Salins 1629


Salins 1629.
Le début d’années noires.
Ce qui en reste et ce qui nous a été légué.

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En cette année 1629, la ville de Salins dépendante du Comté de Bourgogne, n’était pas encore conquise et intégrée au royaume de France, elle était en ce début du XVIIe siècle régentée et dominée par la maison des Habsbourg, gouvernance faite à partir du Royaume des Pays-Bas en place dans le Duché de Brabant au château de Coudenberg  à Bruxelles, par l’infante Isabelle d’ Espagne.

Elisabeth était infante par son origine Royale, Archiduchesse d’Autriche par son mariage avec l’ex Cardinal de Tolède  l’Archiduc Albert et aussi duchesse de Bourgogne ayant reçu en dot ce Comté comme le Charolais.

Isabelle et Albert d’Autriche, galerie de Comtes de Flandres, Eglise Notre-Dame de Courtrai dans la Gravenkapel.
Isabelle et Albert d’Autriche, galerie de Comtes de Flandres, Eglise Notre-Dame de Courtrai dans la Gravenkapel.

Isabelle fut veuve le 13 Juillet 1621, à 55 ans après 23 ans de règne commun avec son époux l’archiduc d’Autriche,  devint gouvernante générale des Pays Bas Espagnols et Bourguignons, provinces catholiques unies,  les régissant jusqu’à sa mort en 1633 de Bruxelles, à l’âge de 67ans.

Reprendre seule les rênes de la gouvernance ne fut point un problème pour l’infante, l’expérience du pouvoir et des décisions souveraines elle les possédait déjà,  par les partages du pouvoir avec l’archiduc durant leur mariage et surtout  ayant été habitué par son père Philippe II d’Espagne, dès l’âge de 12 ans à siéger au Conseil  Royal et à donner son avis sur toutes les affaires importantes du Royaume.
Aussi  la piété prenait une grande place dans sa vie, elle y consacrait 6 heures par jour, le reste aux affaires de l’état.
Mais la Franche-Comté était bien éloignée de la cour, elle fut confiée en 1602 par les Archiducs à Clériadus de Vergi Comte de Champlitte qui après sa mort en 1625, l’Infante d’Espagne confia le pouvoir légal et presque absolu à Ferdinand de Rye Archevêque de Besançon et au Parlement de Dôle, avec l’obligeance à maintenir expressément l’entière neutralité du Comté de Bourgogne avec ses voisins La France de Louis XIII.
(Source bibliographique : Mémoires pour servir l’histoire du Comté de Bourgogne par F.I Dunod de Charnage, 1790. p 535)

De fait la Franche-Comté vivait une paix bien toute relative, en fait le Cardinal de Richelieu ne le voyait pas ainsi et avait des obscures visées sur cette contrée à l’Est des frontières du Royaume de France, attendant un prétexte quelconque pour s’atteler à annexer cette province.
Mais en attendant le déchaînement de la guerre de Dix ans, Salins enclavée dans cette trouée de la vallée encaissée de la Furieuse dominée de part en d’autres par deux montagnes escarpées, fortement protégée par une enceinte fortifiée était la cité la plus prospère de la Franche-Comté grâce à son industrie de production du sel avec ses deux Sauneries intra muros, La Grande Saline et le puits-à-Muire au bourg le Comte.

Dès le mois de Juillet 1629 Salins fut atteint d’une épidémie de peste.

D’après les principales délibérations du conseil de la ville de Salins et les quelques données transcrites par M.Bechet (Histoire de Salins-les-Bains, vol 2 pp 355-366, réédition de 1828. M.Bechet ayant extrait ses relevés du dernier inventaire de la ville de Salins avant 1828, cote 409), nous allons suivre le ravage redoutable engendré par le bacille Yersinia pestis  à travers la population Salinoise.

Cette tragédie décrite au travers de ces délibérations permet d’appréhender et comprendre un peu comment fonctionnait la cité en cette 1ère moitié du XVIIe  siècle, le rôle majeur du Mayeur et la part importante qu’occupait la religion dans la vie des habitants.
Ces retranscriptions sont des éléments extraits des archives municipales de la ville de Salins.

Elles ont fait l’objet d’un résumé par étapes de cette tragique catastrophe par Charles Gauthier dans Le Salinois en 1852, l’un des rédacteurs de ce journal, il fut aussi bibliothécaire de la Bibliothèque de Salins en 1857.
Le Salinois était un journal de l’arrondissement de Poligny,  hebdomadaire dominical.
Le Salinois fut publié à Salins du 1er décembre 1839 au 27 Août 1944, dirigé jusqu’en 1863 par Etienne Billet.
Après le coup d’Etat du 2 Décembre 1851, la presse est sous contrôle, le décret du 17 Février 1852 relevant le cautionnement oblige Le Salinois à devenir une simple feuille d’annonces, tout journal politique devant verser au Trésor une caution et s’acquitter sur chaque numéro d’un droit de timbre.

Apparemment le journal n’avait pas les moyens financiers d’une telle imposition, il savait aussi qu’il serait rapidement muselé ou interdit, malgré que l’esprit du journal fût Républicain et qu’il s’était rallié au coup d’Etat.
Le nombre d’abonnés se situait à une moyenne de 200 jusqu’en 1863 avec une légère progression ensuite.

Ce qui suit n’est pas un copier-coller de ces articles mais une construction historique commentée et documentée de ces évènements, sans toutefois pouvoir en recouper les faits chronologiques avec les documents d’archives référencés dans les ouvrages et articles cités, ces archives étant accessibles aux ADJ ( cotes 5E 641/61-63).

Charles Gauthier évoque déjà en 1852, à la fin de ses articles que : « ce petit travail eût été plus complet, si nous avions  pu mettre à contribution les Archives municipales de Salins ; mais il règne un tel chaos, que l’usage en est absolument impossible. Ni inventaire, ni classement. »
Comment M.Bechet, qui pour avoir étayé en 1828 l’ensemble de son livre sur l’Histoire de Salins-les-Bains en grande partie  à partir de l’exploration des archives de Salins, des Inventaires de la ville de 1613 et du dernier inventaire avant 1828, a-t-il réussi à travailler ?
Où sont maintenant ces inventaires de la ville de Salins tellement cités par M.Bechet ?
Les inventaires des archives de la ville de Salins dont 1613 sont aux ADJ (cote 5E641/2).

Est-il nécessaire de rappeler l’historique de la conservation des archives de la ville de Salins, résumé par M.Ferroli  archiviste qui en 2015 eut en charge de répertorier le fonds moderne, puisqu’un constat de 1855 mentionne que toutes, bien toutes, les archives communales étaient dans un état de danger avancé.

De la mauvaise conservation de celles-ci encore à la veille de la 1ère guerre mondiale, des désordres répétés dans les débuts de classements suite à des transferts de lieux, le dernier en 1982.
Pour avoir demandé personnellement en 2009 et en 2010, à la municipalité de Salins, l’accès à des documents d’archives et avoir constaté dans les lieux de l’hôtel de ville de Salins où étaient entreposées celles-ci, le peu d’intérêts de la mémoire collective de plusieurs siècles entreposés, je  pense que le constat d’huissier de 1962 aurait été identique.

Mme P. Guyard  archiviste paléographe et directrice des Archives départementales du Jura, déjà dans ses ouvrages de références « Les forêts des Salines » parus en 2013, aborde qu’en 2001 les portes de ces archives étaient peu accessibles.

Que dans son document fort  brillant au demeurant sur : « Localiser, estimer, planifier l’approvisionnement en bois aux salines de Salins » en 2015 dans « Histoire des paysages forestiers Comtois et Jurassiens » en abordant et en évoquant la présence d’une carte ancienne de Salins dressée en 1756 dans les archives communales anciennes de la ville de Salins « le classement final de toutes les archives municipales de Salins permettra de mieux estimer si … »
Nous sommes fortement impatients de connaitre ce que contiennent ces archives et de pouvoir confirmer la validité de ce qui suit, dans cette tourmente de 1629, liée aux attaques dévastatrices du Yersinia Pestis.

Vue de bacilles Yersinia pestis de forme colonne, responsable de la peste.
Vue de bacilles Yersinia pestis de forme colonne, responsable de la peste.

 Salins.

La ville de Salins était à cette période la seconde ville en importance du Comté de Bourgogne après Besançon.

Par son activité économique, liée essentiellement à la production du sel, elle fournissait 60% des recettes comtales en 1590.
Cette production s’élevait en 1467 à 7 000 tonnes, chutant en 1632 à 2047 tonnes, baisse justifiée par les évènements qui vont être abordés ci-dessous.(Sources bibliographiques : Vivre en Franche-Comté au siècle d’or XVIe-XVIIe siècles, P.Delsalle, Jean-Louis Van De Vivère, p 40 et 308, Sept 2006, tirée de  D.Grisel, P .Guyard : Trésor des Chartres  des Comtes de Bourgogne et Chambre des comptes de Dole ; documents sur l’administration du domaine et la féodalité du comté de Bourgogne (XIII-XVIIIe s.), Besançon, ADD, 2000, PP20-30).

Par l’importance de sa population.
Le nombre de feux dans le bailliage secondaire de Salins au recensement de 1614 était de 1 235, ce qui correspond à un nombre d’habitants de l’ordre de 6 000 à 7 000 Salinoises et Salinois.
Ce chiffre chuta à 900 Salinois de 18 à 60 ans aptes à porter les armes suite au recensement de la montre d’armes de 1632. (Source bibliographique : G.Louis,  La guerre de Dix ans 1634-1644, cahiers d’Etudes Comtoises n° 60, presses universitaires de Franche-Comté, édition 2005, pp 271,278 et 298).

Si Dole était la ville-relais avec Bruxelles, ayant au sein de sa cité le Parlement,  la Cour des comptes, aides, domaines et finances du Comté, Salins était du fait de son importance industrielle, une cité fortifiée enclavée géographiquement et protégée comme le montre encore un peu cette reproduction photographique en 3 parties prise depuis Bracon en direction du Nord en 1905. (Source bibliographique : Anonyme, Bibliothèque ancienne de Salins).

Mais selon les pièces d’archives présentes aux ACS  série R cote 1662 (ACS : Archives municipales de Salins), cette reproduction photographique portant le N° d’inventaire 263 a été réalisée et donnée par son auteur Mr P. Boyer ou P. Royer, décédé en 1892.

Vue de Salins du Sud vers le Nord avec ses remparts, prises de vues photographiques de 1905 ?, fonds anciens de Salins.
Vue de Salins du Sud vers le Nord avec ses remparts, prises de vues photographiques de 1905 ? fonds anciens de Salins.

La 1ère représentation iconographique bien connue de la ville de Salins est ce plan cavalier contenu dans l’ouvrage de Sébastien Munster, recteur de l’Université de Bâle, intitulé : Cosmographey das ist Beschreibung aller Lander de 1598, PP 306-307 (Source bibliographique : BNF notice n°  40660024).

« Salin, la célèbre ville en Bourgogne… » tiré de la cosmographie universelle de Sébastien Munster.
« Salin, la célèbre ville en Bourgogne… » tiré de la cosmographie universelle de Sébastien Munster.

Depuis la réunion des 2 bourgs, en une seule commune avec le nom de Salins (Bourg-le-Comte ou Bourg Impérial  ou Bourg-dessous et Bourg-du-Sire ou Bourg-dessus,  indépendants et marqués franchement d’une séparation par une enceinte) avec l’accord de l’Archiduc Philippe en Septembre 1497, malgré que ceux-ci aient souhaités ne pas démolir les murailles les séparant au motif de leur utilité contre les incendies (inclus à l’article 11 de l’acte d’union) ; à la semaine de Noel,  les habitants élisaient leurs échevins parmi les notables de la ville décomposée en 4 circonscriptions paroissiales.

Ces échevins étaient la représentation des habitants de ces paroisses, clairement établi dans l’acte de 1497.

Le Maire ou Mayeur ensuite était élu, en charge pour lui l’administration de la cité à la place des anciens gouverneurs des deux Bourgs (Source bibliographique : M. Bechet, Histoire de Salins-les-Bains, Vol 2, réédition faite en 1990).
Au conseil de la ville, le mayeur et capitaine de la ville était Philippe Marchant depuis le 25 Juin 1607, écuyer, sieur de La Châtelaine, gentilhomme de la maison d’Isabelle d’Autriche, épaulé par huit échevins et seize conseillers selon deux par paroisse pour les échevins et quatre par paroisse pour les conseillers.
Au titre de capitaine de la ville,  il percevait 50 francs Comtois (Source bibliographique : M.Bechet, Histoire de Salins-les-Bains, réédition Vol 2, p 338).

Les échevins de Saint Anatoile étaient François Thomas Cussemenet , écuyer et un apothicaire Pierre Maginet.
Les conseillers : Claude Amyot dont l’ascendant Guillaume Amyot était lieutenant du bailli de Salins ; Jean-Baptiste Coquelin, sieur de Germiney et d’Aresches qui en vertu de ses services rendus obtint de Philippe III de changer son nom en sieur de Germiney ; Claude Udressier et Claude Girard.

Pour la paroisse de Saint Jean, les échevins : Simon Billard anobli en 1618 en considération des services rendus par son beau-père Antoine Garnier, vice président au Parlement de Dole et Simon Vernier docteur es-lettres fils de Jean Vernier capitaine au château de Vennes (dans le Doubs).
Les conseillers : Claude Faroz, écuyer ; Claude Vernier frère de Simon échevin en la même paroisse ; Jean-Baptiste Bancenel , écuyer, sieur de Myon  puis Genèse Ravaignier docteur ès-droit.

Les deux échevins de la paroisse de Notre-Dame étaient, Guy d’Eternoz, écuyer, sieur de Salgret et Jean Huguenet.
Les conseillers : les sieurs Philippe Vernet, Jean Garnier et Cécile, écuyer, docteur en droit canon puis Etienne Bancenel le jeune, écuyer, sieur de Myon.

Ceux de Saint Maurice pour les échevins étaient : Frédéric Partoney, écuyer après avoir servi en Flandres était revenu à Salins en 1592 avec  la charge de Gruyer des forêts des Salines et Noble Gaspard Quanteau docteur en médecine d’une famille anoblie par le Duc de Bourgogne en 1455 pour service rendu auprès du Duc en tant que médecin.
Les conseillers : Noble Désiré Mathon, docteur en médecine, anobli en 1613 ; Guillaume David, écuyer, docteur ès-droit, sieur de Mérona ; Nicolas Chaudet, écuyer et le sieur François Maire.

Circonscriptions paroissiales de Salins.

La gestion de la ville ainsi répartie l’était par un découpage territorial  très particulier.
L’étendue de l’importance des 4 paroisses n’était pas cantonnée uniquement que pour l’intérieur de l’enceinte mais couvrait un espace différent selon les paroisses.
Ainsi que nous le montre le plan figuratif de la ville de Salins publié dans :
L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, édité  en 1995 pour l’exposition de Besançon parmi les 61 représentations commentées, ce plan étant archivé aux ADD (Archives départementales du Doubs) sous la cote 1Fi 214.

Détail du plan figuratif de l’étendue des quatre circonscriptions paroissiales de Salins, XVIIIe siècle.
Détail du plan figuratif de l’étendue des quatre circonscriptions paroissiales de Salins, XVIIIe siècle.

 Ainsi les circonscriptions couvertes par les 4 paroisses englobaient des villages, hameaux et granges à l’extérieur de la ville selon et pour :
St-Anatoile anciennement appelée St-Sinphorien:
L’Hôpital, Les Cordeliers, les faubourgs de Bracon, Galvoz et Champtave, le fort Bracon, remontait jusqu’aux Planchettes à l’Ouest, Arloz dessous, Remeton ainsi que la tuilerie, Blégny, Goailles, Clucy et le Fort Belin.
St Jean Baptiste :
Castel de Rans et son faubourg St Nicolas, Le Paradis et l’étendue du périmètre du Fort Saint André alors Roche Jurée.
Notre-Dame :
Vers l’Ouest jusqu’à Géraise, la grange de Vaux, Cezenay puis vers le Nord l’étendue des Roussettes.
Saint Maurice :
A l’Ouest la Grange Salgret, Saint Joseph, le Moulin Bonnet, Les Capucins et le faubourg St Pierre.

 

Le conseil de Salins était complété par le receveur de la ville et le procureur-syndic,  les sieurs  Jean David et Jacques Nouveau, le secrétaire en était Pierre Boquillard
(Procureur-syndic ou procureur du souverain  syndic).

Déjà le 15 Février 1629, le Magistrat est averti que la peste est déclarée à Besançon, pour que le 18 le conseil écrive au Magistrat de Besançon d’interdire tout échange commercial avec les habitants de Salins.
Le 14 Avril ayant connaissance que la peste est déclarée à Baume (Baume les Dames dans le Doubs) il est délibéré que les habitants monteront la garde aux portes, sans pouvoir en sortir même pour prendre leurs repas.
Une amende de 100 sols sera demandée aux contrevenants.
(Sous multiples des monnaies en cours:
La livre estevenante des évêques de Besançon, équivalait à 20 sols ou 80 blancs ou 240 deniers.
 Le franc, monnaie Comtale équivalait à 12 gros ou 48 blancs ou 144 engrognes.
Le franc de Bourgogne valait 2/3 de livre estevenante soit 13 sols 4 deniers.)
Les gens de la prévôté auront le devoir d’expulser hors de la ville les étrangers de pauvres revenus.
On pouvait pénétrer dans la ville par 9 portes, au Nord les portes de Malpertuis, de Chambernoz, à l’Ouest traversant La Furieuse, de Ferry ou de Rans, du Paradis, de Saint Nicolas, Bechet vers le moulin Bechet, des Cordeliers, batavde donnant sur Saint Anatoile à l’Est et d’Oudin au Sud.
Les principaux axes d’entrée et de sortie étant  les portes de Malpertius, de Chambernoz et d’Oudin, positionnées sur les voies de communications d’échange et de commerce entre la ville et les autres provinces et contrées lointaines.
Sont exclus de ce descriptif, l’accès entre les deux bourgs, la porte du Surin et celles de la Grande Saline.

Une description graphique de ces accès de la ville est figurée dans le plan manuscrit que nous a laissé le Capitaine Léon-Paul Pinault qui après son activité militaire, en retraite à Salins assura les fonctions d’archiviste bénévole et se passionna pour l’histoire locale laissant un fonds dont des manuscrits.
(Source bibliographique : ACCOLAD, mission de recensement des fonds patrimoniaux de Franche-Comté, 2008, p 60).

Représentation de Salins en 1750 par le Capitaine Pinault, fonds anciens de Salins.
Représentation de Salins en 1750 par le Capitaine Pinault, fonds anciens de Salins.

Le 30 Avril le conseil alerta par écrit les habitants de Genève où était présent des cas de peste de s’abstenir de venir par-deçà Salins.
A la réunion du conseil du 5 Mai regroupant aussi le clergé en la grande salle du Puits à Muire (le conseil se réunissait soit dans cette salle soit dans la maison de ville, située entre les deux Bourgs), il fut décidé que le Dimanche en huit une procession générale en habit blanc sera organisée avec le Saint Sacrement et que le dimanche une autre à Saint Anatoile, protecteur de la ville et afin que ce Saint puisse intercéder et présenter les prières de la ville à sa divine Majesté toute puissante, un présent lui serait offert .
Ce présent fut une lampe d’argent doré pesant 12 marcs (Unité de poids d’un métal précieux, le marc de Troyes = 244,75 g),  achetée chez un orfèvre de la ville Jean Perrey, aux 3 coins de la lampe les armes de la ville émaillées et doré en relief (donnée historique confirmée, reportée et citée dans l’ouvrage : Les orfèvres de Franche-Comté et la Principauté de Montbéliard du Moyen-âge au XIXe siècle, Librairie Droz, 1976, pp 575-576).

Le 18 Juillet, deux houilliers (travaillant à l’exploitation du gisement de houille à Aiglepierre, employés par la Grande Saline) hospitalisés à l’Hôpital du St Sépulcre (aujourd’hui l’immeuble de la Médiathèque) meurent subitement.
Gaspard Quanteau échevin de St Maurice et docteur en médecine visite les cadavres et ne peut se prononcer sur la raison des décès.
Mais le lendemain, 2 enfants d’houillers meurent au même Hôpital.
Les médecins, Gaspard Quanteau, Bonlieu et François, assistés des chirurgiens Jean, Poncet Marchandet et Grenault examinent les défunts, leurs constats est unanime, la mort est liée à une contagion.
L’ordre est donné de barrer l’Hôpital ainsi que tous ceux qui y réside (La « barre » avait pour but d’empêcher les habitants d’un village, d’une maison, d’un logis de communiquer avec qui que ce soit à l’extérieur du lieu contaminé. Il était défendu d’y sortir et d’y recevoir du monde, les portes étaient barrées, clouées de traverses).

Détail du plan manuscrit de Salins d’A.Robert d’après les croquis du Colonel Perrin 1881, bibliothèque ancienne de Salins.
Détail du plan manuscrit de Salins d’A.Robert d’après les croquis du Colonel Perrin 1881, bibliothèque ancienne de Salins.

Le 20 Juillet le conseil dans son ensemble délibère pour fixer les lieux où des loges pourront être construites pour y installer les pestiférés.
De fixer l’amende de 20 livres estevenantes à tous les malades non déclarés.
De fixer une autre amende de 100 sols aux prêtres administrant les sacrements aux personnes contagieuses.
Une autorisation est donnée à Jeanne épouse de Jean Suffisant de l’Angonne dont le gendre vient de mourir de la peste de construire une loge en une vigne qui leur appartient aux Roussets pour s’y retirer avec sa famille et que cette loge sera barrée.
Le lendemain des postes de garde sont installés aux portes de Malpertius, Chambernoz et Oudin.
Les rondes de nuit sont instaurées.
Le Révérend Père Le Maire des  jésuites offre les frères religieux pour assister les malades se que font déjà les frères Capucins.
Par ordre du conseil quelques loges sont construites à La Béline (source bibliographique complémentaire: Bechet, recherche historique sur la ville de Salins, p 382), le fontainier Simon Bonnet s’y joignant pour y établir une fontaine, il en sera de même aux « Petaux » (Les Pétots, lieu-dit au Sud de la ville).
Laurent Baudran se proposa de nettoyer les maisons infectées moyennant 4 gros par jour.
Le 23 Juillet le procureur-syndic, Jacques Nouveau somme les habitants des faubourgs de Galvoz, Blégny et Champtave qui veulent empêcher de construire les loges et qui tirent toute les nuits des coups d’arquebuse contre les habitants de Salins, seront considérés comme formant des actes de rébellion et de mutinerie.
Les houillers suspects d’être contagieux sont envoyés dans des loges installées près de la muraille des Sauneries hors de la ville (au niveau de la tour de Reculot, entre le mur d’enceinte et La Furieuse ?).

Détail plan manuscrit de la Grande Saline de Salins, 1754, tour de Reculot, bibliothèque ancienne de Salins.
Détail plan manuscrit de la Grande Saline de Salins, 1754, tour de Reculot, bibliothèque ancienne de Salins.

Ces loges seront surveillées jour et nuit et les contagieux étaient  arquebusés s’ils tentent de s’en échapper.
L’ordre est donné de tuer tous les chiens et chats à raison de 100 sols par bête.
L’ordre est donné aux chirurgiens de désigner l’un d’entre eux, pour le traitement des pestiférés dans les loges, le médecin Gaspard Quanteau et le chirurgien Poncet Marchandet percevront chacun  10 écus par mois à charge de visiter tous les malades dont ils seront requis. (L’écu, monnaie d’argent équivalait à 3 livres estevenantes et à 4 francs, source bibliographique : Jean Girardot de Nozeroy, Histoire de dix ans de la Franche-Comté de Bourgogne, 1632-1642, publié par J.Crestin, 1843, p 265).

Le 24 Juillet il est interdit de vaquer de nuit dans la ville après que la cloche soit sonnée, sans grande nécessité et sans lumière, les contrevenants subiront 30 livres d’amende et l’incarcération.
Le 26 le conseil plus les notables réunis décident qu’à la Beline à quelques distances des loges des pestiférés seront construites d’autres loges pour ceux qui seront suspects et non atteints de la contagion, que les houillers placés près de la Saline seront conduits près de la Beline « pour éviter l’infection de l’air » et que les sieurs du clergé seront appelés au conseil pour délibérer sur le vœux proposé à faire à la Vierge Marie pour la prié de garantir et préserver les habitants de Salins du « grand mal et de la contagion ».
A compter du 27 Juillet, la porte St Nicolas est fermée suite aux passages des étrangers.
Les échevins seront appelés dans chaque paroisse à faire désigner par le clergé les confesseurs auprès des pestiférés.
Aussitôt le lendemain les délégués religieux de toutes les paroisses, doyens, chanoines, familiers aussi de l’Hôpital se rassemblent  avec le conseil et délibèrent qu’aussitôt libéré du fléau de cette contagion il sera fait une procession solennelle à l’image miraculeuse de la Vierge à Gray.
Que pour ratifier ce vœu, une grande messe sera exécutée en le Lundi suivant, à l’église Notre Dame en présence, du Magistrat de la ville et de deux commis par église et par chapitre et qu’à la fin de cette grande messe, le Mayeur prononcera solennellement le vœu émis par tous.

Le 1er Aout du fait que 2 personnes à Aiglepierre sont décédées de la peste, il est ordonné à tous les habitants d’Aiglepierre de se tenir barrés sous peine d’être arquebusés.
On sollicite chaque membre du conseil de transmettre le nom des gens « propres à l’office de batonniers ».
L’épidémie prenant de l’ampleur d’une façon effrayante, le conseil décide que les séances se tiendront tous les jours à 7 heures du matin et que les délibérations pourront être retenues avec  seulement 4 membres.

Ainsi le 4 Aout une « commission peste » est formée sous la houlette du Mayeur de 4 échevins et du procureur-syndic.
Le 5 Aout, Maginet échevin et apothicaire est sollicité pour réaliser des compositions médicamenteuses qui seront délivrées à tous les échevins et officiers de Salins pour les préserver du danger auquel ils sont exposés journellement.
(Maginet comme apothicaire possédait une excellente réputation et en tant que tel était cité dans l’ouvrage de 1629 de Jacques Dorenet, enseignant la médecine à l’Université de Dole : Brève et facile méthode pour guérir de la peste, ouvrage présent dans la bibliothèque historique du Château de Rolle en Suisse au bord du Lac Léman).
Une de ces compositions qu’il considérait comme la panacée universelle était la thériaque (Comme préparation officinale elle existait depuis plus de 200 avant J.C, présente  dans presque toutes les pharmacopées et dans tous les manuels du XIII e au XIXe siècle. Dans la pharmacopée de Nuremberg, quatre formulations de la thériaque y compris la thériaque de Mithridate y était représentées. La préparation de la thériaque était très compliquée, très longue à réaliser, les composants difficile à obtenir, mais était considérée comme un vrai art des apothicaires).
Le 6 Aout tous les rassemblements publics, même ceux des obsèques sont interdits.

Les échevins de St Anatoile et de St Jean sont priés de pourvoir rapidement à la construction des  loges pour les pestiférés, à cet effet des lavons seront demandés à Nozeroy, Cuvier, Champagnole (les lavons sont des planches de bois utilisées pour la construction).

Pour exercer son droit de justice intra-muros, la mairie fit dresser trois potences et signes patibulaires, une au Faubourg, une autre devant la maison de ville et la 3ème devant les Halles (en temps ordinaire deux gibets étaient placés, l’un sur les Monts de Cernans, l’autre à la crête du Mont de Simon, confirmé sur la carte du ressort de Salins, tirée de : L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, édité  en 1995 ; cette carte est  archivée aux ADD, cote 1Fi 1454).

Détail de la carte du ressort de Salins, gibet et roue de sentences au Mont de Simon, L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, 1995.
Détail de la carte du ressort de Salins, gibet et roue de sentences au Mont de Simon, L’espace comtois par la cartographie du XVIe au XVIIIe siècle, association des Amis des Archives du Doubs et de Franche-Comté, 1995.

L’édit de tuer tous les chiens et les chats fut renouvelé.
L’interdiction totale de sortir de la ville même pour moissonner  sans la permission des échevins fut imposée, sous peine d’amende de 100 sols.
Obligation de déclarer toute personne malade, sous peine de 500 livres d’amende (Ce fut la peine financière maximale appliquée).
L’épinglier, Etienne Callier suspecté d’avoir fait entrer en ville de la marchandise « suspecte de contagion » ainsi que Pierre Moreau, tanneur l’ayant reçu dans sa tannerie sont condamnés le 1er à 50 livres le second à 25 livres d’amendes.

 Le 7 Aout, Anatoile Charrette, Pierre Martenet, Poncet Dumon, Jean Melin sont retenus pour être « batonniers » à 27 francs de gage chacun.
A charge à ceux -ci d’obéir aux membres du Conseil pour transporter les corps des pestiférés, avertir les enterreurs (fossoyeurs), emmener les infectés aux loges et pourvoir aux approvisionnements des rations aux loges.
Le boucher Claude Moreau dit Passeret dont l’épouse et la servante ont été reconnues atteintes de la peste, pour continuer à fréquenter sa boucherie mettant en grand danger les personnes qui y viennent est condamné à 150 livres d’amende.
Le conseil tiendra ses réunions en la salle de la maison d’Arquinsey ou Arquinsel (Au milieu du XIXe les restes d’une partie de la tour de cette bâtisse était située sur la place du Gouvernement, elle avait été achetée en 1575 par la ville de Salins à François de Merceret pour 3 300 francs, la ville y entreposait des armes et des munitions.
Un inventaire de 1626 de cet arsenal fut établi par ordre du Magistrat, cet inventaire est décrit dans M.Bechet, Histoire de Salins-les-Bains, vol 2 page 345
.
Edouard Toubin dans ses cahiers manuscrits de toponymie des rues de Salins mentionne bien que la maison d’Arquinsey était selon l’ancienne numérotation de 1827 au N° 95.
E.Toubin en établi un petit descriptif : « La tour d’Arquinsey, belle et grande, du haut de laquelle on peut voir quasi tout le pourtour de la ville, car elle est au point le plus éminent de la grande rue, est couverte d’ardoises et ses murailles sont d’une grande épaisseur ; joignant il y a un spacieux corps de maison couvert de tuiles… », et que suite à son rachat par la ville en 1560, elle fut la maison de ville et après la conquête Française le logement du gouverneur, source d’archives : ACS 1451
).

Détail plan de Salins, géomètre Louis Bournier, 12 Mai 1823, ACS 1446.
Détail plan de Salins, géomètre Louis Bournier, 12 Mai 1823, ACS 1446.

Le 8 Aout des loges sont commencées d’être construites sur  la Beline.
Les habitants fuyant la ville, les rondes de nuit ne peuvent plus se faire à tour de rôle, il faille faire appel à des hommes à gages payés aux frais des habitants.
Les gages des enterreurs sont arrêtés à 14 gros par jour.
Il est accordé au père Charles Lebrun ermite à St Roch, 9 gros par jour pour administrer les saints sacrements aux pestiférés sur la Beline et une robe d’ermite d’une valeur de 15 francs.

Le 9 Aout aux vues des risques majeurs et des dangers encourus, les gages du Mayeur seront à 24 écus par mois, ceux des échevins à 12 écus et pour le procureur-syndic 15 écus par mois (1 écu = 3 livres estevenantes).
Il est interdit de jeter les immondices dans les rues elles seront versées dans La Furieuse.
Il est aussi interdit de transporter des meubles d’une maison à l’autre sous peine de 50 livres d’amende.
La nommée Faulconnette ayant transporté le nouveau-né de Guillaume Bernardet dont la mère est morte de peste pour y être baptisé, est barrée ainsi que le parrain, la marraine, le vicaire ayant baptisé l’enfant comme le prieuré de N-D de Château où Guillaume Bernardet s’était retiré, il est toutefois condamné le 12 aout à 100 livres d’amende pour n’avoir point déclaré sa femme atteinte de la contagion. (Le prieuré de N-D de Château-sur-Salins comme N-D de Château-sur-Salins dépendants du prieuré ex-abbaye clunisienne de Gigny dans le Jura, étaient implantés en dehors de la ville à l’Ouest, sur le promontoire en forme de plateau sur la commune de Pretin, c’était un haut lieu de pèlerinage et de dévotion consacré à la Vierge.
Les données historiques sur N-D de Château sont contenues dans : Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétien en France).
Le 11 Aout un marché est passé avec le chirurgien Dandelier  dans le but de traiter les pestiférés, moyennant 50 écus par mois, plus un cheval entretenu aux frais de la ville et l’aide d’un des enterreur,  le suivant pour l’aider à monter et à descendre de cheval dans le cadre de ses visites, les drogues et remèdes étant fournis par le Magistrat.

Le 13 Aout il se fait l’achat d’un cheval et d’une charrette pour conduire les morts au cimetière et il sera réalisé quatre falots en fer blanc pour ces transports de nuit.
Il est distribué aux membres du conseil tous les remèdes réalisés par l’apothicaire Maginet.
Il est défendu de se réunir à plus de quatre personnes sous peine d’une amende de 20 livres.

Le 15 Aout, Etienne Mauvais vigneron atteint de la peste et ne l’ayant pas déclaré subit la condamnation de 500 livres d’amende, le rendu de justice est qu’il évite à quelque voix près d’être arquebusé.
La sage femme qui  a participé à l’accouchement de l’enfant de Guillaume Bernardet, barrée chez elle sera nourrie à ses frais.
Un édit est publié pour tenir les « gréaux » d’eau devant toutes les maisons en cas d’orvale de feu, à tous les « gipsiers » et autres ouvriers d’accourir aux incendies et interdiction aux personnes suspectées d’être contaminées par la peste de s’y retrouvé sous peine d’être arquebusées (un gréau était un récipient de bois permettant aux habitants d’aller à la fontaine proche d’y « puiser » l’eau ; un gipsier était un ouvrier du bâtiment travaillant le plâtre)  .
Au 18 Aout, il sera accordé 4 gros par jour au fils de maître Claude, le maréchal-ferrant pour conduire les pestiférés et ferrer le cheval.
Il sera manufacturé 100 cadenas, utilisés par les échevins pour barricader tous les « infects et suspects » chez eux.

Le 22 Aout, le prieuré de N-D de Château est débarré.
Claude Bonvalet, familier de St Anatoile est condamné à 20 livres d’amende pour avoir jeter des quantités d’ordures au devant de sa demeure.
Le 25 Aout, Frederic Partonay, échevin de St Maurice informe le conseil que, le médecin Montplaisir envoyé de Dole par M. de Cressia  pour traiter les pestiférés, était rendu en ville et descendu chez les Pères de l’Oratoire. (Les Pères de l’Oratoire avaient leur maison dans la Grande rue du Bourg-Dessous, en 1642  la ville leur céda le collège de Salins)
Le Père Quaré était allé quérir ce médecin à Dole au nom du Magistrat.
Il sera traité avec lui à raison de 40 pistoles par jour (soit 13 francs Comtois de l’époque)
Le 30 Aout, il est versé 24 francs à Antoine Maitret en paiement d’un poinçon de vin blanc demandé par le médecin Montplaisir pour la réalisation de ses remèdes qu’il dit vouloir donner à tous les habitants.
Il sera fourni au couvent des Carmes et des Jésuites «  ½ muid» de vin pour leur effort envers les pestiférés  (aujourd’hui le  ½  muid est un gros fût d’une contenance  de 500 à 600 litres)

Le 2 Septembre, le nettoyeur maître Jean est congédié, soupçonné de magie.
Une permission est accordée par l’Archevêque de Besançon de faire dire la messe tous les jours avec un autel portatif auprès des pestiférés en considération de leurs éloignements.
Le 3 Septembre, le Magistrat négocie avec un chirurgien de St Amour, maître Philibert préposé pour le quartier du  Bourg-dessous, en charge des échevins de lui trouver un logement, il en sera de même avec le médecin Montplaisir pour le quartier du Bourg-dessus, de lui trouver un logement sur la montagne de St Anatoile.
Il est ordonné aux enterreurs d’exécuter correctement leur travail, sans quoi ils seront arquebusés.
(Les nettoyeurs intervenaient lorsqu’une maison était vidée de ses occupants soit par leurs décès soit par leurs transferts aux loges, pour tout récuré à l’intérieur,  venaient ensuite les espreuveurs ou éprouveurs, personnes à gages, résider dans les lieux durant une période permettant de vérifier si l’habitation était saine ou pas, selon l’état de santé des dits occupants).
Une enquête est diligentée contre une femme surnommée « La Grevesinne » pour avoir jeté sur la charrette des enterreurs le corps d’un enfant qui n’était pas encore mort.
Le 6 Septembre, il est constaté des exactions produites par quelques batonniers, envers les habitants conduits aux loges, en cas de récidive ils seront arquebusés.
Le 13 Septembre, il est défendu aux pestiférés et suspects des loges d’en sortir sous peine d’être arquebusés.
Pour être délivré du fléau de la peste qui va de jour en jour en augmentant, le recours à Dieu et à ses Saints est formulé auprès des religieux de St Maurice qui sont priés de dire une grande messe à laquelle le Mayeur assistera seul sans autre assemblée.
Le 20 Septembre, le marchand Philibert  Perrenet est condamné à une amende de 500 livres pour n’avoir point déclaré sa maladie.
(Le médecin étant informé d’un cas suspect, se déplaçait à son domicile, le faisait venir sur le seuil de sa maison et à distance l’interrogeait,  lui ordonnait de se dévêtir entièrement et à distance examinait son corps pour voir si celui-ci était ou pas couvert de pustules ou de charbons. Ensuite il prononçait son diagnostic).
Le 27 Septembre, l’épidémie de peste était à son comble.
Il fut décidé qu’on n’enterrerait les corps que durant la nuit, afin de dissimuler quelque peu l’augmentation de la mortalité à la population.
Au conseil  MM.  Quanteau, Billars, Marginet et Dournon ont succombé  et tous les conseillers sauf un, sont absents ayant fuient la ville pour cause de la contagion.
C’est le conseiller Garnier, le seul qui vient aux séances du conseil lorsque son état de santé le lui permet, il échappera à la contagion et décèdera en 1684.
Il est délibéré d’écrire au Parlement de Dole pour qu’elle leurs ordonne de revenir à leurs fonctions, le maire craignant que si le mal continuait avec autant de violence, la ville risquait d’être sans conduite ni surveillance.
(La ville de Salins était abandonnée d’un grand nombre de ses habitants. La population était fortement décimée).

Le 30 Septembre, le chirurgien Jean Marchandet déclarait au conseil que le mal contagieux prenait une telle ampleur qu’il lui semblait inutile de procéder plus en avant à la visite des malades, le conseil délibéra que si le chirurgien persistait dans son intention qu’il en serait dispensé.
Il fut décidé que tout habitant qui se sentirait quelque mal s’auto-barricaderait en le faisant savoir à son échevin, à peine d’être banni de la ville à perpétuité.
Le 4 Octobre, les 2 échevins de St Anatoile étant morts, le receveur sollicite Charles Marchant demeurant au faubourg Champtave de se charger « des affaires de peste » de cette paroisse, conjointement avec le procureur-syndic. (Charles Marchant, d’une autre famille que celle du Maire anoblie en 1531).
Les Augustins du couvent de Brou dont l’église était placée sous l’invocation  de St Nicolas de Tolentin  offrent à la ville une  quantité de petits pains bénis et la façon dont il fallait ensemble prier, ce remède ayant été utilisé à Lyon contre le mal et avaient grandement soulagés les Lyonnais.
(St Nicolas de Brou est une église faisant partie du monastère royal de Brou, à Bourg-en-Bresse dans l’Ain et Nicolas de Tolentino était un moine des ermites de St Augustin).
Suite à ce geste le conseil fait vœu d’offrir à l’église de Brou, au nom de la ville, un calice d’argent de 50 écus qui y sera porté dès que le mal aura cessé, priant que ce petit don puisse être agréable à Dieu et à St Nicolas pour l’apaisement du mal sur la ville.
Il fut délibéré qu’il sera fait une grande messe en l’honneur de St André et qu’elle sera célébrée dorénavant le 1er dimanche d’Octobre de chaque année.
L’offre de 2 000 florins faite le 6 Septembre par les administrateurs des Sauneries, au nom de M.le comte de Varfusé de pouvoir faire bâtir une chapelle en l’honneur du glorieux St Claude le protecteur de la ville qui a vue sa naissance, est acceptée.

Le 9 Octobre, le Parlement adresse au Maire un mandement obligeant les conseillers absents de revenir en ville faire leur service, sous peine de 500 livres d’amende.
Le 10 Octobre, le Maire écrit au Parlement qu’il ne reste pas en ville 200 hommes en état de prendre les armes.
Le fléau est partout, toutes les maisons religieuses sont envahies.

Le 17 Octobre, l’épidémie diminue d’intensité, les soins du médecin Montplaisir n’étant plus indispensable il commence sa quarantaine.
Le 22 Octobre, les enterreurs et autres gens employés auprès des pestiférés sont licenciés.
Le 2 Novembre, les nettoyeuses Bisontines feront leur quarantaine à Châtel-Guyon après avoir nettoyer les maisons où elles vivaient.
George Garnier, maitre des enfants de chœur est condamné à 50 livres d’amende pour n’avoir point déclaré la maladie de l’un des enfants.
Le 5 Novembre, des enterreurs sont encore renvoyés.
Le 8 Novembre, le fils de Guyenet Grandjean ayant été contaminé depuis plus de 15 jours sans être déclaré, le père et le fils son t bannis à vie de la ville.
Le 12 Novembre, six personnes suspectes ou malades pour avoir quitté les loges et être venues en ville sont condamnées à 50 livres chacune et au bannissement en cas de non-paiement.
Un incendie s’est déclaré au Bourg-dessus, une bonne partie des maisons des plus notables ont été dévorées par le feu.
Fréderic Partoney l’échevin en charge d’organiser les secours, n’ayant plus la maîtrise le l’incendie, fait le vœu de faire célébrer une messe solennelle à St Anatoile.
Ce vœu est ratifié par le conseil.
Il sera donné à Messieurs du Chapitre de St Anatoile 16 francs et 2 patagons au prêtre et familier de St Jean pour faire réparer un reliquaire d’argent jeter dans les flammes de l’incendie pour apaiser la fureur de l’orvale.(Le patagon était une monnaie usitée sous le règne des Archiducs en Flandres, l’unité de référence était le souverain, celui en argent reçu le nom de « patagon »)
Ordre d’arquebuser les voleurs pénétrant dans les maisons vides de leurs occupants .

Le 22 Novembre, le calice, patène et chopinette (Est-ce que ces dites chopinettes sont les burettes de messe ?) d’argent doré destiné au couvent de Brou est réalisé par Jean Perrey orfèvre pour la somme de 245 francs et demi (donnée historique confirmée, reportée et citée dans l’ouvrage : Les orfèvres de Franche-Comté et la Principauté de Montbéliard du Moyen-âge au XIXe siècle, Librairie Droz, 1976, pp 575-576).
Un mandement de 16 francs est donné à ce même orfèvre pour la réalisation d’un petit ciboire destiné aux R.P des Carmes pour leurs dévouements d’avoir porté les Saints sacrements aux pestiférés des loges.

Le 7 Décembre, La contagion comme le nombre des pestiférés allant en diminuant, le chirurgien Philibert commencera sa quarantaine, le sieur Dandelier pouvant à lui seul subvenir aux traitements des malades, le chirurgien Montplaisir quant à lui a fini sa quarantaine.
La garde à la porte de Chambernoz sera levée.
Une distribution de fagots sera organisée pour les pestiférés aux loges qui souffrent du froid et de l’humidité.

Le 14 Janvier 1930, la violence de l’épidémie diminue.
Le procureur-syndic revient de Besançon après avoir accompagné 32 femmes venues à Salins comme nettoyeuses.
Le chirurgien Philibert Colette, de St Amour ayant fini sa quarantaine, il lui est autorisé de circuler librement en ville.
Le 18 Janvier, les échevins de St Maurice sont commis pour remercier le R.P. Léon, capucin, des services rendus durant la peste. Un don de 10 écus sera fait à son couvent, la même somme sera versée pour les mêmes raisons aux R.P. des Carmes.
Le 21 Janvier, le chirurgien Philibert Colette demande le paiement de ses gages et à être reçu habitant de la ville, ce qui lui sera accordé à la postérité.
Une personne nommée la Richarde demande à faire sa quarantaine, elle sera placée dans l’une des tours de la fortification et nourrie aux frais de la ville.
Il est demandé aux ecclésiastiques de suspendre les cérémonies dans les églises, vu l’avis du conseil de la ville le danger sanitaire qui  consistait à tous les habitants de venir baiser les reliques apposées sur les autels.
Le lendemain, on permet aux R.P. Cordeliers d’entrer dans la ville, leur couvent étant considéré comme n’étant plus soupçonneux de contagion.
Le Maire et le sieur Nouveau le procureur-syndic, sont priés d’ordonner aux enterreurs qui sont encore derrière les fortifications de couvrir de terre les fosses des pestiférés enterrés au cimetière proche de l’Hermitage des Sept douleurs.
Le cheval ayant servi à conduire les morts sera vendu.
(C’est Philippe Marchant seigneur de la Châtelaine qui fut réélu maire en 1630. L’Hermitage des 7 douleurs était l’Hermitage St Roch).

Le 31 Janvier, il est constaté un grand nombre de mendiants étrangers dans la ville, des gardes seront placés aux portes de la ville et il sera nommé un « chasse-coquins » pour y pourvoir.
Les échevins de St Anatoile seront en charge de faire nettoyer la chapelle de St Ferreau utilisée pour loger les enterreurs durant le mal contagieux.
Tous les batonniers seront licenciés, sauf deux.
Le 4 Février, les cas de peste deviennent de plus en plus rares, plusieurs fois, le conseil de la ville a demandé au Parlement de débarrer la ville, sans succès.
A cet effet, des habitants formulent une requête auprès du Magistrat qui convoque huit notables de chaque paroisse et  leur expose ce qui a été entrepris.
A ce propos, Jean Converset, huissier ayant parlé injurieusement du conseil, est mis en prison, le Magistrat rappelle que la calomnie et que semer la discorde dans la ville sont condamnables.
Le procureur-syndic présente les comptes des amendes ayant été perçues durant l’épidémie de peste s’élèvent à la somme de  4 486 livres estevenantes. (M.Bechet cite dans Histoire de Salins-les-Bains, vol 2, p 366, que les amendes de police prononcées contre les délinquants, pendant les 2 années de peste, s’élevèrent à 1 100 écus, ce qui semble correspondre aux 4 486 livres estevenantes.)

Le 9 Mars, il est présenté au conseil qu’une procession générale sera faite le lendemain, il est donné ordres à tous ceux qui se trouveraient incommodés de se déclarer aux échevins.
Le 14 Mars, il est permis aux confrères de la Croix de faire leur procession du jeudi de la semaine Sainte, qu’il n’y aura pas de prédication, pour éviter le mélange des habitants.
Le 15 Mars, les gardes et rondes de nuit sont suspendues.
(La confrérie des confrères de la Croix fut fondée par les bourgeois de Salins en 1583, en dehors pour les cérémonies ils portaient un sac de toile noire avec un chapelet à la ceinture, une fois par semaine les confrères visitaient les prisons et les pauvres des hôpitaux, ils accompagnaient les condamnés au supplice, ils aidaient les jeunes filles pauvres à se marier et pour les enterrements des pauvres).
Le 17 Mars, par ordre du Parlement de Dole, la ville de Salins est débarrée, elle fut annoncée à la population au son de la trompe.A partir de cette date il y eu très peu de cas de peste non suivis de décès.

Le 23 Avril, le conseil avec le clergé et les notables se réunissent tous en la salle du Puits-à-Muire.
Le Mayeur expose qu’il convient d’accomplir un vœu en l’église N-Dame de Gray et d’y aller en procession.
Les ecclésiastiques en raison de leurs dépenses faites durant l’épidémie de peste évoquent qu’il ne sera pas possible de subvenir à l’ensemble des frais occasionnés par cette procession jusqu’à Gray.
Le conseil comme les notables conviennent que chacun s’autofinancera.
Quant aux religieux mendiants et aux musiciens la ville en prendra la charge.
Par délibération il est convenu que la date sera fixée durant le mois de Mai.
En effet le 21 Mai il fut délibéré que la procession s’effectuera le jour de la  Visitation de Notre-Dame prochain. (La fête de la Visitation de la Vierge Marie se célèbre le 31 Mai, commémorant la visite de la Vierge Marie enceinte à Elisabeth sa cousine enceinte de Jean Baptiste, selon l’évangile de Luc).
Une assemblée choisie de notables et d’ecclésiastiques participera à cette procession dont :
Le Maire, M.de Montmarlon François de Vers ancien maire, des échevins MM. Patornay, de Salgret, Vernier et Marchant, le protonotaire de Vaudrey frère de François de Vers, les ecclésiastiques Bobillier, Bouteillon, Magnin, Lardon; puis Alepy, le médecin Picoteau, Marchandet et le sieur d’Aiglepierre Hugues Portier. (L’un de ses ancêtres Philibert Portier sauva Salins du pillage et du ravage en 1362 par des troupes de routiers et malandrins qui de nuit avaient commencé à escalader les remparts quand Philibert Portier à la tête de quelques habitants  réussirent à les faire fuir, il obtint l’ultime honneur de la ville à ce que le Magistrat lui présente les clefs de la cité à chacune de ses venues, cet honneur fut transmis à sa descendance).
Le lendemain 22 Mai, cette assemblée réunie décida,  de laissé le soin au chanoine Didier Poncet de St Maurice de se charger de la musique et de faire le choix des musiciens les plus talentueux.
Il lui sera délivré le 9 Octobre 1631, deux fruitières d’argent aux armes de la ville d’une valeur de 44 francs, en remerciement de sa direction en tant chef de musique, durant la procession, Didier Poncet fut un talentueux compositeur de psaumes.

Après délibération, qu’une carte ou un tableau serait réalisé dans lequel la ville de Salins serait représentée et peinte, pour le porter en présent lors de la procession à Gray.
Il fut appelé à ce conseil réuni, le peintre maître Nicolas Richard, qui accepte la commande avec les obligations,  de fournir et de rendre le travail avant la fin du mois de Juin suivant,  d’y représenter  la ville avec aux coins, Notre-Dame, St Anatoile et St Claude, qu’au dessous de ce tableau seraient quelques inscriptions, que cette carte aurait la longueur de douze pieds et six pieds de large selon le modèle crayonné par le peintre sur l’un des murs de la grande chambre du conseil.

Marché convenu pour la somme de 100 francs et 3 francs pour les vins, avec une avance de 18 francs et les 3 francs de vin.
Il est aussi convenu que dans ladite carte, les faubourgs de la ville et les ermitages y seront dépeints.
Antoine Prince menuisier, s’engage lui aussi, à réaliser dans 3 semaines, le cadre du tableau en noyer, de 9 pouces de large.

Tableau de Nicolas Richard, peint en Juin 1630.
Tableau de Nicolas Richard, peint en Juin 1630.

 (Nicolas Richard est né vers 1590, il épouse le 9 février 1614 Clauda Lardon qui décède de la peste le 29 octobre 1638, il se remaria le 17 décembre de la même année avec Marguerite Grenaud.
Les travaux de l’artiste furent : mandement du 5 Aout 1627 de 49 francs pour onze pièces de peinture représentant les ducs de Bourgogne et l’empereur Maximilien, le 29 Janvier 1632 mandement de 30 gros pour avoir peint un écusson aux armes de la ville de Salins, en 1657 mandement de 40 francs pour avoir restauré les peintures de l’Oratoire près des Carmes et le guidon de la trompette de la ville de Salins.
Il meurt le 29 janvier 1659 en la paroisse de Notre-Dame.

Selon le catalogue des collections des Musées de France, la notice du tableau de Nicolas Richard représentant la ville de Salins, n° d’inventaire ancien 90 ; 183, indique que la toile a les dimensions de  348 cm de longueur sur 148,5 cm de hauteur, le pied ancien de Besançon étant de 31,40 cm, le tableau inventorié mesure donc 11 pieds et un peu moins d’un pouce de long et 4 pieds et près de 9 pouces de haut.
Exposé en la basilique Notre-Dame de Gray jusqu’au XVIIIe siècle, le tableau vint à se détérioré, il fut envoyé à Salins où il fut oublié dans une quelconque réserve,  jusqu’à ce qu’un peintre Bisontin Pierre Jean Mazerand  s’intéresse à l’œuvre d’art oubliée, il se propose de lui redonner vie, il commence à la remettre sur un châssis et durant six mois il la restaure.
Le tableau ainsi restauré fut accroché à la moitié du XIXe siècle dans l’une des salles de l’hôtel de ville de Salins.
Il intégra plus tard le musée Max Claudet à Salins et aujourd’hui il est exposé sous verre dans un compartiment au musée du sel de la Grande Saline à Salins.)

Le conseil sollicite le Révérend Abbé de Goailles l’abbé Bernard de Mallarmé pour connaitre le nombre de religieux qu’il pourra joindre à la procession.
Les sieurs vénérables de l’église de St Anatoile accordent que la relique insigne, le chef de St Anatoile sera de la procession, porté dans une litière.
En raison de la grande valeur des pierres précieuses enchâssées dans le reliquaire, un inventaire est commandé à l’orfèvre Jean Perrey.
Seront préposés à la garde du reliquaire, 24 mousquetaires et 12 hallebardiers.
(La relique insigne de St Anatoile ou le chef-relique du Saint  est représentée sur une tenture dite du Miracle de l’eau, tapisserie de près de 15 m2 exposée au Musée du Louvre provenant d’une commande faite par les chanoines de St Anatoile en 1502 pour un marché de 14 pièces destinées à orner la nef de la collégiale) .

 

Tenture de St Anatoile de Salins, le miracle de l’eau, 1502-1506, musée du Louvre.
Tenture de St Anatoile de Salins, le miracle de l’eau, 1502-1506, musée du Louvre.
Détail tenture, le miracle de l’eau, relique St Anatoile.
Détail tenture, le miracle de l’eau, relique St Anatoile.

 Il est délibéré qu’il sera offert à Notre Dame de Gray,  6 grands flambeaux de cire blanche de 4 livres chacun, 2 grands cierges de 2 livres aux armes de la ville et 6 autres cierges d’une ½ livre qui seront allumés durant la cérémonie en la chapelle à Gray, chaque ecclésiastique portera un cierge d’un ¼ de livre fourni par la ville, que chacun offrira et laissera en la chapelle de Gray.
Les prieurs des Confréries de la ville sont invités à faire porter leurs grands cierges lors de la procession.
Le Conseil demande aux  Supérieurs des Capucins, Jésuites, Cordeliers, Prêtres de l’Oratoire d’envoyer des religieux pour la procession.

Le 23 Mai, le conseil accepte que des manteaux neufs soient confectionnés pour les sergents de la ville, MM .Vernier et  Huguenet échevins sont commis pour l’achat des étoffes et de leurs réalisations.
Le 31 Mai, le conseil, le clergé et les notables réunis décident de l’ordre de prédication durant la procession.
Il est décidé qu’à la sortie de Salins, un père Capucin fera la prédication, à Quingey le sieur chanoine Denis Bouteillon, à Marnay le R.P. jésuite Broc, à Gray le sieur Mourelot maître et recteur de l’hôpital du St Sépulcre.
Au retour à la sortie de Gray un père Capucin, à Marnay le R.P. Perrier Cordelier, à Quingey un père de l’Oratoire, à Salins un Capucin.
Le 4 Juillet, le Mayeur fait état qu’il s’est transporté la veille à Bracon avec plusieurs membres du conseil au lieu où le conseil souhaitait le plus rapidement faire édifier une chapelle à St Claude selon le vœu émis le 4 Octobre 1629 et pour y rencontrer un architecte des Carmes déchaux.
Le 18 Juillet, le Maire et M. de Salgret sont commis pour porter le présent de St Nicolas de Tallantin.

Le 3 Octobre, le conseil reçoit l’avis que la peste est à Gray, confirmation faite le 6 Octobre.

Le 31 Janvier 1631, un mandement de 4 francs est établi à Jacques Nouveau procureur-syndic pour transcription sur parchemin du vœu de la procession à Gray.
Le nouveau Mayeur élu fut Antoine de Saint-Mauris. (Antoine de Saint-Mauris Montbarrey était  seigneur de Lemuy, Montbarrey, Cramans, fils de Jean de St Mauris professeur à l’université de Dole, conseiller au Parlement à Dole, Conseiller d’Etat, ambassadeur de Charles-Quint à la cour de France et Président du conseil d’Etat aux Pays-Bas).

Du 27 Juillet la peste ayant cessée le conseil délibère que la procession sera faite après les vendanges.
Le 3 Aout, après délibération suite aux réactions des vignerons de Salins, la procession partira de Salins le 23 du mois.
Le 14 Aout, le procureur-syndic ayant été envoyé à Dole, pour connaitre l’avis du Parlement sur l’opportunité de la date de la procession, à cause des soupçons de contagion de peste dans des villages du coté de Gray et des troubles survenus entre le Roi de France et son frère retiré et accueilli à Besançon,  rapporte que la Cour s’en remet à la discrétion du Magistrat.
Il fut décidé que 300 personnes comprenant les ecclésiastiques suffiront pour la procession et que la ville sera bien gardée pendant ce temps.
Le portier de Chambenoz était Michel Humbert qui reçu le 4 septembre 1631, 30 sols pour avoir tiré des mortiers le 24 Aout lors de la sortie de la procession de Salins.
(Il est vrai que fin Mars 1631, le frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans s’étant révolté contre son frère avec le Duc de Montmorency s’enfuit en Lorraine mais poursuivi par les troupes Royales, acculé il obtint l’accord de venir à Besançon ville neutre Impériale, avec plus de 2 000 hommes de guerre).
Le 15 Aout, les églises du chapitre informe le conseil du nombre de gens participant la procession, à savoir :
De Saint Anatoile, 15 prêtres, les bedeaux et les enfants de chœur.
De Saint-Michel, 3 prêtres.
De Saint Maurice, 10 prêtres avec les bedeaux.
De Saint Jean, 3 prêtres avec les bedeaux.
De Notre-Dame, 4 prêtres avec les bedeaux.
Le procureur-syndic est invité à informé Quingey, Marnay et Gray du passage de la procession.

Le 18 Aout, l’échevin le docteur Coquelin et le conseiller François Boutechoux font savoir au conseil que 120 hommes et garçons ainsi que 80 femmes et filles de St Anatoile seront du cortège de la procession.
Le 19 Aout, pour la garde et l’encadrement de la relique-insigne de St Anatoile, il est convenu que toutes les paroisses nommeront au total 24 jeunes hommes mousquetaires qu’arquebusiers et 8 hallebardiers, le chariot portant la relique sera précédé de 2 enfants de chœur portant chacun un cierge.
Le 21, le procureur-syndic de retour fait état que les logements et vivres sont pourvus dans toutes les villes traversées .
Les officiers du bailliage, invités à la procession acceptent à la condition de bénéficier de la préséance. Ils sont remerciés poliment de ne point venir sous cette condition.
(On retrouve cette émergence de conflits de pouvoirs, de prérogatives et d’intérêts  dans les récits de Girardot de Nozeroy  entre les lieutenants du bailliage et les représentants du Parlement, abordant ce sujet dans son ouvrage lors de la dernière invasion des Français avec Villeroi avec ses faucheurs de bleds en Juin 1640 :
« le marquis s’estoit plaint aux Pays-Bas qu’il n’y auoit en Bourgogne nulle obeissance à ses ordres militaires et que tous les malheurs passez procedoient de ce chef, que les villes et villages ne recognoissoient personne que le parlement …L’infant luy dit de se faire obeir aux choses militaires…il est ordonné aux lieutenants des baillis d’employer l’authorité du Roy et se servir du fisc pour faire obeir les sujets aux ordres des gouverneurs… » Source bibliographique : Jean Girardot de Nozeroy, Histoire de dix ans de la Franche-Comté de Bourgogne, 1632-1642, pp 251-252).
Seulement 7 des échevins viendront avec la procession.
Le 22 Aout, il est accordé, à l’orfèvre Jean Perrey 4 écus d’avance sur ses frais du voyage étant commis pour la garde et la surveillance des bijoux et pierres de la relique de St Anatoile ; au procureur du couvent des  R.P. Cordeliers pour les aider aux frais de leurs voyages.
Le tableau de Nicolas Richard ainsi que son cadre seront transportés dans le chariot des habits d’autel.
Le 23 Aout, la procession avec plus de 600 personnes après une messe à St Anatoile se met en route, en sortant de la ville par la porte de Chambenoz  en direction de Notre Dame de Gray.

Elle en reviendra le 31 du mois, après un périple pédestre de 150 kms au total.

Cette procession marqua la fin des cérémonies religieuses.
Elle est évoquée avec beaucoup de détails dans : Mémoires et documents inédits, pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, académie de Besançon, 1839 Tome 2 au chapitre, p 487-499 : Récit de la Procession faite en 1631, par les habitants de Salins, à N-D de Gray, pour la remercier de la cessation de la peste qui avait désolé la province, par l’abbé Robin aumônier du collège de Lons.

L’épidémie de peste aurait coûtée peut être la disparition de la moitié de la population de Salins  soit 3 000 décès dus à la peste,  selon les données fournies par P.Delsalle dans : Vivre en Franche-Comté au siècle d’or XVIe-XVIIe siècles, Septembre 2006, p 308.

Le tableau de Nicolas Richard est en soit une œuvre remarquable.
Le rendu du travail de l’artiste montre autrement que la volonté de reproduire sur la toile les exigences des commanditaires ; les allégories dominantes à caractères religieux,  la précision graphique de tous les éléments du paysage, par la vue cavalière de la ville entière, les détails architecturaux de tous les édifices de la cité fait que cet ensemble est  une référence et un appui historique majeur de cette période.

Ainsi l’exemple dans celui-ci de pouvoir détailler la Grande Saline est impressionnant de réalisme.

Détail du tableau de Nicolas Richard peint en Juin 1630, la Grande Saline.
Détail du tableau de Nicolas Richard peint en Juin 1630, la Grande Saline.

Selon les commentaires écrits laissés par C.Gauthier dans l’hebdomadaire Le Salinois de 1852, son contemporain le peintre Pierre Jean Mazerand souhaitant vulgariser l’œuvre de Nicolas Richard, après l’avoir restaurée, en fit une grande lithographie avec une exactitude parfaite, appuyée d’une importante légende destinée à expliquer le vieux Salins, qui selon C.Gauthier  de rajouter : « Tous les Salinois qui ont quelque souci du passé, qui aiment leur ville natale comme on doit l’aimer, voudront avoir cette estampe… »

Il est bon de savoir qu’une gravure du XIXe siècle de Besançon, intitulée : « Salins en 1628 d’après le Tableau original de Richard, placé au Musée de l’Hôtel-de-Ville en 1851. Jusqu’au N°35, la légende est la reproduction exacte de l’original » est attribuée à Valluet jeune, XIXe siècle, Besançon. (Source : bibliothèque ancienne de Salins-les-Bains).
Les frères Valluet étaient des lithographes Franc-Comtois dont Jean François qui était associé en 1832  avec son frère François Xavier à Besançon dans une imprimerie.
Ils délocalisent celle-ci en 1833 à Battant dans la maison des Petits Carmes (source bibliographique: Charles Weiss, Presses Univ. de Franche-Comté, 1981, p 267).
A la mort de son frère en 1835, Jean François le remplace et reprend son brevet de lithographe qu’il exerce jusqu’à sa mort en 1867 (source bibliographique: Archives Nationales F18 1903).

Le doute demeure à savoir si cette représentation est bien de Jean François Valluet dit le jeune ou est-ce le résultat du travail du peintre Mazerand  tel que le décrit Charles Gauthier.

Gravure, Salins en 1628 d’après le tableau original de N.Richard, placé au musée de l’Hôtel-de-Ville en 1851, bibliothèque ancienne de Salins les Bains.
Gravure, Salins en 1628 d’après le tableau original de N.Richard, placé au musée de l’Hôtel-de-Ville en 1851, bibliothèque ancienne de Salins les Bains.

Cette gravure est identifiée dans les archives de la ville (Source d’archives : ACS série R 1662) aux catalogages des œuvres d’art présentes au Musée de Salins dans un ensemble de 51 pages manuscrites, format petit cahier à lignes horizontales intitulé : « Catalogue du musée de Salins (copie) », sans date ( selon la chronologie des dons, cet inventaire se situerait après 1916 ) ni l’identité de l’auteur , feuillets manuscrits recto verso, structuré en 4 parties avec pour chacune d’elles l’ identification des pièces comportant un  N° d’inventaire que l’on retrouve correctement dans les fiches des bases de données Joconde (portail  des collections des musées de France).
Schéma de ces 4 chapitres :
A tapisseries de 1 à 3 dont les 2 tapisseries flamandes commandées par les chanoines de St Anatoile évoquées plus haut,  donc en possession et toujours présentes au musée de Salins lors de cet inventaire.
A sculptures de 11 à 76.
A peintures de 101 à 189.
A estampes de 251 à 266.
A archéologie de 1 à 19.
A la section peinture,  au N° 183 est commenté une pièce : « la ville de Salins en 1639 » précisant que celle-ci est actuellement à l’Hôtel de ville et d’écrire que ceci a été peint par Richard Nicolas né à Salins en 1609.
Ce descriptif présente 3 erreurs.
1° pour la date mentionnée,  non pas « la ville de Salins en 1639 » mais en réalité « Salins en 1628 »
2° la gravure n’a pas été réalisée par Nicolas Richard mais soit par Valluet le jeune soit par Pierre Jean Mazerand.
3° Nicolas Richard n’est pas né en 1609 mais en 1590.

Salins, plan du musée en 1902, salle des tapisseries, ACS série R 1662.
Salins, plan du musée en 1902, salle des tapisseries, ACS série R 1662.

Ci-dessus plan du musée de salins en 1902 dit de Max Claudet, situant la salle où les deux tapisseries de Bruges, la VIIIème  et la XIIème (de 14,8 m2 chacune) étaient exposées.

Des 14 pièces des tapisseries de laine et soie où étaient retracé la vie de Saint Anatoile, tapisseries présentent autour du chœur de l’église St Anatoile, confirmé par un inventaire du mobilier de l’église en 1646; il n’en restait en la ville de Salins  en 1902 plus que 2 celles exposées au Musée Max Claudet.
Si ces seules pièces survivantes nous renseignent surtout pour celle du miracle de l’eau (la XIIème) sur des éléments structurels techniques d’importance, constituant le mode de fonctionnement du Puits à Muire, il est regrettable de ne pas pouvoir étudier les VIème, VIIème , XIème et XIVème ( Bataille de Dournon 1492) où figurèrent des moments historiques  de la cité de Salins.
Le futur musée de Salins qui doit voir le jour dans la Maison du Grand Puits, l’un des  plus anciens bâtiments édifiés de Salins-les-Bains, intégralement parvenu jusqu’à nous, à part sa charpente et sa toiture,  ne pourrait-il pas être honoré de se voir réintégrer ces deux tapisseries du début du XVIe siècle réalisée par Katherine Hasselet de l’atelier de Jean de Wilde son époux alias Sauvage à Bruges ( ADJ G 1042), tapisseries situées aujourd’hui au Louvre, acquises de la ville de Salins sur le legs Audéoud , 1914 (N° inventaire musée du Louvre, OA 6705).
Quel est ce legs ?
Le centre d’études et de documentation du département des objets d’arts du Musée du Louvre en la personne de Mme C.Duvauchelle sa responsable  nous communique les essentielles informations historiques sur ce legs.
In fine ces deux tapisseries  n’ont pas été léguées directement, Jules Maurice Audéoud dans son testament institua l’état Français comme son légataire universel en faisant obligation au Musée du Louvre de consacrer sa fortune s’élevant à plus 7 1/2 millions de franc-or à l’acquisition d’œuvres d’art.
Ainsi après le décès en 1907 de J.M.Audéoud, le Louvre dès 1910 avec les arrérages de cette fortune s’employa à entreprendre de multiples acquisitions et en 1914 a acquis  auprès de la ville de Salins ces deux tapisseries (N° inventaire musée du Louvre, OA 6704 et 6705).
Mais alors comment se fait-il que la ville de Salins en 1914 ait pu se dessaisir de tels chefs d’œuvres ?

La 3ème tapisserie, dite  la XIIIème représentant le « Levée du siège de Dole » haute de 4,2 m et de 6,62 m de longueur, immense pièce de près de 28 m2 (la commande fait état d’une pièce de 30 aunes et pour la dernière pièce du double !).
Cette XIIIème faisait partie de la tenture de 14 pièces réalisées par cet atelier de Bruges d’une commande enclenchée par les chanoines de Saint Anatoile , elle fut donnée aux Gobelins par Frédéric  Spitzer  en 1875 (Source bibliographique : Les modèles et le musée des Gobelins, notices par Jules Guiffrey, 1900), qui l’avait achetée en 1872.
On retrouve la trace de cette tapisserie pendant la Révolution, elle fut achetée à Salins par l’abbé Monnier ( donnée du Louvre; mais dans les extraits de l’Almanach historique de Besançon et de la Franche-Comté sur  l’administration religieuse de Salins en 1784 on ne relève aucun trace d’un abbé dit Monnier aussi bien pour les Chapitres, paroisses, collèges, familiers, couvents, hôtel Dieu), cet abbé la légua à une famille de Dole conservée par celle-ci jusqu’en 1870.
Par un manuscrit détenu en la bibliothèque de Dole (http://patrimoine-archives.grand-dole.fr/ark:/naan/a0114534519530ZMBpi) celui-ci nous renseigne que l’abbé Monnier alors détenu au fort St André a bien achetée cette pièce extraite de l’église durant la Révolution et qu’à sa mort cette oeuvre d’art est « passée » à M. Froissard.
La recherche d’éléments d’archives dans cette direction continue !
Qui était cet abbé Monnier ? Pourquoi était-il détenu au fort St André, quand et jusqu’à quelle date ? Est-il décédé à Salins et qui est M.Froissard ?
A qui F.Spitzer l’avait-il achetée ?
L’avait-il acheté légalement ?
Le baron Fréderic Samuel Spitzer était au milieu du XIXe siècle l’un des principaux vendeurs et acheteurs d’art d’Europe, à la fin de sa vie, sa collection a fait l’objet d’enchères publiques  qui rapporta 10 millions de Francs de l’époque, la XIIIème tapisserie avait été évaluée à l’époque du don aux Gobelins à hauteur de 20 000 francs.
Cette collection fut principalement achetée par un autre collectionneur privé l’Anglais Georges Salting qui légua ensuite celle-ci aux musées  Anglais.

Conclusions.

Les historiens qui ont travaillés sur les épidémies de peste en Franche-Comté considèrent que la peste de 1629 n’a pas été la plus meurtrière.
G.Louis signale que l’épidémie pesteuse de 1628 à 1633 fit dans l’ensemble peu de victimes, que celle de 1635-1640 fit plus de ravage, elle atteignit l’Europe toute entière, que le foyer d’origine fut le Tyrol et la Bavière, que dès Juin 1635 toutes les terres frontalières du Comté furent infectées et qu’en l’espace de quelques mois plus de 140 localités furent atteintes,  en 2 ans elle traversa la Comté du Nord-Ouest au Sud-Est. (Source bibliographique: G. Louis, La guerre de Dix ans, édit.2005,  pp 142-150).
En Juin 1637 à Salins plus de 150 maisons furent barrées.
Brusquement à Salins durant l’automne 1640 la contagion s’arrêta, l’église pour rendre grâce au ciel, décida d’entreprendre une procession solennelle et de grandes messes y furent célébrées.   L’estimation de ce ravage coûta la vie à plus de 100 000 Francs Comtois.

Ce qui en reste matériellement ce sont ces œuvres d’art, celle du tableau de Nicolas Richard, de faire connaitre qui fut bien réalisé courant Juin 1630 et non pas en 1628 comme le montre ce cliché photographique de la gendarmerie pris lors d’un inventaire des œuvres visibles au musée Max Claudet pour Mme Jeandot (Source d’archives : ACS série R 1662) ou d’autres mentions multiples bibliographiques rattachées à ce monumental tableau.

Photographie du tableau de Nicolas Richard au musée Max Claudet, ACS série R 1662.
Photographie tableau de Nicolas Richard au musée Max Claudet, ACS série R 1662.

De l’église votive Notre-Dame-Libératrice construite sur un sanctuaire à partir de 1640 en remerciement à la Divine et Protectrice Vierge Marie d’avoir su épargner Salins des ravages des épidémies de peste et de guerres ; monument religieux très particulier dans sa conception unique architecturale, son aspect extérieur dominant par son impressionnant dôme recouvert de tuiles jaune vernissées, à double campanile,  que par son environnement actuel, les bâtiments de l’hôtel de ville l’englobant.

Détail plan manuscrit de Salins en 1754, Chapelle ND Libératrice, bibliothèque ancienne Salins.
Détail plan manuscrit de Salins en 1754, Chapelle ND Libératrice, bibliothèque ancienne Salins.

 

Salins, Notre-Dame-Libératrice, G.Coindre 1903.
Salins, Notre-Dame-Libératrice, G.Coindre 1903.

 

Salins, cadastre actuel, ND Libératrice.
Salins, cadastre actuel, ND Libératrice.

De l’incertitude sur l’auteur de la gravure de « Salins en 1628 » copie parfaite en noir et blanc du tableau de Nicolas Richard.
De nos attentes du devenir sur la mise à disposition du public des archives de Salins antérieures à 1790 se trouvant à être explorées et étudiées aux Archives départementales à Montmorot.

 

G.Vandais.
Moutaine le 01 Janvier 2017.

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