy et Champagnole, sa veuve Marie Jeanne Véronique Blondel amodie en 1821 l’unité de production à Joseph Gauthier dit le « Napoléon des forges » lui aussi Maître de forges Franc-Comtois, gérant jusqu’en 1841 les forges à Montagney (Le Salinois, Janvier 1841) .
Le déclin de la sidérurgie et de la métallurgie Franc-Comtoise entrainera la faillite de celui-ci sur le site de Moutaine en 1841, il s’exile en Algérie où il subi de nouveau une faillite dans l’exploitation d’une mine de fer.
L’unité de Moutaine est reprise en main par l’un des fils : Lupicin Olivier qui disparaît en 1830 laissant ses enfants héritiers diriger l’activité, jusqu’à sa ruine en 1850.
Sur le cadastre Napoléonien de 1831, La Moutena est détenue par plusieurs propriétaires. Baud Jean Denis dit « Nini » possède la partie Ouest (ADJ 3P 287, B 316) il est imposé pour 3 fenêtres. Baud Anatoile détient la partie Sud  (ADJ 3P 287, B 317) imposition pour 4 fenêtres. Fournier Jean François, la partie Nord (ADJ 3P 287, B 318) imposé pour 3 fenêtres.
Un recensement établi en 1845 dans le but de créer la carte géologique du Jura, mentionne la présence sur les lieux d’un four à plâtre (ADJ 6 M1090).
Les Frères Besson industriels à Salins, possèdent déjà en 1840 une usine au lieu dit le Martinet du haut, à la sortie Sud de Salins entre la route N°3 et la rivière la Furieuse, consistant de dix tournants divisés en trois chutes à savoir : cinq moulins, trois scies, une ribe à chanvre et une huilerie; une vaste demeure d’habitations, greniers, écuries et remises (Le Salinois, Mai 1840).
En 1882, les propriétaires de ce site industriel, les Frères Besson, François, Edmond et Louis, établissent un dossier auprès du Préfet proposant d’utiliser,  la force motrice de la source de La Moutena ainsi que les bâtiments pour y établir un four à chaux et un moulin pulvérisateur, justifiant que le nouvel établissement industriel sera favorable aux intérêts industriels et agricoles du pays, ce qui leur sera accordé sous la condition que le four ne pourra être placé à moins de 8 mètres de la route N°3,  que sa « bouche » doit être dissimulée de la vue en étant sur cette route et qu’enfin  la cheminée doit avoir une hauteur suffisante pour pas que les cendres et les fumées n’incommodent ni les voyageurs ni effraient les chevaux (lettre du préfet du Jura le 8 Mai 1882).
Les Frères Besson étaient aussi propriétaires de la partie Nord de La Moutena (parcelle B 318) en tant que maison d’exploitation rurale,  les Frères Baud, François Emile et François Joseph, cultivateurs possédant les deux autres parties du côté Ouest et Sud (parcelles B316 et 317).

La Moutena en 1882.
La Moutena en 1882.

La partie Nord est mise en location, les autres sont utilisées à des fins agricoles.
Mais, le 28 Juin 1885 dans la nuit du Dimanche à Lundi vers minuit, un incendie embrase La Moutena.
Elle est habitée par trois locataires des Frères Besson et par la famille Baud.
Le feu était si terrible que les occupants n’eurent le temps que de sauver fort peu de choses.
Sur les trois locataires le buraliste, le sieur Prost, propriétaire du café « Prost« , construction voisine de La Moutena  était assuré pour 28 000 frs.
L’immeuble était assuré par les Frères Besson pour 10 000 frs. Le mobilier intérieur était assuré pour 3 500 frs, 600 frs est la valeur estimée du mobilier non assuré.
Les récoltes détruites non assurées pour un montant de 205 frs.
La perte des animaux est effroyable, 16 têtes de bétail périssent dans les flammes.
L’incendie éteint La Moutena est en ruine.

Moutaine G.Coindre
Moutaine. Au fond La Moutena est en ruine

Chose incroyable, lorsque le feu se déclara, le buraliste venait de sortir son tiroir caisse. Dans la précipitation d’aller sauver en La Moutana ses biens il le laissa sur le comptoir. De retour en son café la totalité de l’argent contenu dans la caisse avait disparue, les quinze francs de la recette du jour n’était pas partie en fumée pour tout le monde. La Moutena  fut reconstruite de 1887 à 1890 (ADJ 3P 289) différente, tel que l’on la voit aujourd’hui dans son ensemble. Les incendies des demeures même bâties en pierre durant cette période étaient très fréquents. Pour l’année 1885 il en est dénombré dans tout le Jura 80, 96 communes sont touchées, 183 personnes sont atteintes directement et seulement 102 foyers sont assurés. 78 constructions assurées, 31 ne le sont pas. Les valeurs des immeubles assurés s’élèvent à 271 970 frs, ceux non assurés 91 580 frs. Les pertes des récoltes sont de 42 931 frs. 94 têtes de bétail sont perdues. Une personne périe dans les flammes en la commune de Cosges dans l’arrondissement de Lons-le-Saunier. Sur le canton de Salins les alertes des incendies étaient annoncées au son du canon actionné par une vigile installée en permanence au fort St André à Salins.

Sources : ADJ, archives départementales du Jura.

Il y a 100 ans…


Gilbert Galland avait 22 ans, cela faisait déjà deux ans et un mois il portait l’uniforme, malchance, mauvaise classe la classe 1912 ! il ignorait il y a 100 ans que son devoir de « défendre » la nation durerait encore et encore !

Il était au 17ème régiment d’infanterie dit le régiment « d’Auvergne », vous savez ce régiment qui avait depuis 1907 la réputation  de forte tête !

Pourquoi ? en Juin 1907 il fut envoyé pour mater en Languedoc les vignerons révoltés contre le gouvernement ayant pris des mesures pour favoriser les importations de vins étrangers et contre toute attente désobéit aux ordres, retourne les crosses et se rallie aux révoltés et occupe Béziers. La seule trace vivante en cette région est le nom d’une Avenue à Pezenas portée : Avenue des mutins du 17ème RI.

Mais il y a 100 ans, c’était la guerre de 14, Gilbert Galland déjà caporal dans une unité combattante en avait cure du passé de son régiment, même si l’épisode de Beziers n’était pas brodé aux pans du drapeau, il savait qu’en ce 11 Novembre 1914, il avait déjà combattu :

Dès Août 14, à Saint-Maurice-aux-Forges et Pexonne en Meurthe-et-Moselle; au Donon, col de Hantz, signal du Russ dans le Bas-Rhin; dans les Vosges à Moussey, Luvigny, Celles-sur-Plaine, Raon l’Etape et au col de la Chipotte. Que son régiment avait perdu 391 hommes et qu’il avait marché 310 kms avec son régiment, de combats en combats avec 20 kgs de barda sur le dos.

Qu’en Septembre 14, il s’était retrouvé à combattre dans la Marne à Sompuis, Somme-Suippe et Souain.

Que là aussi il avait marché 110 kms pour que 666 vies soient détruites.

De nouveau en Octobre 14, plongé dans les combats de Lille à défendre les quartiers de Fives et Helemmes.

Encore et encore, en 1ères lignes dans le Pas-de-Calais depuis le 7 Octobre à l’Ouest de Lens, pour se battre autour des Fosses N° 5, 11 dites de « Bethume » et la Fosse N°2 de Calonne.

Au 11 Novembre 14 rien que pour ces combats les pertes de son régiment étaient de 294 hommes.

Chaque jour qui passait Gilbert Galland savait que son heure arriverait ! Mais quoi ? Mort ou blessé ?

Pourquoi ? En 100 jours Gilbert Galland avait vu 1 351 hommes de son régiment hors de combat ! Soit tous les jours 14 soldats qu’il côtoyait, disparaissaient !

Il y a 100 ans en France !

Création Jurassienne. La Moutena se dote d’une annexe.


Le gite La Moutena implanté dans le Val d’Héry à Moutaine souhaite s’agrandir.

Cette imposante ferme Franc-Comtoise datant du début du 16e siècle, chargée d’histoire abrite depuis bientôt près de 10 ans le gite-lamoutena.

Face au levant et à l’arrière du gite, surplombant le Val et La Furieuse, une petite parcelle de 95 m2, plate forme soutenue sur deux côtés par un mur de pierres de 3 m de hauteur, dépendant de la propriété est disponible : elle sera le lieu de création.

Une étude de faisabilité est lancée. Les projets d’ébauches fusent et après plusieurs analyses,  un choix est retenu sur le modèle de construction pour 55 m2 de surface au sol, dans le pur esprit régional adapté à l’usage essentiellement avec une ossature bois et avec les contraintes techniques multiples révélées sur le bâti.

Plan ossature bois.
Plan ossature bois.

Un dossier de demande de permis de construire en bon et du forme est déposé en Mairie. Celui-ci est accordé, publié, l’arrêté d’alignement établi par le Conseil Général du Jura lui aussi est publié et les appels d’offres sont lancées,

Rien de banal, rien d’extraordinaire dans tout cela diriez-vous !

Sauf que, chose peu courante pour un si petit projet, une exploration géophysique appliquée est lancée, permettant de vérifier son principe d’adaptation au sol et d’analyser les risques vis-à-vis de l’existant.

Des sondages géotechniques au pénétromètre et un sondage géologique avec essais pressiométriques sont effectués par la Société B3G2 à Saint-Vit dans le Doubs, habituée et sollicitée en général en amont par des collectivités.

B3G2 dépose son rapport après interventions et les analyses montrent que cette plate forme d’une surface de 95 m2 est constituée par le sondage géologique:

-jusqu’à -1,80 m d’argile avec blocs peu compacts, la pression limite relevée étant de 3,5 à 4 bars avec un module pressiométrique de 26 à 40 bars.

-Puis jusqu’à -5 m d’argiles marneuses ocre dont les caractéristiques mécaniques donnent une pression limite de 4,5 à 6,5 bars et d’un module de 35 à 70 bars.

-Au-delà, des marnes altérées gris bleu avec des pressions limites de 10 à 11 bars et d’un module de 100 à 110 bars.

( La pression limite appliquée sur le sol correspond à l’état limite de rupture du terrain lorsque celui-ci est soumis à une pression uniforme constante. Le module pressiométrique est le module de distorsion du terrain étudié. Les plages de valeurs standards de module de résistance pour des argiles plastiques sont 30 à 80 bars, pour les marnes de 50 à 600 bars.)

Foreuses autochenilles, forages pénétrométrique et pressiométrique.
Foreuses autochenilles, forages pénétrométrique et pressiométrique.

Mis à par la connaissance géologique du terrain constitué d’argiles puis de marnes ocres ou grises, l’ étude géophysique fait ressortir que les contraintes calculées générées par la future construction sont  inférieures à 0,5 T/m2, qu’elles restent très limitées se diffusant vers le bas avec une tangente de 3/2. Le projet retenu à partir de cette étude est considéré comme cohérent et la phase préliminaire aux travaux est enclenchée.

Un dossier de récolement est élaboré par le bureau d’études de la Société IMSRN déterminant par calculs les moyens de confortement des parois de soutènement de la parcelle.

L’option retenue étant le cloutage des parois par ancrage dans celles-ci de barres autoforantes jouant le rôle de tirants passifs par lesquels un coulis de ciment est injecté directement après forage.

L’option d’un parement de béton armé de 20 cm d’épaisseur, recouvrant l’ensemble des parois est validé.

Cette étude basée sur celle de B3G2  contiendra les caractéristiques géométriques des ancrages ainsi que leur nature, celles des aciers et béton pour les parements, les profils de calcul, les calculs de stabilité et du béton armé à employer, aidé par cela de logiciel de calcul TALREN selon la méthode de Bishop à l’E.L.U (la méthode de Bishop consiste en un découpage du massif en un nombre fini de tranches, le long de la surface de rupture. L’équilibre de chaque tranche est évaluée et l’on somme sur le nombre de tranches pour déterminer l’équilibre global du massif  que l’on dénomme E.L.U état limite ultime et le coefficient de sécurité qui traduit ce massif.)

Ainsi il ressort dans les trois cas de situation sismique allégeante, pesante et fondamentale que les ancrages proposés pour une surface totale de parement de 47 m2 doivent correspondre à une densité d’ancrage de parement de 3,21 ml/m2, sur deux lignes d’implantation pour un total de 23 forages scellés avec des tirants passifs de 7 ml pour la ligne la supérieure et 6 ml pour celle du dessous.

Les barres préconisées sont du type R32S pour une résistance à la traction de 90 KN insérées à l’aide d’un  forage de 9 cm de diamètre sous une inclinaison de 20°.

Schéma d'un cloutage et paroi parement.
Schéma d’un cloutage et paroi parement.

La réalisation de tous ces travaux est confiée à la Société Clivio spécialiste en travaux spéciaux localisée à Avoudrey dans le Doubs.

De ce que l’on en voit de ce type de travaux le long des falaises dangereuses ou en montagne le long des routes pour consolider les parois rocheuses fragiles, La Moutena bénéficiera de cette technologie particulière, simple à mettre en oeuvre et surtout performante. 

Travaux Société Clivio
Travaux Société Clivio

L’entreprise appelée à réaliser le terrassement et les fondations est l’entreprise de maçonnerie Muller à Mesnay dans le Jura.

Les fondations consistent en la confection d’une dalle radier en BA solidaire de 6 Puits de 60x60x60 cm en BA.

Puits d'ancrage du radier.
Puits d’ancrage du radier.

Jusqu’à cette étape des travaux, pas de souci majeur, pas d’embrouille « tout roule » chose importante dans le monde du bâtiment.

Puis patatras, les ennuis commencent.

Des voisins possédant une résidence secondaire limitrophe du chantier, sous le couvert d’une SCI, avec l’intention de nuire, sans crier gare malhonnêtement, mal intentionnés, procéduriers et coutumiers des prétoires, usant et abusant de leurs statuts de soi-disant intouchables, à grand renfort d’huissiers imposent dans un 1er temps à l’entreprise impliquée au chantier en cours, avec remise en main propre au gérant de la Société, une sommation de cesser immédiatement les travaux de construction et que si celle-ci ne se déférait pas à la présente sommation il serait utiliser contre elle pour y contraindre tous les moyens prévus par la loi.

Au motif d’atteinte au droit du requérant occasionné par un dommage imminent et un trouble manifestement illicite.

Les propriétaires des lieux,absents sont immédiatement alertés par l’entreprise. Il convient d’accepter l’ordre excessif et inopiné et de l’appliquer sans comprendre.

Les travaux sont stoppés.

Comme une énorme déferlante inattendue qui vous glace et qui vous secoue, cela restera ensuite comme une attitude immonde.

De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qu’il se passe sur le chantier ? Quel est le dommage imminent ? Quel est ce trouble manifestement illicite, que ces personnes se retranchant derrière une SCI puissent brusquement sans échange quelconque imposer d’arrêter les travaux d’un chantier est incompréhensible ? Que convient-il de faire ?

Les propriétaires de La Moutena, préoccupés quittant leurs activités, sont contraints de se déplacer urgemment sur les lieux 2 jours après l’annonce, découvrent dans la boîte aux lettres de La Moutena :

-Deux avis de passage de l’huissier pour une sommation à payer et pour signifier qu’une assignation en référé au Tribunal de Grande Instance de Lons-le-Saunier avait été déposée à la demande de la SCI.

-Un avis de passage pour la délivrance d’une lettre postale adressée en recommandée.

Cette démarche de piéger les propriétaires en déposant non pas à leur domicile principal mais à leur résidence secondaire pour qu’ils ne puissent pas se présenter en temps et en heure devant le juge, permet de tromper le magistrat, pouvant statuer sur l’affaire, considérer que les personnes accusées absentes refusent de se présenter ou de se faire assister par un conseil et qu’une ordonnance soit rendue à l’encontre des absents sur les seuls éléments présentés par les plaignants.

Cette méthode ayant échouée, les propriétaires de La Moutena reçoivent un courrier d’huissier 6 jours après la 1ère sommation indiquant :

-Que l’audience en référé se tiendra 10 jours après la 1ère date de signification.

-Que les travaux commencés sont éminemment attentatoires au droit de la propriété de la SCI.

-Que les travaux doivent être suspendus afin d’assurer la préservation des droits de la SCI.

Argumenté par le fait, que le permis de construire est délivrée sous réserve du droit des tiers, que la construction conforme à ce permis risque de provoquer un glissement du sol, d’enclencher un éboulement des parcelles d’une surface de 1700 m2 environ,sur les fonds voisins du dessous et de déstabiliser les fondations de la maison de la SCI distante de 25 m du chantier.

Rassuré par tant d’inepties et de bêtises et qui plus est, étayées par des témoignages fallacieux irresponsables de leurs actes, malgré le peu de temps pour présenter sa défense, les propriétaires acceptent devant le juge que l’affaire soit présentée et débattue.

Malgré les arguments à charge de la SCI, malgré les propos tenus au juge par le conseil de la SCI à savoir que le gérant de cette SCI était une personne dite honorable bien connue par Mme La Présidente, œuvrant dans la même sphère de justice, le couperet tombe quelques jours après.

La SCI est déboutée de toutes ses demandes et la condamne aux dépens.

Fin de l’épisode judiciaire, les travaux peuvent reprendre.

Le concept de l’ensemble de la structure de l’annexe est de penser uniquement par l’usage du bois.

La forme du bâtiment étant un trapèze rectangle non isocèle asymétrique, compliquant le travail demandé à l’entreprise Darbon œuvrant en charpente, couverture et zinguerie.

Plan de masse.
Plan de masse.

La réussite de la structure bois est la résultante entre l’équilibre esthétique à obtenir et la faisabilité de l’ensemble.

Les fermes assemblées et supportées par poteaux répartissant les charges étant asymétriques, l’exigence de la présence d’une demi-croupe sur rive créant une légère avancée typique des maisons Franc-Comtoises, un abaissement de la hauteur du faîtage par le mariage combiné d’une toiture en petites tuiles et la réalisation d’un terrasson en zinc intégré, sont les clous de la réussite.

Bois de charpente assemblés.
Bois de charpente assemblés.
Assemblage fermes.
Assemblage des fermes.
Fermes et pannes positionnées.
Fermes et pannes positionnées.
Ossature bois posée.
Ossature bois posée.

L’originalité dans la couverte est ce doux mariage de la tuile et du zinc, par la présence de cette « flèche » ancrée à plat en lieu et place du faîtage, un clin d’œil au toit « à la Mansart « , peut-être bien, le brisis et le terrasson sont ici présents, de même que le membron en zinc de part et d’autre de la toiture, quelle audace ce charpentier !

L'annexe est hors d'eau.
L’annexe est hors d’eau.

La question ensuite se pose sur, comment habiller les flans ouverts de la bâtisse et le cloisonnement intérieur.

Ce qui est évident, est d’utiliser essentiellement le bois comme matériau.

Après concertation avec la menuiserie Barrera d’Andelot-en-Montagne, l’idée d’exploiter les plateaux des frênes stockés à l’abri depuis l’abattage de ceux-ci il y a plus de dix ans sur la propriété, prend forme.

Pour le cloisonnement intérieur, il est retenu le choix des madriers de sapin emboîtés  les uns sur les autres de manière à créer une paroi de chalet.

Résultat esprit chalet.
Résultat : l’esprit chalet.

Restait plus qu’à concrétiser l’idée d’employer les billes de frênes tranchées dormant bien à l’abri au sec.

Découpées, rabotées avec une pose ajourée et verticale, nos frênes reprennent vie autrement et se montrent sous un autre angle.

Annexe terminée.
Annexe terminée.

Bravo à tous ces artisans Jurassiens et Franc-Comtois pour la qualité de leur travail, leur sérieux et leurs performances, le résultat obtenu avec cette création de l’annexe de La Moutena parle pour eux, elle est une vitrine de leur savoir-faire.

Conte Franc-Comtois. La légende de La Moutena.


 Moutena vos hic estic Moutena vultis.

Elle vous séduira.
Fidèle elle coule limpide et constante.

C’était par un beau soir d’automne, la pleine lune suspendue au-dessus d’Aresches illuminait le chemin du Val d’Héry  qu’empruntait un fort joli coche de ville.
Le chemin montant de Salins, serpentait  le long de la rivière et donnait de la peine au cheval, la rondeur de l’astre céleste  se reflétait dans les eaux cristallines de La Furieuse jouant de reflets dans les remous du courant créant des kyrielles d’ éclats étincelants , l’air était frais, chargé d’odeur  de bois mouillé et d’humus.
Arrivé à  Moutaine du Bas, le coche s’arrêta,  en descendit  le voyageur  voyant un  lumignon éclairer la pénombre à travers  l’une des fenêtres  du moulin Cocquard et  alla heurter à l’huis.
Il  s’enquerra auprès de la femme du meunier où dans cette contrée il pouvait trouver une excellente nourrice pour lui confier son enfant.
Celle-ci  intimidée par la belle allure de l’étranger,voulant savoir à qui elle avait affaire lui proposa d’entrer dans sa demeure, proposition qu’il refusa galamment, mais figée elle ne distingua que deux yeux luisants effaçant un masque blafard.
Reprenant son courage comme toute Franc-Comtoise vaillante, elle lui indiqua justement qu’au dessus du hameau de Moutaine sous la roche de Chaux au lieu-dit Côte du bœuf, se trouvait en effet dans une petite maison de planches de bois une forte bonne nourrice, sans dire mot l’ombre remonta sur son coche et parti à travers les pâtures pour disparaître dans la nuit.
A  chercher hors du sentier qui reliait les granges entre elles, le coche trouva à l’écart de celles-ci le logis de la nourrice.
Pénétrant à l’intérieur, il distingua la nourrice assise auprès de l’antre, une fumée blanche et acre  envahissait la seule pièce qui la faisait tousser en permanence sans que cela ne gêna point notre homme.
Il lui expliqua calmement qu’il voulait trouver une bonne nourrice pour son bébé, qu’elle lui avait été recommandée par le curé d’Ivory et que pour ses gages il sorti de son manteau une bourse qu’i fit sonner en la posant sur la table en précisant qu’elle pouvait compter sur la même somme à ses prochains passages.
La brave femme resta figée, muette, sans réactions, le ciel venait de la combler de bienfaits puis elle se signa plusieurs fois en invoquant Saint …
Au moment où elle reprenait ses esprits, qu’elle alla ouvrir la bourse pour en plonger la main pour en estimer la somme, notre homme était revenu avec le nourrisson qu’il remit  prestement dans les bras de la nourrice.
Avant qu’elle puisse dire mot, notre homme était reparti et l’on entendit  que les clochettes du cheval s’enfoncer dans la nuit devenue d’un coup noire, le vent d’occident se lever  et le ciel commençant à se charger de gros nuages.
Le bébé regardait fixement notre brave femme toute remplie d’émotions.
Elle alla le poser auprès du feu et commença à se demander pourquoi un si brusque départ, l’étranger ne  lui avait rien dit sur l’enfant et encore moins quel était son prénom.
Voulant savoir le sexe de l’enfant, elle commença par lui ôter le linge qui l’enveloppait, elle vit un beau bébé bien portant qui la regardait toujours fixement les yeux grands ouverts.
Mais en le dé- langeant elle poussa un cri d’horreur, elle recula renversant la marmite dans la cheminée bouscula les chenets et se rattrapa juste à temps à une chaise, pour ne pas tomber sur les braises.
Ce qu’elle voyait, elle ne pouvait y croire, jamais de sa vie de nourrice elle était confrontée à une telle vision, le corps nu du bébé était là devant elle, il ne ressemblait à aucun corps normalement constitué.
Le bas du corps avait la forme d’une queue de poisson qui libéré de son lange tapait et tapait sur la table en la regardant fixement de ses yeux noirs cerclés de rouge.
On entendait dehors le vent souffler en rafale, les nuages charger de pluie s’engouffrer dan le Val et le tonnerre grondait déjà au dessus des sapins.
Affolée, elle se couvrit, se précipita par les chemins montants  jusqu’à la cure d’Ivory, frappa chez Monsieur le curé, qui apprenant les évènements descendit, cinglé par les averses, chargé d’un grand crucifix et d’un peu d’eau bénite, au logis de notre nourrice qui le suivait encore bouleversée par tant de mystères.
Arrivé devant la porte, levant haut la croix il aspergea d’eau bénite la petite masure puis pénétra à l’intérieur.
Chose incroyable, le bébé n’était plus là et à la place, sous la table avait surgi une source d’eau pure.
A la vue de ce phénomène, le prêtre prononça ces paroles :
« Moutena vos hic estic Moutena vultis. »
Ce qui pourrai se traduire par :  « Moutena tu es là,  Moutena tu resteras ».
Nul ne sait pourquoi le prêtre a appelé cette apparition d’eau soudaine, Moutena ?
On sait seulement que l’anagramme de Moutena est Automne, est-ce un hasard ?
Pourquoi depuis cette date  on appela cette source : Le Moutena ?
Puis aujourd’hui : La Moutena ?
Le nourisson à demi-poisson était-il androgyne ?
On murmura que la Dame Verte de Sarcenne ne serait pas étrangère à cette affaire.
Ce que l’on sait c’est que cette source déverse ses eaux toujours claires et  limpides en contrebas dans La Furieuse, jamais  elle ne tarie alimentant jadis les maisons et fermes du hameau de Moutaine, puis utilisée pour le haut fourneau de Moutaine et surtout soulagea à une période assez récente, la ville de Salins du manque d’eau potable.

En effet Salins fera tout pour capter celle-ci, mais ceci est une autre histoire !

Ce conte est une création gite-lamoutena protégé par les droits d'auteurs. Diffusé depuis Novembre 2012 sur gite-lamoutena.

Guerre de 14. Les affres du Capitaine Siboulotte.


Suivant l’ordre N°771 du 414ème régiment d’infanterie daté du 6 novembre 1918, le Capitaine Siboulotte « présumé prisonnier en Allemagne et déféré devant le conseil de guerre de la 154ème Division d’infanterie est condamné par contumace dans la séance du 28 Octobre 1918 à la peine de mort pour Abandon de poste en présence de l’ennemi ».

Les faits remontent à Mai 1918.

François Marie Alexis Siboulotte est né le 19 Janvier 1871 à Lyon.

Encore étudiant , vivant chez ses parents à Villeurbanne, il s’engage à l’âge de 18 ans en Novembre 1889 pour 1 an et est incorporé au 30ème régiment d’infanterie.

Caporal le 16 Mai 1890, sergent le 15 Novembre de la même année, passé à la disponibilité de l’armée active, il contracte le 29 Décembre 1890, l’engagement spécial réservé aux militaires de la disponibilité, pour servir au 105ème régiment de ligne.

Il se réengage avec indemnités pour 2 ans le 24 Novembre 1892.

Sergent fourrier le 26 Avril 1894, sergent le 28 Août 1894, il prolonge son engagement militaire pour 3 ans le 1er Septembre 1894.

IL est admis comme élève-officier à l’école militaire de  Saint-Maixent le 20 Mars 1895.

Sorti de cette école le 3 Avril 1896 comme Sous-Lieutenant, il intègre à ce grade à la même période le 162ème régiment d’infanterie.

Lieutenant le 1er Avril 1898 au 72ème régiment d’infanterie, puis au 22ème régiment d’infanterie le 29 Août 1900.

Capitaine Siboulotte
Lieutenant Siboulotte

Il est nommé Capitaine au 30ème régiment d’infanterie le 20 Mars 1911 et  lorsque la guerre éclate il était  toujours dans cette unité combattante.

Pourquoi autant de régiments passés en affectations successives ?

On notera qu’il est présent au début du conflit armé dans le même régiment qu’à ses débuts !

Il est chargé de commander la 2ème Compagnie au sein du 1er Bataillon.

Le 23 Août 1914 son régiment est engagé aux combats en Alsace au col de Sainte-Marie aux Mines limite frontalière.

A 3 h 30  son Bataillon est acheminé en camions-autos jusqu’à Laigoutte, gagne à pied Germaingoutte pour se porter en passant par la Saulce et le chemin de ronde,  sur le versant Sud du Col de St Marie.

A 8 h sa Compagnie en avant-garde est soumise à un feu nourri partant des tranchées ennemies bien dissimulées et se déploie pour éviter les pertes.

A 11 h avec d’autres Compagnies de son régiment sa Compagnie gagnent la croupe Sud du col.

Après 13 h ces Compagnies participent à la reprise du Col.

Le Capitaine Siboulotte durant cette attaque est mentionné comme faisant partie des pertes.

Blessé sûrement, il n’est plus porté aux effectifs de l’encadrement du 30ème depuis cette date.

(Son Bataillon sera durement éprouvé le 24 Septembre 1914 à Foucaucourt situé dans la Somme au Nord de Chaulnes sur la route d’Amiens, il perdit tous ses officiers, le Bataillon n’existait plus, il ne restait plus que 104 hommes!)

On retrouve sa trace le 1er Avril 1915 toujours comme Capitaine au 414ème régiment d’infanterie.

Il commande la 6ème Compagnie au 2ème Bataillon à partir de cette date.

Puis le 30 Mai 1918 il est porté au décompte des pertes en tant que disparu lors des combats de repli de Savigny-sur-Ardres dans l’Aisne.

Il est bien détenu prisonnier de guerre dans le camp de Magdebourg en Allemagne.

Les archives du  Comité International de la Croix-Rouge le confirment à la cote P 88523, le registre des prisonniers mentionne bien son identité, son grade, son régiment et qu’il a été fait prisonnier le 29 Mai 1918.

Dans ce registre pour ce camp, on relève néanmoins que d’autres officiers de la même division d’infanterie sont retenus prisonniers selon:

-L’aspirant pharmacien Louis Gourdon né le 5 Avril 1993 à Cambremer, domicilié à Paris 18ème fait prisonnier le même jour que le Capitaine Siboulotte le 29 Mai 1918.

-Puis 7 autres officiers du 413ème régiment d’infanterie faits prisonniers le 28 Mai 1918 à Hourges dans le département de la Marne lors de la violente offensive Allemande bousculant les armées Anglaises et Françaises entre la Vesle et l’Ardre.

-Capitaine Gabriel Pissis, Lieutenants Pierre Gendre, Henri Lecocq, Auguste Duvernay, Louis Bressan, Sous-lieutenants Victor Laplace, Charles Sala.

Du 27 au 30 Mai 1918, la 154ème Division d’infanterie est transportée par camions, d’urgence pour colmater le front en Champagne dans le secteur de Jonchéry-sur-Vesle, devant le repli des troupes Anglaises.

Le 27 Mai 1918, les 2ème et 3ème bataillons du 413ème sont en tête du régiment et ont l’ordre de passer la Vesle.

Le 28 Mai devant le repli énorme des Anglais, submergé  la 154ème  Division à ordre de se retirer sur la vallée de l’Ardre.

Le 2ème Bataillon du 413ème se portant en avant à l’entrée des ravins de Hourges, tombe sous le feu de l’artillerie Allemande, puis ensuite reçoit celui des mitrailleuses et entre en combat avec l’infanterie. Le Capitaine Davoust commandant le 2ème bataillon tombe grièvement blessé. Après 13 h 30 le 3ème bataillon s’efforce de se dégager à la baïonnette. Ce bataillon éprouve des pertes très cruelles, la plupart des cadres sont hors de combat. A partir de ce moment les deux bataillons sont considérés comme annihilés. On ne reverra plus personne presque du 2ème bataillon. Il ne restera  plus que du 3ème bataillon que le chef de bataillon qui ne peut récupérer que quelques parcelles de ses éléments. Au 30 Mai l’effectif restant était de 150 hommes. Les pertes s’élevaient à 32 officiers et 1178 hommes, tués, blessés ou disparus.

Ce jour là au cours de ces combats le 414ème  régiment d’infanterie dénombrait la perte de 195 disparus, 26 tués et 258 blessés.

Les raisons de ce désastre militaire est largement développé par les historiens de la Grande guerre, on est en droit d’admettre que ces 8 officiers de la même division ayant combattus ensemble et faits prisonniers au même moment aux mêmes endroits, durant  leurs captivités aient eu largement le temps d’aborder les raisons et comment ils ont été faits prisonniers.

Le camp des officiers prisonniers était situé dans un ancien magasin d’approvisionnements militaires, compris dans les fortifications de la ville de Magdebourg près de la gare de marchandises.

Les conditions de captivité étaient rudes, le confort spartiate.

Ce camp en Mars 1915 comportait déjà 688 officiers dont 267 Français, il était le camp le plus conséquent réservé aux officiers comparativement à Burg, Krefeld, Friedberg et Mayence.

Quoi qu’il en soit dans sa séance du 28 Octobre 1918 du conseil de guerre de la 154ème Division d’Infanterie il est condamné à mort par contumace.

Etait-il encore prisonnier à Magdebourg en Octobre 1918 ?

Les pouvoirs des conseils de guerre au sein des Divisions étaient énormes et monstrueux jusqu’à la condamnation à mort.

Ce soldat, cité à l’ordre de l’armée le 8 Octobre 1914 pour brillante conduite au feu, inscrit au tableau spécial de la Légion d’Honneur , fait Chevalier de la Légion d’honneur le 22 Novembre 1914, Croix de guerre avec palmes dès fin 1914, se retrouver condamné à mort pour les motifs suivants : « n’a pas exécuté dans un des combats de l’Ardre le 28 Mai dernier, tout ce que lui commandait le devoir et l’honneur.Préoccupé de sa sécurité personnelle a frappé d’inertie. Il n’a en particulier donné aucun ordre à la Compagnie qu’il commandait et qui luttait courageusement contre l’ennemi« .

Le commandant de cette Division était le Général de Brigade Breton.

A croire ce qui est lu, le même conseil de guerre dans sa séance du 10 Février 1919 par 3 voix contre 2, reviens sur sa décision et acquitte le Capitaine.

Que par un rapport adressé le 15 Février 1919 au ministre de la guerre Georges Clemenceau, le Capitaine Siboulotte est mis par mesure disciplinaire en situation de « réforme » et rayé des cadres le 10 Avril suivant.

Avait-il faibli ?

Pour avoir une opinion plus avancée, il va falloir attendre 2018 pour avoir accès au SHAT de Vincennes aux archives de justice militaire, au dossier de la procédure contenant normalement, les éléments à charge et à décharge, les pièces l’accusant et celles de sa défense.