Conte Franc-Comtois. La légende de La Moutena.


 Moutena vos hic estic Moutena vultis.

Elle vous séduira.
Fidèle elle coule limpide et constante.

C’était par un beau soir d’automne, la pleine lune suspendue au-dessus d’Aresches illuminait le chemin du Val d’Héry  qu’empruntait un fort joli coche de ville.
Le chemin montant de Salins, serpentait  le long de la rivière et donnait de la peine au cheval, la rondeur de l’astre céleste  se reflétait dans les eaux cristallines de La Furieuse jouant de reflets dans les remous du courant créant des kyrielles d’ éclats étincelants , l’air était frais, chargé d’odeur  de bois mouillé et d’humus.
Arrivé à  Moutaine du Bas, le coche s’arrêta,  en descendit  le voyageur  voyant un  lumignon éclairer la pénombre à travers  l’une des fenêtres  du moulin Cocquard et  alla heurter à l’huis.
Il  s’enquerra auprès de la femme du meunier où dans cette contrée il pouvait trouver une excellente nourrice pour lui confier son enfant.
Celle-ci  intimidée par la belle allure de l’étranger,voulant savoir à qui elle avait affaire lui proposa d’entrer dans sa demeure, proposition qu’il refusa galamment, mais figée elle ne distingua que deux yeux luisants effaçant un masque blafard.
Reprenant son courage comme toute Franc-Comtoise vaillante, elle lui indiqua justement qu’au dessus du hameau de Moutaine sous la roche de Chaux au lieu-dit Côte du bœuf, se trouvait en effet dans une petite maison de planches de bois une forte bonne nourrice, sans dire mot l’ombre remonta sur son coche et parti à travers les pâtures pour disparaître dans la nuit.
A  chercher hors du sentier qui reliait les granges entre elles, le coche trouva à l’écart de celles-ci le logis de la nourrice.
Pénétrant à l’intérieur, il distingua la nourrice assise auprès de l’antre, une fumée blanche et acre  envahissait la seule pièce qui la faisait tousser en permanence sans que cela ne gêna point notre homme.
Il lui expliqua calmement qu’il voulait trouver une bonne nourrice pour son bébé, qu’elle lui avait été recommandée par le curé d’Ivory et que pour ses gages il sorti de son manteau une bourse qu’i fit sonner en la posant sur la table en précisant qu’elle pouvait compter sur la même somme à ses prochains passages.
La brave femme resta figée, muette, sans réactions, le ciel venait de la combler de bienfaits puis elle se signa plusieurs fois en invoquant Saint …
Au moment où elle reprenait ses esprits, qu’elle alla ouvrir la bourse pour en plonger la main pour en estimer la somme, notre homme était revenu avec le nourrisson qu’il remit  prestement dans les bras de la nourrice.
Avant qu’elle puisse dire mot, notre homme était reparti et l’on entendit  que les clochettes du cheval s’enfoncer dans la nuit devenue d’un coup noire, le vent d’occident se lever  et le ciel commençant à se charger de gros nuages.
Le bébé regardait fixement notre brave femme toute remplie d’émotions.
Elle alla le poser auprès du feu et commença à se demander pourquoi un si brusque départ, l’étranger ne  lui avait rien dit sur l’enfant et encore moins quel était son prénom.
Voulant savoir le sexe de l’enfant, elle commença par lui ôter le linge qui l’enveloppait, elle vit un beau bébé bien portant qui la regardait toujours fixement les yeux grands ouverts.
Mais en le dé- langeant elle poussa un cri d’horreur, elle recula renversant la marmite dans la cheminée bouscula les chenets et se rattrapa juste à temps à une chaise, pour ne pas tomber sur les braises.
Ce qu’elle voyait, elle ne pouvait y croire, jamais de sa vie de nourrice elle était confrontée à une telle vision, le corps nu du bébé était là devant elle, il ne ressemblait à aucun corps normalement constitué.
Le bas du corps avait la forme d’une queue de poisson qui libéré de son lange tapait et tapait sur la table en la regardant fixement de ses yeux noirs cerclés de rouge.
On entendait dehors le vent souffler en rafale, les nuages charger de pluie s’engouffrer dan le Val et le tonnerre grondait déjà au dessus des sapins.
Affolée, elle se couvrit, se précipita par les chemins montants  jusqu’à la cure d’Ivory, frappa chez Monsieur le curé, qui apprenant les évènements descendit, cinglé par les averses, chargé d’un grand crucifix et d’un peu d’eau bénite, au logis de notre nourrice qui le suivait encore bouleversée par tant de mystères.
Arrivé devant la porte, levant haut la croix il aspergea d’eau bénite la petite masure puis pénétra à l’intérieur.
Chose incroyable, le bébé n’était plus là et à la place, sous la table avait surgi une source d’eau pure.
A la vue de ce phénomène, le prêtre prononça ces paroles :
« Moutena vos hic estic Moutena vultis. »
Ce qui pourrai se traduire par :  « Moutena tu es là,  Moutena tu resteras ».
Nul ne sait pourquoi le prêtre a appelé cette apparition d’eau soudaine, Moutena ?
On sait seulement que l’anagramme de Moutena est Automne, est-ce un hasard ?
Pourquoi depuis cette date  on appela cette source : Le Moutena ?
Puis aujourd’hui : La Moutena ?
Le nourisson à demi-poisson était-il androgyne ?
On murmura que la Dame Verte de Sarcenne ne serait pas étrangère à cette affaire.
Ce que l’on sait c’est que cette source déverse ses eaux toujours claires et  limpides en contrebas dans La Furieuse, jamais  elle ne tarie alimentant jadis les maisons et fermes du hameau de Moutaine, puis utilisée pour le haut fourneau de Moutaine et surtout soulagea à une période assez récente, la ville de Salins du manque d’eau potable.

En effet Salins fera tout pour capter celle-ci, mais ceci est une autre histoire !

Ce conte est une création gite-lamoutena protégé par les droits d'auteurs. Diffusé depuis Novembre 2012 sur gite-lamoutena.
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