Le Maréchal Ney dans le Jura !


Sa venue dans le Jura fut sa perte !

Qui n’a jamais entendu parlé du « Brave des braves » ou « Den tapfesten der tapfesten« , Duc d’Elchigen, du prince de la Moskova, Maréchal d’Empire sous Napoléon 1er, Pair de France .
Il fut l’une des 110 victimes en 1815 d’une épuration violente qui le condamnera par ces pairs pour satisfaire aux désirata sournois des occupants Anglais et la coalition.

Sur un vote de 161 voix il fut condamné à la peine capitale par 128 voix.

Lorrain de naissance, il serait Allemand aujourd’hui, Sarrelouis (Saarlouis) est  effectivement la ville qui l’a vu naître, très près de la frontière Franco-Allemande, ville-forteresse édifiée sur les ordres de Louis XIV, 90 ans avant la naissance de Michel Ney.

Il est le second fils de Margarethe Grewelinger et de Pierre Ney tonnelier de son état au 13 Bierstrasse (cela ne s’invente pas !) car en effet aujourd’hui en lieu et place de sa maison natale se trouve un restaurant  portant comme enseigne : Auberge Marechal Ney, tenu par un Italien, si vous souhaitez y goûter sa cuisine, en voici déjà un aperçu.

Ney peint par Gérard 1812.
Ney peint par Gérard en 1812.

Cette ville reviendra à la Prusse en 1815 par ceux-là mêmes  qui l’on combattu à Waterloo.
En 1946 durant l’occupation de l’Allemagne, Saarlouis était dans la zone attribuée à la France, à cette période, celle-ci y fit ériger sur l’Île Vauban, une statue représentant  Ney , toujours debout.

Statue de Ney à Saarlouis sur l'île Vauban.
Statue de Ney à Saarlouis sur l’île Vauban.

Mais pourquoi le Jura fut sa perte ?

Nous sommes en 1814 précisément le 6 Mars au château des Coudreaux à Marboué en Eure et Loire.
Le château des Coudreaux est situé en bordure de la RN 10, entre Chartres et Châteaudun, après avoir traversé Flacey, sur la gauche, avant d’arriver à Marboué.

Situé dans un parc magnifique, dessiné sous la Restauration par Berthault, le château des Coudreaux est une vaste gentilhommière du XVIIIe siècle, aux lignes sobres.
Il se compose d’un corps de logis élevé de trois niveaux, flanqué de deux pavillons en saillie sur chacune des façades, et cantonné de tours cylindriques coiffées de poivrières. Sur la droite, au-delà d’une petite chapelle, s’étendent les communs et la ferme, agrémentés d’un très beau potager.

Le logis manable des Coudreaux, cité dans un acte de 1657, comprend deux pavillons, dont l’un flanqué de deux tours, construits sur un terre-plein pavé, bordé de dépendances et entouré de douves en eau.
Son aspect actuel lui vient des profonds remaniements opérés à partir de 1742 par Louis-Joseph Renard, qui l’acquit de la famille de Montboissier, dont les boiseries de l’église de Marboué rappellent la munificence.
Son successeur, Pierre-Félix David, gouverneur des îles de France et de Bourbon, poursuivit les travaux à partir de 1755, fit combler les fossés et construire de nouvelles dépendances à distance du château.

Le 29 Juin 1808, la demeure fut acquise par Michel Ney à H.Delamotte Ango Deflers (comte de Flers), il y séjourna pendant près de sept ans, dès que ses campagnes lui en laissaient le loisir.
Après la campagne de France (
durant la 1ère Restauration et devant l’attitude exécrable de la noblesse revenue au pouvoir à l’égard des  anciens de l’Empire)  il se retire en février 1815 aux Coudreaux mis en disponibilité de l’armée.
Il avait auparavant le 21 Juin 1814 reçu la charge de gouverneur de la 6 ème division militaire de Besançon.

Château des Coudreaux, Marboué.
Château des Coudreaux. Marboué, Eure et Loire.

Selon les souvenirs d’Octave Levavasseur ( Levavasseur était un officier d’artillerie, qui  fut l’un de ses aides de Camp de Juin 1807 à Juin 1815),  présent auprès du Maréchal ce jour-là, le 6 Mars sur les 18 heures,  un officier aide de camp du Maréchal Soult ministre de la guerre apporte à Ney aux Coudreaux l’ordre de se rendre sans délai à son Gouvernement de Besançon, annonçant au demeurant sans plus et sans en connaître les motifs, que plusieurs aides de camp étaient envoyés dans d’autres directions avec le même ordre ( cet officier est Anne-Joseph Renaud de Saint-Amour, Major à l’état-major de Soult) .
Au lieu d’exécuter cet ordre, Ney ordonne à Levavasseur de se rendre à Paris pour annoncer à Soult sa venue, espérant connaitre auprès du Duc de Damaltie les motifs de ces dispositions non détaillées et de récupérer ses uniformes.
Ney arrive le 7 Mars au matin à son Hotel de Paris directement, sis N° 74 et 76 rue de Bourbon (aujourd’hui rue de Lille dans le 7 ème arrondissement) .
L’Hotel du 76 rue de Bourbon était nommé l’Hotel Saisseval.

 

Rue Bourbon hôtel Bethune-Charost avant 1789.
Rue Bourbon Hotel Saisseval avant 1789.

Il acheta cet Hotel le 7 Janvier 1805 à Claude-Louis Marquis de Saisseval.
En 1779, le marquis de Saisseval avide de spéculations immobilières dans Paris, fit l’acquisition d’un terrain situé entre la rue de Bourbon et le quai d’Orsay.
Il rejeta le projet de Claude-Nicolas Ledoux ( bien connu en Franche Comté: La Saline Royale d’Arc-et-Senans ) et lui préféra celui d’ Antoine-Charles d’Aubert architecte demeurant 22 rue Neuve-Saint-Roch, qui fit construire sur la parcelle deux hôtels, l’un pour le Marquis et l’autre pour son beau-père, M. du Roure.
L’Hotel du Roure est identifié comme étant à droite de l’Hotel Saisseval.
Les biens  furent vendus après la  mort de Ney, le 27 Novembre 1820 à M. Boulanger.
Le cadastre dit Napoléonien de Paris 1810-1836, représente cet ensemble situé dans l’ancien 10ème arrondissement 40ème quartier du Faubourg Saint-Germain dans l’îlot N°16.ayant 2 accès rue Bourbon au 74 et au 76, par 2 portes cochères symétriques.

74-76 rue Bourbon Paris Cadastre 1810-1836.
74-76 rue Bourbon Paris, cadastre 1810-1836.

L’ entrée du  N°74 donne accès sur un long passage distribuant à droite, une écurie et une petite cour de rangement pour les voitures à chevaux et aboutissant à une cour fermée et à l’ensemble de l’Hotel.
Cet ensemble est constitué d’un corps principal parallèle au Quai d’Orsay avec un grand escalier Nord donnant directement sur le Quai, orné d’un ordre imposant.
Coté Sud de cette partie centrale sur la cour intérieure, une demi-rotonde centrée sur la façade Sud, avec à l’intérieur deux escaliers, positionnés face à face accolés à l’arrondi pour les étages supérieurs, perpendiculaires au bâtiment central, deux ailes de même importance, avec chacune un escalier extérieur distribuant l’Hotel.
L’extrémité Sud de l’aile gauche aboutie à un escalier extérieur donnant sur une autre cour intérieure jointant l’accès du N°76.
Cette entrée du N°76 distribuant par un passage de part et d’autre, un logis et une écurie à droite, un espace avec puits et un logis à gauche.
Trois puits sont représentés. Le 1er dans cet espace donnant sur la rue Bourbon, le second dans la cour intérieure du N° 76, le 3ème dans l’espace donnant sur les écuries du N° 74.
Aujourd’hui, cet ensemble a disparu, il y avait entre la rue Bellechasse et cet hôtel un autre ensemble bâti par l’architecte Pierre Rousseau pour le Prince Salm-Salm (principauté située en Lorraine, cette enclave est rattachée à la France en 1793) remanié en 1804 il abrite maintenant le Musée National de la Légion d’Honneur.

Paris rue de Lille
Paris rue de Lille 2016.

Ney en arrivant à son domicile était en autre attendu par son notaire M. Batardy, venu lui apporter son traitement de Février, lui annonçant le premier, la nouvelle du débarquement de Napoléon sur le sol Français à Golfe-Juan.
Ney en fut atterré.
Il se rendit aux Tuileries chez  S.A.R Mgr le Duc de Berry le sollicitant d’obtenir pour lui une audience auprès du Roi, puis alla chez le ministre de la guerre espérant obtenir de celui-ci des réponses aux dispositions prises pour déjouer les projets de Napoléon.
Ce qu’il n’obtint point, le ministre refusa de s’expliquer sur ceci alléguant que le général de Bourmont en place commandant la 6ème division militaire ( depuis le 18 Mai 1814) avait déjà reçu des ordres et que ces ordres lui seraient transmis dès son arrivée à Besançon.
Ce refus est bien étrange et curieux de la part de Soult  !
Savait-il déjà que son éviction en tant que ministre allait tomber le 11 Mars ?
Savait-il que Ney ignorait que selon ses ordres les troupes de cette division militaire étaient fortement disséminées et mal équipées ?
Lorsque Ney l’informa de son désir de voir le Roi, Soult le lui déconseilla fortement, prétextant que S.M était souffrante.
Curieux comportement envers Ney, pour celui qui dès l’arrivée de Napoléon de l’ile d’Elbe adresse aux armées une proclamation qualifiant Bonaparte d’usurpateur, d’aventurier puis 2 mois plus tard sera nommé major-général de l’armée.
Ney fut reçu toutefois chez le Roi le 7 Mars vers 11 heures dans son cabinet en présence du Prince de Poix et du Duc de Duras.
Il s’inclina devant le Roi le remerciant de la confiance qu’il mettait en lui et qu’il partait avec la ferme résolution d’aller combattre Bonaparte.
Le Roi lui répondit en lui prenant la main :
« Partez, je compte bien sur votre dévouement et votre fidélité. »

Ney dans un élan stupide et irréfléchi, baisa la main Royale et prononça cette phrase devenue célèbre :
 » Sire, j’espère ramener Bonaparte dans une cage de fer. »

Emile Jean Horace Vernet, scène de la vie de Napoléon, Musée Condé, Chantilly.
Emile Jean Horace Vernet, scène de la vie de Napoléon, Musée Condé, Chantilly.

Il arriva à Besançon le 10 Mars dans l’après-midi, il y trouva les instructions du ministre de la guerre, qui lui recommandait :
 »
de réunir le plus de forces possibles pour seconder les opérations de S.A.R Monsieur, frère du Roi, alors à Lyon, et manœuvrer de manière à repousser et détruire l’ennemi. »
Le plus de forces possibles ?
Quelles forces ?

Le Général de Bourmont à Besançon le 8 Mars avait déjà expédié tous les disponibles vers Lyon par Lons-le-Saunier, ne restait sur place que 400 à 500 hommes des dépôts de fidélité suspecte.
C’est ce même général, ancien Vendéen qui à la veille de la bataille de Waterloo (plutôt de Ligny), le 15 Juin vers 8 heures à Florennes, commandant la droite du général Gérard au sein du 4éme corps, déserta en passant chez les Prussiens accompagné de l’adjudant-commandant Clouet, de l’officier d’état major Villoutres et de 3 aides de camp (Capitaines d’Andigné présent à Lons en Mars au coté de Bourmont, de Trelan et Sourdan) .
Présenté à Blùcher à Sombref vers les 16 heures de ce jour, le feld-maréchal rétorqua :
« Qu’importe la cocarde blanche, un coquin est toujours un coquin. »

Ney devait seconder le Duc de Berry, Charles-Ferdinand d’Artois le frère du Roi comme lui imposaient les ordres !
Mais comment ?
Le Duc de Berry était resté à Paris !
Maintenant il devait prendre ses ordres  auprès du  Comte d’Artois normalement présent à Lyon et lui écrivit qu’il se considérait comme inutile à Besançon et le priait de l’employer à commander l’avant garde de son armée.
Dans la foulée il écrivit ( le 10 Mars à 16 heures) à Soult de ses incertitudes et des difficultés de sa situation.
Il n’y aura pas de réponse du Comte d’Artois, il avait fui Lyon devant l’arrivée de Napoléon.

Il quitta Besançon le 11 Mars en compagnie de Bourmont et du baron de Préchamp chef d’état major de Bourmont, après en avoir instruit par écrit Soult et consulté le Duc de Maillé (Charles-François-Armand, 2ème  duc de Maillé de La Tour-Landry qui venait d’arriver de Lyon le 10 Mars, sur les ordres du Comte d’Artois devait transmettre au Duc de Berry les événements survenus à Grenoble, ce qui ne l’empêcha point de filer ensuite sur Paris , royaliste dans l’âme qu’il était).
Sa décision était prise, qu’il valait mieux se rendre de suite à Lons pour y regrouper les troupes en marche sur Lyon, il en donna les ordres en conséquence à Bourmont pour que celui-ci puisse les transmettre. 

Il pris la route Royale du Sud-Ouest de Besançon à Lons-le-Saunier, longue de 19 lieues 1/2 et 383 toises (soit près de 96 Kms) dans une voiture attelée.
L’itinéraire emprunté devait être le même que celui décrit dans le « guide » de 1789, à savoir :
Porte de Malpas de Besançon à Beure  1914 toises.
Beure à Busy  3415 toises.
Busy à Quingey 4487 toises. (la toise correspondrait à 2, 4 mètres)

Carte Besançon-Mouchard J.E Woerl 1826
Carte Besançon-Mouchard J.E Woerl 1826

Il s’arrêta à Quingey à l’auberge de la poste (il avait parcouru un peu moins de 20 kms) envoya à Ruffey-le-Château ( ville de résidence de sa mère, Claude-Jacques Lecourbe alors âgé de 56 ans, promu général de division à 40 ans, en Janvier 1815 il est nommé par le Comte d’Artois inspecteur général de l’infanterie pour la 6ème division militaire, en tant que second de Ney, il sera témoin des événements de Lons à l’auberge de la pomme d’or) le chef d’escadron de la gendarmerie porter une lettre à Lecourbe écrite la veille, lui donnant l’ordre de prendre le commandement supérieur de Besançon mais de le rejoindre à Lons.

Lecourbe décéda à Belfort le 23 Octobre 1815.
Durant l’instruction du Maréchal Ney il fut questionné à Belfort sur les événements de Lons, auxquels il répondit :
« Je ne puis assurer si le Maréchal Ney, avec ses troupes, eût pu arrêter le torrent; je crois qu’il n’était plus temps. J’ignore s’il y a eu des agents de Bonaparte pour débaucher ses troupes. Dans ce cas, ils auraient obtenu une influence bien pernicieuse. »

A Quingey, Ney reçu aussi le Marquis de Sorans aide de camp de Monsieur et M. Renaud de St Amour adjoint à l’Etat -major de l’armée parti de Paris le 7 Mars porteur d’ordres pour les différents chefs de corps (déjà reçu en son château des Coudreaux).
Celui-ci arrivait de Lyon ayant appris du Maréchal E. Macdonald gouverneur de Lyon , les événements de Grenoble (Ce maréchal aussi fuya Lyon devant la progression de Napoléon, il parti de Paris avec le Roi dans la nuit du 19 au 20 Mars 1815).

 

Quingey hotel de la Poste
Quingey hôtel de la Poste.

Ney ayant appris par les deux voyageurs, la situation à Lyon, l’état d’esprit, de la population et des troupes rencontrées en cours de route favorable à l’Empereur, d’un pli cacheté de Soult contenant des contre-ordres donnés à divers corps de refluer sur Moulins, fut choqué et sa réponse fut :
 » J’irai, quand il ne me resterait que des officiers et des sous-officiers. Je tuerai le premier qui refusera de marcher et je tirerai moi-même le premier coup de fusil. »
Il demanda au Marquis de Sorans de le suivre et renvoya Mr de St Amour à Besançon avec un ordre au directeur de l’artillerie, pour acheminer des approvisionnements en munition sur Lons.
Ney continua cette route en passant par Mouchard, Arbois, Pupillin et atteignit Poligny vers 21 heures ( ils avaient parcouru la distance d’environ 43 kms) où ils s’entretinssent et soupèrent au relais de poste (Rue Travot, actuellement hôtel de Paris), en compagnie du Sous-préfet de Bourcia, des deux colonels Mrs Dubalen et Maréchal des 60 et 77ème de ligne et d’un lieutenant-colonel, arrivés peu de temps avant.
Au  rapport donné par le Sous-préfet sur l’état d’esprit des régiments cantonnés à Poligny, Ney réitéra les propos tenus devant le Roi, critiquera le comportement de Macdonald en invoquant qu’il avait trop attendu pour faire avancer ses forces, comme pour le général Marchant commandant à Grenoble : que c’était un homme sans caractère qu’il aurait fallu courir tout de suite sur Bonaparte.

Poligny hotel de Paris rue Travot
Poligny hôtel de Paris rue Travot.

Ils partirent de Poligny avant minuit et arrivèrent à Lons le 12 Mars à 3 heure du matin (Soit une moyenne de 11 kms/h), selon la déposition du Marquis de Vaulchier du Vichot en tant que 7ème témoin dans le procès de Ney.

Ils descendirent à l’auberge de la pomme d’or.
L’officier de l’administration Cayrol, Levavaseur que Ney avait chargé de préparer sa venue, le Baron Passinges de Préchamp officier d’ordonnance  étaient déjà à l’auberge.
Son 1er aide de camp depuis 8 ans, le colonel Clouet , ne le rejoignit que le 13 Mars à Dôle en fin de soirée ayant reçu l’avis de le rejoindre le 9 Mars, se trouvant à Tours au sein de sa famille.
Il en parti le 10 Mars selon sa déposition en tant que témoin devant la chambre des pairs, il fut de ceux qui désertèrent et passèrent à l’ennemi le 15 Juin 1815, fuyant leur devoir de combattre.
Dans un recueil établi en 1832, il justifie sa désertion à son poste devant l’ennemi par 2 motifs.
Le 1er : « l’existence d’un ordre d’après lequel M. le Comte de Bourmont, M. le colonel Dubalen, moi et plusieurs autres devions être arrêtés. »
Le 2ème :la communication à tous les corps d’armée de l’acte additionnel aux Constitutions de l’empire.
Alors pourquoi avoir accepter un poste de commandement et diriger des troupes jusque devant l’ennemi, pour fuir la veille du combat et aller déserter dans les lignes Prussiennes ?
Cette constitution ne devait t-elle pas dissiper les craintes de l’instauration de tout régime tyrannique ?
Le peuple accepta pourtant l’Acte additionnel par 1 552 942 voies de votes favorables contre 5 740 non.

 

L’auberge de la pomme d’or.


C’est dans ces lieux que ce déroula les événements de Mars 1815 qui eurent comme conséquence à ce que Ney fusse fusillé par un peloton militaire d’exécution, le 7 Décembre 1815 à l’extrémité de la grande allée du jardin du Luxembourg qui mène à l’Observatoire à Paris; suite à un très long procès devant le Conseil de guerre et la Chambre des Pairs.

L’ accusation : haute trahison envers le Roi et la patrie.

Cette auberge qui n’exista plus 100 ans plus tard, était située selon certains historiens, à l’emplacement du N° 29 de la rue Saint-Désiré, soit à gauche en remontant de la Grande Place vers l’entrée de la Préfecture.

 r.St Désiré Lons-le-Saunier.
Rue Saint-Désiré Lons-le-Saunier.

Au début du 20ème, les lieux étaient occupés par la maison Alfred Prost négociant en fers, fontes et aciers, comme on le voit sur cette carte postale.
En ces lieux en 1969 se tenaient les magasins  » Au confortable ».
En pénétrant dans la cour, les façades intérieures gardaient leur style second Empire.
Selon l’étude de E.Monot, l’auberge fut vendue en 1821, démolie en 1832 pour faire place à un commerce de vins tenu par Emile Devaux ?.

Nos recherches d’archives révèlent :
– Qu’en 1815,  le quartier était toujours traversé en aérien par la rivière La Vallière.

En 1878 le plan de la ville établi par J.Blanchot mentionne cette traversée, la rue Saint-Désiré était toujours « coupée » par ce cours d’eau en aérien,  un pont enjambait la rivière, à gauche de ce pont en remontant vers le Sud  la rivière était longée par le quai de la Mégisserie.

Lons-le-Saunier en 1874.
Lons-le-Saunier en 1874.

Ce quai de la Mégisserie ressemblait au début du 20ème à ceci :

Lons-le-Saunier quai de la Mégisserie .
Lons-le-Saunier quai de la Mégisserie .

Dès 1891 une partie, partant de l’abattoir à la rue Saint Désiré fut couverte, elle devint l’Avenue A. Briand.
Le plan de 1973 présente à la jonction de la rue Saint-Désiré avec la nouvelle rue ouverte, l’emplacement d’une fontaine construite avant 1782 contre le parapet du pont et remplacée en 1855 par une borne fontaine.

Rue Saint-Désiré Lons-le-Saunier.
Rue Saint-Désiré Lons-le-Saunier.

Une autre partie entre la rue des Salines et la rue Saint-Désiré fut réalisée entre 1941 et 1943, devint la rue E. Monot.
Mais comment était le quartier sous le 1er Empire ?
Le cadastre Napoléonien de 1807 et 1809 nous renseigne :

Lons 1807 rue St Désiré ADJ 3P 6907.
Lons 1807 rue St Désiré. ADJ 3Pplan 6907.
Lons 1809 ADJ 3P 6996 sect D n° 238.
Lons 1809. ADJ 3P 6996 sect D n° 238.

Sur l’implantation des bâtiments au niveau de l’auberge de la pomme d’or.
Des N° de parcelles cadastrales.
De l’évolution de l’église Saint-Désiré.

Lons église St Désiré 1870 .
Lons église St Désiré 1870. ADJ 3Pplan 3351.

L’église Saint-Désiré est l’une des plus ancienne église de F.C,  ses 1ères fondations datent du IVème, dit premier art romain.
Dans les caves du couvent des Bénédictins aujourd’hui la Préfecture coulait une source, dite Fontaine de Rome (n’est-il pas impossible qu’y retrouver l’existence d’un baptistère ?)
Elle n’eut pas trop à souffrir durant la Révolution toutefois elle est restée désaffectée, bien qu’en 1794, le conseil municipal ordonna la démolition du clocher, arasé au niveau du toit en 1795.
En 1809, pour faciliter l’accès de la Préfecture du Jura implantée dans l’ancien prieuré :
1° le couvent des Bénédictins fut supprimé.
2° De même les deux chapelles du XVème qui encadraient le portail.
3° Ainsi que la 1ère travée de la nef et un empiétement sur la 2ème travée.
4° Pour l’aménagement de la voirie, l’escalier droit qui de la rue donnait à l’accès par le bas-coté Nord de l’église fut remplacé par un escalier à double rampe.
Le plan de 1870 le confirme.

En 1715 100 ans avant, le découpage des parcelles était très différent, comme les implantations des constructions du quartier.
Sur le coté gauche de la rue en remontant vers le Sud, les bâtiments étaient tous accolés les uns aux autres.
Jouxtant la rue St-Désiré au bord de la Vallière était implanté un Hôpital, un espace végétal était situé à l’arrière.
Le cours d’eau vers l’Est avait un parcours bien différent utilisant sûrement son lit naturel.
L’église Saint-Désiré n’était pas encore morcelée.

Lons-le-Saunier en 1715.
Lons en 1715 selon la revue Le vieux Lons de 1908.

Implantation de l’auberge de la pomme d’or.

Où exactement se situait l’auberge ?
L’examen des cadastres Napoléoniens de 1807 et 1809 (plus descriptifs et plus précis) porte uniquement sur le coté gauche de la rue Saint-Désiré où se situait l’auberge de la pomme d’or au-deçà de La Vallière.
En 1807 comme en 1809 le domaine parcellaire de cet espace englobait qu’une parcelle.

En 1807  le 1er N° de parcelle est : 79.
En 1809 le N° de parcelle change et devient : 238.
La longueur de façade sur la rue de cette parcelle est de l’ordre de 100 mètres.
Cette parcelle bâtie était selon ces plans cadastraux, la propriété d’une seule personne.

Entre 1809 et 1821, comment était l’importance de cette parcelle ?
Etait-elle divisée ?
L’auberge de la pomme d’or était-elle comme l’évoque E.Monnot et d’autres historiens en 1908 (M. l’abbé Perrod), au N°29 de la rue ?
Qui en étaient les propriétaires, l’aubergiste ?

29 rue St Désiré Lons-le-Saunier.
29 rue St Désiré Lons-le-Saunier 2016.

Notre recherche faite dans les archives départementales du Jura a aboutie, aux registres de formalités  du bureau des hypothèques de Lons-le-Saunier.
Vente du 20 Octobre 1821.
Notaire : Pierre Vincent à Cousance (dans le canton de Beaufort en 1821 il y avait 4 notaires dont 2 à Cousance, Jean-Joseph-Albert Fuynel et Pierre Vincent de 1819 à 1824).
Vendeur : Françoise Salignon veuve de Claude Éléonore Doussain demeurant à Cousance.
Acquéreur : Joseph Marie Michaud marchand cordonnier et Marie-Antoinette Epailly son épouse demeurant à Lons.
Montant : 7 500 francs (soit une équivalence monétaire de l’ordre de 40 000 euros).
Consistance :  »  Maison servant d’auberge sous l’enseigne de la pomme d’or… plusieurs corps de bâtiments, chambres greniers cabinets cuisine salle à manger, cour remises écurie jardin y compris le corps de bâtiment qui est sur le jardin et le partage avec la cour... »
Concernant l’antériorité de l’acquisition faite par Françoise Salignon sur ce bien, le répertoire des formalités hypothécaires mentionne que 4 créances rattachées ont été requises depuis 1813.

Françoise Salignon et Claude Éléonore Doussain étaient depuis 1813 les propriétaires de l’auberge de la pomme d’or .

(Cette orientation dans cette recherche documentaire s’est imposée due à une difficulté rencontrée, les archives de Maître Pierre Vincent de Cousances ne sont pas présentes ou conservées aux ADJ).

En 1824 les tableaux des registres de la population de Lons-le-Saunier recense la maison Michaud au N°33 de la rue Saint Désiré (Recensement organisé selon la loi du 22 juillet 1791 dite loi sur la police municipale).
Au N°33 résidaient en plus de la famille Michaud, plusieurs locataires de professions diverses, blanchisseuse,ouvrier, apprenti, colporteur, boulanger, militaire.
Le chef de famille Joseph Marie Michaud cordonnier né en 1769 à Orgelet et son épouse Marie-Antoinette Epailly née en 1778 à Chaux du Dombief occupaient les lieux avec leurs 5 enfants tous nés à Orgelet.

Quand s’effectua le découpage et le morcellement de cet ensemble ?
Le seul document disponible exploitable après le plan cadastral de 1809 est celui de 1870.

Lons 1870 3Pplan 3351 sect D f4.
Lons 1870 ADJ 3Pplan 3351 sect D f4.

A cette période, l’ensemble est déjà morcelé en 25 parcelles différentes.
Par contre, les N° des parcelles au niveau du N° 33 du recensement de 1818 sont les N° 295-296.

Les premières matrices cadastrales des propriétés bâties disponibles dans les archives pour Lons-le-Saunier, sont celles établies à partir de 1882.
Ainsi sur celles-ci jusqu’en 1882 la propriétaire des parcelles citées (295-296) en était au nom de la famille Devaux, pour être vendues à cette date à Alfred Prost.
La parcelle N° 295 correspondait à la maison donnant sur la rue Saint Désiré  et la parcelle N° 296 à un hangar attenant à l’arrière.
Le hangar est démoli en 1894 subi des transformations, noté sur la matrice cadastrale comme construction nouvelle dès 1896 et est considéré comme magasin en 1905.

Les frères Devaux  (  Auguste et Jules ) étaient déjà négociants en vins en 1846 et possédaient une activité de vins de Champagne à Epernay .
Auguste Devaux était le fils de Claude Joseph (1795-1843) et de Josephte Françoise Ducray.
Claude Joseph fut commis à la forge (est-ce à la forge de Pont-du-Navoy ? ) son 2ème fils Jules est né en cette commune comme l’atteste l’état civil.
Cette forge et le haut-fourneau à Pont-du-Navoy ont été rétablis en 1784 par les frères Olivier lié à un acensement de la Comtesse de Lauraguais.

Pont-du-Navoy, Les Forges,tréfilerie.
Pont-du-Navoy, Les Forges,tréfilerie.

Il y a fort à penser que les parents de Claude Joseph eux aussi travaillaient dans le domaine de la petite sidérurgie Franc-Comtoise, puisque Claude Joseph est né à Bonnal, haut lieu de forges et de haut-fourneaux dans le Doubs.
Les frères Devaux possédaient-ils les immeubles de la rue Saint Désiré après la famille Michaud ?
Il est cité que les frères Devaux étaient domiciliés rue Saint Désiré en 1869.
Qu’au décès d’Auguste ( 12 Mai 1879) la famille était déjà domiciliée aux Rochettes à Lons.
Que de chemin parcouru depuis Epernay, la maison A.Devaux produit des champagnes prestigieux, implantée maintenant au sud de Bar-sur-seine entre la D 671 et un méandre de la Seine.

Champagnes Devaux, Bar-sur-Seine.
Champagnes Devaux, Bar-sur-Seine.

 

Mais pourquoi en cette auberge le destin du Maréchal bascula ?

S’il fut condamné à mort le 6 Décembre 1815 par la Chambre des pairs siégeant au Palais du Luxembourg puis fusillé,  c’est que dans la nuit du 13 au 14 Mars 1815, il prie la décision folle de se rallier à Bonaparte alors que quelques heures avant il œuvrait ardemment pour pouvoir combattre et stopper l’usurpateur dans sa course à la recherche de son trône.
Que dans son égarement, Ney décida le 14 Mars, d’entraîner les troupes qu’il commandait à s’unir à celles de Bonaparte par une proclamation sur la place de la Chevalerie aux troupes rassemblées :
« Officiers, Sous-officiers et Soldats, la cause des Bourbons est à jamais perdue… »
Ney a toujours soutenue que cette proclamation lui avait été apportée toute faite.

E.Monot a étudié correctement ce point, persuadé que ce texte était l’oeuvre de Ney seul.
Pour cela il étudia cinq documents de la proclamation.
Deux manuscrits, le 1er déposé aux Archives Nationales, l’autre aux Archives Départementales du Jura et 3 imprimés, l’un édité à Lons déposé aux Archives Départementales du Jura, celui lu au procès (donc contenu dans les pièces) et celui publié au Moniteur du 21 Mars 1815.

ADJ Mp 98.12
ADJ Mp 98.12

Quelle surprise de lire sur la chemise de la cote Mp 98/12 des ADJ devant contenir la proclamation du Maréchal Ney en faveur de l’Empereur :
« Déficit constaté en 1929 lors du récolement. »

Cette décision de défection au matin du 14 Mars fut prise après l’introduction après du Maréchal de deux émissaires de Bonaparte venant de Lyon.
L’influence  de ces deux personnages a été déterminante sur la trahison de son serment fait au Roi.
Les arguments et documents communiqués par ceux-ci ont lourdement contribué à ce que Ney se rallie à Bonaparte.

Cette défection entraînera sa perte dès l’instauration de la 2ème Restauration.
Il fut arrêté le 3 Août 1815 au château de Bessonies (à 45 kms au Nord de Figeac dans le Lot, aujourd’hui superbe demeure réservée à l’h

ôtellerie de charme ).
Conduit à Paris le 19 Août, il fut incarcéré à la Maison de Justice de Paris (La Conciergerie) où commença son interrogatoire.

Mais qui furent ces deux émissaires si persuasifs ?

 Le 12 Mars 1815.

Ainsi dès l’arrivée de Ney le 12 Mars à l’auberge de la pomme d’or potron-minet, Cayrol fut réveillé illico vers 3 heures (selon sa déposition du 10 Novembre 1815 devant le conseil de guerre au procès de Ney) et informa le Maréchal que Bonaparte était à Lyon.
A cette nouvelle l’intention de Ney était claire et sans ambiguité : « si je ne peux pas l’arrêter à Lyon, je l’inquiéterai sur ses arrières. »
Il convoqua dans la foulée le préfet le Marquis Louis René Simon de Vaulchier du Deschaux (1780-1861, député de Dôle jusqu’en 1830, préfet tour à tour après le Jura  de la Saône-et-Loire de la Corrèze de la Charente et du Bas-Rhin) sur le champ, pour savoir quelle serai la direction et la marche de l’adversaire et dicta au préfet d’écrire à son homologue de Saône-et-Loire pour avoir des nouvelles des événements de Lyon, connaitre la marche des troupes autour de Bonaparte et transmettre les consignes d’intendance militaire.
Il fit envoyé sur l’heure deux gendarmes à Lyon ( les brigadiers,  Jean-Baptiste Vuillermot agé de 36 ans et Jean-Claude Remy 34 ans)  pour y espionner Bonaparte et obtenir des renseignements. Donna les ordres pour faire rétrograder les troupes sur Bourg-en-Bresse dirigées sur Moulins.
Il  consigne ses volontés dans une lettre qu’il adresse au ministre de la guerre, ne manquant pas au passage d’écorner le comportement du Maréchal Macdonald : » …ce n’est pas en se retirant qu’on pourra reconnaître si elles ont l’intention de faire leur devoir, il faillait les faire combattre... » l’alerta de son manque d’artillerie faute d’attelages.
Il écrit dans la foulée à 5 heures du matin, aux Maréchaux Suchet et Oudinot les informant de ses intentions, au 1er de bien pouvoir diriger ses troupes vers Lons au second les siennes sur Dijon.
Lecourbe arriva, fut informé de la situation par Ney en présence de Bourmont et du Marquis de Sorans,  approuva le plan de Ney, celui-ci le nomma inspecteur général d’armes et devant être disponible près de lui.
La fin de la matinée fut remplie par le passage d’officiers supérieurs comme les généraux Jarry (commandant militaire du Jura) et Guye venus présenter leurs devoirs ( GuyeLédonien, fils d’aubergiste, avait 42 ans se rallia à l’Empereur. Dans la Biographie des célébrités militaires,  Charles Mullié évoque que ce général fut celui qui le 14 Mars porta à Autun pour le général  Bertrand, la proclamation faite par Ney à la troupe).

Le Géhéral Nicolas Philippe Guye peint par Goya en 1810.
Le Général Nicolas Philippe Guye peint par Goya en 1810.

Au sujet de cette proclamation et paroles prononcées par Ney pour l’Empereur, il est intéressant de se reporter aux analyses faites par Emile Le Gallo :  » Discussions et documents, Ney et Napoléon à Auxerre, 1924 « .

L’auberge était devenue le quartier général de Ney, il y vécu en permanence, y mangea et y coucha 3 jours durant.
L’après-midi du 12 Mars, Ney reçoit le comte de Grivel ( inspecteur des gardes nationaux du Jura) descendit sur la place Louis XVIII ( il y retournera le lendemain) se mêler aux soldats., jusqu’à la nuit tombante.
Après son dîner en compagnie du marquis de Sorans, il reçu un négociant Parisien Pierre Boulouze arrivant de Lyon par la diligence introduit par le commandant de gendarmerie de Beauregard qui lui apprit l’entrée de Napoléon à Lyon le 10 Mars à 17 heures, lui donnant les proclamations diffusées à Grenoble par l’ennemi.
Il alerte le marquis de Sorans ( Gabriel-Joseph.Eléazard de Rosières1er gentilhomme de la chambre du frère du Roi) sur ces imprimés mémorables :
« …L’Aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame …« .
Ney est subjugué par ces envolées allégoriques, il s’en émeut, relit tout haut et clame devant le marquis et Bourmont:
« …Le Roi a tort de ne pas écrire comme cela, c’est ainsi que l’on parle aux troupes… »

Il en rapporte ces éléments et nouvelles par une énième lettre, qu’il expédie au ministre de la guerre à 23 heures.

Le 13 Mars 1815.

 Levavasseur dans ses mémoires retranscrites aurait été au service auprès du Maréchal dès la nuit tombée à l’auberge, que Ney se retira dans sa chambre, que Dutour son secrétaire était dans une autre pièce de l’auberge, que les généraux Bourmont, Lecourbe, Mermet et Jarry occupaient des logements en ville (il s’avère que Ney à son procès à la séance du 4 Décembre devant la chambre des pairs, rapporte qu’ils logeaient chez le préfet. Emile Monot évoque que Bourmont coucha à l’auberge près du Maréchal).
Que vers 22 heures arriva un officier de la garde nationale porteur d’une dépêche émanant du préfet de Mâcon contenant l’information qu’un colonel de gendarmerie nommé Jameron venant de Lyon annonçait l’arrivée prochaine de Bonaparte à Maçon, que le drapeau tricolore était arboré dans toute la ville, qu’il en était forcé de la quitter.
Que vers minuit un autre officier porteur lui aussi d’une dépêche signée du maire de Chalons signifiant à Ney qu’un bataillon du 76ème de ligne fit son entrée en ville en criant Vive l’Empeur ! que la ville s’est insurgée.
Qu’ensuite un 3ème officier envoyé par le général Joseph Pellegrin de Millon ( Louis XVIII lui confia le 15 Juin 1814 le commandement de l’école d’artillerie d’Auxonne) vint annoncer au Maréchal que le régiment de hussards commandé par le Prince de Carignan ( Colonel Prince Joseph-Marie de Savoie-Carignano, comte de Villafranca, le 20 Aout 1814 il est colonel en second du 6ème régiment de Hussards, il fut à 25 ans en tant que capitaine le 21 Juillet 1808 officier d’ordonnance de l’Empereur) arborant la cocarde tricolore avait forcé les portes d’Auxonne et s’était dirigé vers Dijon.
Que vers 4 heures du matin un 4ème officier apportait une dépêche du général Heudelet commandant Dijon, signifiant que le prince de Carignan venait de faire son entrée en ville en proclamant l’Empereur.
Que sur les 5 heures du matin, le marquis de Grivel entra chez le Maréchal toujours dans sa chambre, accompagné de deux hommes qu’il avait arrêtes, vêtus en bourgeois venant de Lyon où était Bonaparte.
Qu’ils étaient surpris de leurs arrestations, que tout était terminé que l’Empereur régnait maintenant en France, que c’était une affaire arrangée avec les puissances.
Que le marquis de Grivel fit entrer les 2 personnages en la chambre de Ney et que l’entretien dura au moins 1 heure.

Maître Berryer défenseur de Ney dans la séance du 6 Décembre au procès  en citant la déposition du Marquis de Grivel :
Que dans la soirée du 13 Mars celui-ci avait écrit 3 lettres, l’une au Roi, la 2ème au général Dessoles, la 3ème au comte de Vioménil, lettres contenant le fait que pour le Maréchal Ney : « il brûlait de se mesurer avec l’ennemi de la France« .

Qu’au petit jour le maréchal fit demander à Levavasseur de faire venir en l’auberge les généraux Lecourbe, Bourmont, Jarry et Mermet.

Les mémoires retranscrites par Levavasseur sont-elles crédibles ?
Qu’en est-il réellement ?

Henri Houssaye en 1893  aborde au Chapitre IV paragraphe II de son ouvrage: 1815, les événements de la soirée et de la nuit du 13 au 14 Mars en se basant sur les minutes du procès et le dossier de Ney déposé aux archives de guerre, rendant le récit bien maigre en informations.
Les interventions des protagonistes en l’auberge chez Ney sont :
« Enfin dans la soirée, Capelle, le préfet de Bourg, arrive à demi-mort de peur. »
 » Ce fut peu après la visite du préfet de l’Ain que les émissaires de Lyon s’introduisirent à l’Hotel de la pomme d’or … »

En se basant sur le seul et excellent travail d’investigations d’archives réalisé par E.Monot, la chronologie des événements est-elle la même ?
Voici un résumé  de ce que développa l’historien-chercheur.

Ney le 13 Mars à 17 heures, écrit au ministre de la guerre, qu’il proscrivait au général Heudelet commandant la 18ème division militaire basée à Dijon,  de rappeler ses troupes, le 23 et 36ème régiments de ligne en marche sur Moulins de les réunir à Chalon.
Qu’il envoyait le 6ème régiment de hussards sur Auxonne.
Qu’une avant garde de l’ennemi s’est dirigée sur Villefranche, que Bonaparte y était surement rentré le 12 et qu’il marchait sur Mâcon.

Les informations transmises à Ney sont justes, en effet :
Le 13 Mars Bonaparte entre à Mâcon, le 14 il est à Chalon-sur-Saône (il descendit à l’auberge du Parc, qui n’existe plus, situé entre la rue de Lyon, la place de Port-Villiers et le quai Gambetta), le 15 il est présent à Autun.

Bonaparte, estampe de Dopter Musée d'Auxonne
Bonaparte, estampe de Dopter Musée d’Auxonne.

L’Empereur arrive à Paris le 20 Mars 1815.

Auparavant le 8 Mars Bonaparte proclamait :  » Nous devons oublier que nous avons été le maître des nations. Mes droits ne sont que ceux du peuple…Je viens d’éloigner d’elles pour toujours les souvenirs du régime féodal, du servage et de la glèbe, je ne leur apporte que des bienfaits.  »

A sa lettre au ministre, Ney la complète d’un post-scriptum, confirmant par une lettre écrite du Capitaine Germain :
Que les habitants de Chalon ont bloqué les 18 canons et caissons partis d’Auxonne.
Que les affûts ont été jetés dans le canal  au crie de Vive l’Empereur.
Qu’il y a à Chalon qu’un bataillon de 150 hommes du dépôt du 36ème, ne pouvant pas s’opposer aux émeutiers.

Il dîna seul, dans la soirée sur son ordre, tous les sous officiers prêtèrent serment au Roi.
A 19 heures 45, le Marquis de Sorans pris congé de Ney pour Paris, le priant de déposer à Dijon la lettre écrite pour Heudelet, d’alerter à Paris Monsieur et le ministre de la guerre de son isolement.
Il écrit à Suchet de ses inquiétudes, de ses réflexions, de ses ordres donnés et des mesures à prendre pour contrer Bonaparte.
Il se concerta ensuite avec Bourmont.
A 21 heures il  mande le préfet Vaulchier en lui signifiant d’envoyer en toute hâte deux hommes de confiance, le préfet lui désigne un gendarme dévoué et un jeune homme Désiré Monnier.

Désiré Monnier avait 27 ans était garde national et secrétaire du maire de Lons, Mr Xavier de Champagne lui aussi dans la garde nationale mais, au grade de colonel (en Octobre 1815 D.Monnier devint secrétaire particulier du préfet du Jura. En 1818 l’un des 1er membre de la Société d’émulation du Jura et conservateur du Musée de Lons. En 1828 admis à l’académie de Lyon, participa de manière active à la publication de l’annuaire du département du Jura. En 1843 inspecteur des monuments historiques du Jura, à ce titre ayant d’excellentes relations avec Mérimée il participa au sauvetage d’un des joyaux du Jura : l’abbaye de Baume-les-Messieurs ).
Il fut présenté le 13 au soir vers 22 heures à Ney dans sa chambre de l’auberge, par son colonel.
« Partez sur-le-champ pour Chalon-sur-Saône…  informez-vous du matériel dont l’Empereur dispose, et sachez m’en rendre compte dans le plus bref délai ! … »
Il lui fit délivré un passeport, il parti vers 23 heures dans une des voitures du Receveur général du département.
E.Monot dans son étude précise que D.Monnier fut présenté à Ney le 13 au soir alors que Monnier écrit dans ses souvenirs en 1871 que c’était la veille :
« Toute la journée du 13 fut employée à recueillir des renseignements. Je vis plusieurs fois Napoléon venir au balcon de l’Hôtel du Nord, pour se montrer au peuple enthousiasmé … »
Que signifie cette inversion dans les dates de la part de D.Monnier ?
Se disculper, se mettre en valeur dans ses écrits en 1871 ?
La date du 13 au soir est confirmée dans la déposition faite le 17 Octobre 1815 auprès du juge d’instruction à Tulles, par Louis -René Simon Marquis de Vaulchier de Deschaux alors préfet du Jura comme quoi :

Déposition du préfet Vaulchier de Deschaux au procès de Ney.
Déposition du préfet Vaulchier de Deschaux au procès de Ney.

En présence de Bourmont, de Beauregard  communique les nouvelles alarmantes provenant de Lyon transmises par un rapport du Capitaine Commoy, chef de la gendarmerie de l’Ain.
A minuit et quart, de Beauregard quitta l’auberge.
Le baron Guillaume Capelle ( préfet de l’Ain paniqué avait fuit Bourg le 13 Mars venant annoncé que le 76ème de ligne, utilisé par Ney pour en faire son avant garde, avait quitté Bourg le 11 pour se diriger sur Chalons, que la population s’insurgeait avait investi la Préfecture) fut reçu chez Bourmont à l’auberge entre 3 et 4 heures du matin du 14 Mars, qu’ils se rendirent un peu avant 4 heures dans la chambre du Maréchal pour lui transmettre ces tristes nouvelles.

Le 14 Mars Bonaparte de Mâcon fait expédier un mot au Général Louis Gay, colonel du 79ème régiment de ligne, général de Brigade le 126 février 1814 en demi-solde à Mâcon :
 » Suivez-moi à Paris, je vous donnerai un commandement. »

En 3 jours Ney avait envoyé au ministre de la guerre 6 lettres consécutives qui étaient restées sans réponse, il était laissé sans ordre sans nouvelle directive, à lui même.

Pierre Nicolas Berryer doyen des avocats de Paris, défenseur et conseil de Ney durant toute la durée de son procès (ce qui lui fit perdre de Bâtonnat), publie un exposé justificatif pour le Maréchal.
L’ayant côtoyé assez longtemps en 1815 pour être son défenseur jusqu’à la limite des arguments de défense , il fait une analyse assez bien détaillée du caractère de Ney, de ses égarements de ses interrogations et de son « erreur » du 14 Mars 1815, comme il la nomme.
Il en décrit les prises de décisions :
« Dans la matinée du 13 Mars, le maréchal Ney expédie une nouvelle dépêche au maréchal Oudinot…il est bien important de hâter l’arrivée des troupes…en présence du chef d’escadron de la gendarmerie, il ordonne à deux gendarmes déguisés d’aller épier la marche de Bonaparte…au même moment, il indiquait une foule de dispositions à faire des troupes, au marquis de Sauran, accouru vers lui, et qui repartait pour avoir de Monsieur des nouvelles attendues avec une anxiété inexprimable…il faisait arrêter un des officiers de sa troupe les plus exaltés, et qu’il ordonnait au lieutenant-général Bourmont de l’envoyer à la citadelle de Besançon…écrivant au lieutenant-général Heudelet…il faut éviter de faire de petits détachements : réunissez à Chalons toutes les troupes sous vos ordres…Tout à coup, dans la soirée du 13 mars, il apprend, par le préfet de l’Ain, que le bataillon du 76è, qui lui servait d’avant-garde à Bourg, avait passé tout entier à l’ennemi…Dans la nuit du 13 au 14 mars arrivent jusqu’au maréchal... »
De sa défection, l’avocat l’explique longuement comme dans cet extrait :
 » Une erreur du moment, effet du concours vraiment inouï des incidents les plus étranges; une erreur dont on n’entrevoit le principe que dans un sentiment louable en soi, mais mal dirigée; une erreur enfin qui n’a servi en rien l’usurpateur, qui n’a nullement profité à celui qui l’a commise : une telle erreur est-elle autre chose qu’un fatal égarement ? »

 

A la quête des émissaires .

Mais qui sont ces deux négociateurs habiles ?
Peu d’indices.
Le préfet Capelle comme le général Bourmont dans leurs multiples dépositions n’apportent aucune information sur la présence des agents le matin du 14 Mars, bien qu’ils n’aient point été interrogé d’une manière précise à ce sujet.

Du vivant de Ney, ses papiers militaires le suivaient partout au risque d’être égarés, perdus, volés.
Ainsi durant la campagne de Pologne l’avant-garde Russe surprend le corps de Ney le 9 Juin 1807 se repliant sur Guttstadt subissant un sérieux revers à Deppen en abandonnant ses bagages et ses effets personnels, avant de traverser La Passarge.
Chose incroyable le 18 Avril 1847,  le Major baron von Wedell ayant participé aux combats de Deppen, expédie au fils du Maréchal Ney, le registre de copie-lettres faites par le secrétaire du Maréchal recopiant toute sa correspondance militaire.
Ces documents sont rachetées par les AN en 1955.
Les Archives Nationales du Maréchal Ney comportent deux parties bien distinctes, ses papiers et ceux de sa famille.
Une seule cote dans ce fond se réfère à la période considérée, la cote 134 AP 5/344 comportant 5 mots autographe de Napoléon d’Auxerre le 17 Mars 1815 à 22 heures, l’informant :
 » que l’appel fait par le Roi aux volontaires est resté sans écho, que le peuple est partout bien disposé, que le général J.Drouet marche sur Paris où le maréchal Mortier est rentré » .

Aucun éléments tangibles sur ce sujet au SHD dans le dossier personnel du maréchal Ney  : 2ème série, n°12.
Les fonds d’archives 390 AP … du général Bertrand aux AN:  390 AP 23 pour la période des cent-jours, comme les archives complémentaires s’y rattachant, sont muettes d’informations quelconques sur les agents envoyés vers Ney le 14 Mars 1815.

Ce qui est certain, c’est que le Maréchal a bien reçu une lettre écrite de Lyon du général Bertrand à la demande de Bonaparte.

Le Maréchal Ney en 1815.
Le Maréchal Ney en 1815.

1° Témoin : Fleury de Chaboulon ( le baron Pierre Alexandre Edouard Fleury de Chamoulon fut engagé à Lyon par Bonaparte en tant que secrétaire particulier lui prodiguant des marques d’estime et de confiance ) présent ce jour-là à Lyon, il rapporte les propos de Bonaparte à Bertrand :
« Vous l’instruirez, du délire qu’existe mon retour, de la réunion successive à mon armée de toutes les forces dirigées contre moi, vous lui direz que les troupes qu’il commande imiteront infailliblement tôt ou tard l’exemple de leurs braves camarades…faites lui entendre qu’il sera responsable envers la France …de la guerre civile et du sang qu’elle fera verser, flattez le, mais ne le caressez pas trop... »
Fleury de Chaboulon dans ses mémoires cite que de Lyon il fut écrit à tous les chefs de corps que l’on savait cantonnés dans les départements voisins.

Selon l’ouvrage de Friedrich Ludwig comte de Waldburg  Itinéraire de Buonaparte de l’île d’Elbe à Sainte-Hélène, écrit en 1816 :  » Le dimanche 12, Bonaparte reçu la foule des courtisans, principalement des officiers retraités. Il expédia des émissaires à Paris, dans la Bourgogne, dans la Franche-Comté, dans la Lorraine, l’Alsace et autres divisions militaires… »

2° Témoin, le colonel Clouet, 1er aide de camp de Ney, à qui celui-ci lui présenta le soir du 15 mars 1815 une demi-feuille de papier à lettre signée du général Bertrand, en lui disant :
 » Tout est arrangé au Congrès de Vienne et avec toute l’Europe. Voici la lettre qui m’en donne la certitude. »
Il y avait en plus de cette lettre de Bertrand, une de Bonaparte  lui donnant  un ordre de marche (selon les dires de Ney dans son second interrogatoire préparé par le préfet de Police).

Aussitôt après son incarcération à la Conciergerie, il est interrogé par le ministre de la police le duc Decazes.
Retranscription de l’interrogatoire selon :
 » Procès du maréchal Ney, Pierre-Joseph-Spiridion Dufey,1815. »

1er interrogatoire de Ney par De Caze.
1er interrogatoire de Ney par Decazes.

Au 2ème interrogatoire,  Ney ne fut point interrogé sur l’identité des émissaires de Bonaparte.
Il maintient dans sa déposition, qu’il n’avait reçu aucune dépêche , ni aucun émissaire de Bonaparte avant la nuit du 13 au 14 Mars.
A la Conciergerie le 14 Septembre il est interrogé par le rapporteur du Conseil de guerre le maréchal-de-camp Grundler.
Le compte rendu ne révèle rien de nouveau au sujet des agents de Bonaparte.
Ce sont 25 déclarations de témoins qui sont insérées dans le compte-rendu du procès, devant le Conseil de guerre.

Celle du Lieutenant-général comte Louis Friant (15 ème témoin) est très laconique, bien curieuse, sans rien révéler.
Comte d’Empire en 1808, du fait de ses blessures il devint Chambellan de l’Empereur en 1813.
Il est entendu comme témoin, pour avoir été envoyé à Metz au mois de Mars 1815 par Soult pour commander le Corps Royal des Grenadiers.
Ce Corps Royal des Grenadiers sous la 1ère Restauration était l’ex 1er régiment d’infanterie de la Garde Impériale.
A la  1ère question :

L.Friant témoin, 1ère question.
L.Friant témoin, 1ère question.

La réponse fut . « Non. »
A la seconde question :

L.Friant témoin, 2ème question.
L.Friant témoin, 2ème question.

Sa réponse, moins laconique mais bien surprenante :
 » Non, depuis l’organisation faite à Fontainebleau, il n’y avait parmi les officiers que des hommes valides. »
A la 3ème et dernière question:

L.Friant témoin, 3ème question.
L.Friant témoin, 3ème question.

Sa réponse resta dans un cadre très militaire :
« Non, je n’ai reçu à l’époque aucune lettre de M. le Maréchal Ney, je n’étais d’ailleurs pas sous ses ordres. »
L.Friant commandant de la vieille-garde était le 30 Mars 1814 sous le commandement de Ney pendant la campagne de France (AN 137 AP 15/1-205).

Devant la Chambre des Pairs à la séance du 4 décembre :

Chambre des Pairs 4 Décembre 1815
Chambre des Pairs 4 Décembre 1815.

Alphonse de Beauchamp, en 1817 évoque que l’un des deux émissaires envoyés était un officier supérieur :
« On était rentré dans cette fatale nuit du 13 Mars, sur laquelle l’histoire n’a d’autres documents que les propres aveux de Ney, nuit criminelle où il reçu deux émissaires de Bonaparte, l’un officier supérieur de son ancienne garde, l’autre agent particulier. »

Les seules pistes sont les aveux retenus du Maréchal Ney à savoir :
-Que l’un des deux émissaires était un officier supérieur de la garde.
-Qu’il avait été dépêché de Metz par d’autres officiers de ce corps.
-Qu’ il était à Paris lors du procès.

Dès l’instauration des Bourbons en 1814, la vieille garde Impériale prend la qualification de  corps royal de France.
Tous les régiments de la jeune garde, infanterie, cavalerie ainsi que ceux de l’artillerie sont incorporés dans la troupe de ligne.
L’ancienne garde, réduite d’abord à 20 000 hommes fut rapportée à près de 10 000 hommes.
Le corps royal des grenadiers à pied de France organisé dès Juillet 1814 avait été ainsi formé des 1er et 2ème régiments de grenadiers de la vieille garde et du régiment des fusiliers-grenadiers de la jeune garde.
On retrouve à la tète de l’état major de ce corps, le lieutenant-général comte Friant avec le grade de colonel-commandant.
Ce corps fut envoyé à Metz, comme celui des chasseurs à pied requalifiés corps royal des chasseurs à pied de France à Nancy, les grenadiers à cheval à Blois avec la requalification de corps royal des cuirassiers de France.

A Metz, le comte Friand avait comme seconds :
– Le lieutenant-général comte Roguet, colonel en second, décéda à Paris en 1846.
– Le maréchal-de-camp baron Petit, major.
-Le maréchal-de-camp baron Christiani, major à la suite.
Ils combattirent tous au sein de la Garde Impériale à Fleurus et à Waterloo où ils ont côtoyé Ney.

Une ordonnance de 1814 mit à la demi-solde tous les officiers généraux et officiers de tous grades de l’ex-garde qui n’étaient pas employés.
Un mécontentement des demi-soldes généra de leurs parts des coalitions à Paris, le gouvernement se chargea de les éloigner de la capitale, par un ordre du ministre de la guerre, interdisant à tout officier général, supérieur ou autres ayant fait partie de l’ancienne garde et jouissant d’un quelconque traitement militaire de séjourner à Paris sans autorisation.
Malgré cela comme ces demi-soldes gardaient des contacts avec leurs anciens régiments, la fermentation était grande dans l’ex-garde, le maréchal Soult alors nommé ministre de la guerre signalait, des réactions hostiles au Roi dans les régiments, que les troupes étaient remontées contre la Royauté, par les officiers et sous-officiers déguisés.

Dès le 5 Mars 1815 à la connaissance par une dépêche télégraphique transmise du préfet de Toulon aux autorités Lyonnaises de la progression de Bonaparte depuis Golfe Juan, les réactions au sein de l’ex-garde ne se font point attendre.

A Metz, comme le rapporte l’aveu de Ney un officier supérieur de l’ex-garde était dépêché par les autres officiers du corps royal des grenadiers de France dès le débarquement sur le sol de France de Bonaparte, d’alerter : des dangers d’une guerre civile, les commandants de division militaire pouvant s’opposer à Bonaparte par les armes.

C’est ainsi que dans la nuit du 13 au 14 Mars après s’être rendu auprès de Bonaparte à Lyon, cet officier supérieur de l’ex-garde accompagné d’un agent bien particulier de l’ex-empereur, se présentèrent à l’auberge de la pomme d’or pour y être introduit auprès de Ney.

Ces maigres indices, portent à croire par recoupement que cet officier pouvait-être:
Jean-Martin Petit, 100% Bonapartiste dans l’âme, le cœur et le devoir.

 

Jean-Martin Petit.

Le baron Jean-Martin Petit 1840, David d'Angers, Musée Carnavalet
Le baron Jean-Martin Petit 1840, David d’Angers, Musée Carnavalet

Né le 22 Juillet 1772 à Paris fils de Marie Cecile Vavasseur et de Jean Petit  bourgeois, au domicile de la  rue des Canettes ( Dans le 6ème arrondissement de Paris, faisant la jonction entre la rue du Four et la rue Saint-Sulpice).

Son passé militaire parle pour lui (en aparté , le général Friant fut à maintes reprises son supérieur et son chef et l’on peux comprendre le témoignage du comte Louis Friant, devant le Conseil de guerre, lors du procès de Ney).

Jean-Martin Petit :
Capitaine 1er Messidor an 6.
Aide de camp du général Friant 20 Messidor an 6.
Chef de Bataillon 6 Germinal an 6.
1er aide camp du général Friant 5 Pluviôse an 10.
Major 14 Aout 1806 ( 15e Régiment d’Infanterie légère).
Colonel 3 Mars 1808 (67 e Régiment d’Infanterie de Ligne).
Baron de l’Empire 15 Août 1809.
Général-de-Brigade 28 Juin 1813.
Major 20 Novembre 1813 (1 er Régiment de Grenadiers-à-Pied de la Garde Impériale).
Major 1 Juillet 1814 (Corps Royal des Grenadiers de France), commandé par le colonel-commandant le comte Friant .
Général de Division 20 Mars 1815 par Napoléon.
Major-colonel 1 Avril 1815 (1 er Régiment de Grenadiers-à-Pied de la Garde Impériale, lieutenant-général comte Friant ).
Lieutenant-général en 1831 par Louis-Philippe.
Décédé 8 Juin 1856.

Napoléon Ier, ayant abdiqué en 1814,  fit ses adieux à la garde Impériale le 20 avril 1814, dans la cour du cheval blanc du château de Fontainebleau.
Il embrassa l’aigle du 1er régiment de grenadiers de la garde et le général Petit.

Fontainebleau, 20 avril 1814. Antoine Alphonse Montford, selon Horace Vernet.
Fontainebleau, 20 avril 1814. Antoine Alphonse Montford, selon l’original d’Horace Vernet.

Il aurait déclaré  : « Je ne puis vous embrasser tous, mais j’embrasse votre général. Venez, général Petit, que je vous presse sur mon cœur. »

Mais qui était le second émissaire, cet agent particulier ?

Fleury de Chaboulon, pourquoi pas ! il en a le profil, l’opportun !

Les fils du Maréchal Ney  œuvreront tout le long de leur vie, pour la réhabilitation de leur père.

L’aîné Joseph-Napoléon devenu général, sénateur et pair de France en 1831 réclama la réhabilitation de son père, ne voulu point siéger sur les bancs de ceux qui l’avaient condamné, tant que la justice pleine et entière n’aurait pas été rendue à la mémoire du Maréchal.
Il y siégea seulement que 10 ans plus tard en protestant de manière énergique contre le jugement de 1815 :
« J’entends dire à cette tribune qu’on ne me reconnait pas le droit de protester contre une sentence rendue dans un procès, où la défense n’a pas été libre, où la condamnation a été demandée ouvertement par l’étranger !  »
Ce n’est que sous la Seconde République que le Gouvernement provisoire réhabilite la mémoire du Maréchal, il n’y aura pas de procès en révision, les ordres de la légion d’honneur retirés lui seront rétablis.
Étonnant, la base Léonore à la cote LH/1984/21, la pièce 2/11 fait apparaître :

Base Léonore dossier Michel Ney.
Base Léonore dossier Michel Ney.

Dès la défaite de Waterloo, Napoléon d’abord fit peser une grande partie des responsabilité de ce désastre militaire sur Ney .

Charles-Guillaume Gamot ( beau-frère de Ney et préfet de l’Yonne au moment des événements de Mars 1815) aidé par le général d’Empire Maximien Sébastien Foy (Commandant la 9ème division d’infanterie à Waterloo sous les ordres du chef de corps le général Reille, chef de file des libéraux en tant que député à l’Assemblée Générale), par Davoust ministre de la guerre durant les Cent-jours et par le colonel Heymès (sous-chef d’état-major du Maréchal Ney pendant les Cent-jours)  publia en 1819 une 1ère réfutation, sur les accusations et les non-respects des ordres donnés par Napoléon et son état-major à la bataille de Waterloo; portées contre le Maréchal Ney.

Le cadet  Michel-Louis-Félix Ney, sous la monarchie de Juillet obtint un mandat de député de 1846 à 1848, devint général de brigade en 1851.
Il se chargea de collecter des documents inédits et des témoignages des acteurs du champ de Bataille, qu’il publia en 1840.
Cette démarche enclencha des réactions multiples, contrariant les  mémoires de Napoléon écrits à Saint Hélène sur cet événement dans le Volume IX et publiés en 1830.
L’un des premiers à lancer cette controverse fut le Lieutenant-général baron Antoine de Jomini (il fut à maintes reprise à l’état-major de Ney et suite à un conflit avec Berthier, il quitte la France en 1813 pour servir l’Empereur Alexandre II)  auteur de nombreux ouvrages d’histoires et de tactiques militaires, mais qui suite à une correspondance avec Michel-Louis-Felix Ney, publiera en Octobre 1841, une analyse sur les reproches portés sur Ney, qu’il qualifia de non justifiés.
D’autres historiens ont suivi cet exemple et ont beaucoup écrit à ce sujet, reconnaissant que les erreurs ne venant pas du Maréchal Ney mais plutôt de Napoléon lui-même.

Ney Le duc d'Elchingen chef d'escadron d'Etat Major, 1840 Felix PHILIPPOTEAUX est envoyé en Afrique en avril 1840 par Louis-Philippe Duc d'Elchingen Musée Condé Chantilly m505201_0007368a_p
Michel Louis Ney, duc d’Elchingen chef d’escadron, avril 1840, Musée Condé Chantilly.

 

Lamartine dira du Maréchal Ney :
« Ney, combattu entre son ardeur et ses repentirs, toujours le premier soldat de l’armée française, était plus propre désormais, par l’inquiétude de son cœur, à se précipiter dans la mort qu’à assurer la victoire. »

On est en droit de se poser cette question :
Pourquoi n’existe-t-il pas de plaque commémorative apposée en façade rue de la Saint Désiré à Lons-le-Saunier, mentionnant ces événements de Mars 1815 ?

 

Il est difficile de ne pas évoquer ces Jurassiens Grenadiers de la Garde Impériale, oubliés et remarquables à juste titre, de l’Empire :

– Jean Nicolas Senot, né à Salins-les-Bains en 1761, fils de Denise Blanc et de Denis Senot.
Ce personnage était une « star » avant l’heure !
Dès la formation du 1er régiment des grenadiers de la garde impériale en Mai 1804, il en est le tambour Major, nommé lieutenant le 22 Janvier 1814 au 2ème bataillon d’instruction à Fontainebleau, il est toujours tambour-major le 1 juillet 1814 ayant passé au dépôt de l’ancienne garde.

Jean Nicolas Senot au centre par H.Bellangé Musée du Louvre.
Jean Nicolas Senot au centre par H.Bellangé Musée du Louvre.

-Jean Claude Viennet, né en 1771 dans le hameau de Fonteny (voir Gite la Moutena ) fils d’Antoine Viennet et de Claudine Jeanet.
Passé : du 6ème régiment de cavalerie au Grenadier à cheval de la Garde des Consuls dès sa formation.
Le 27 Frimaire an 9 au Grenadier de la garde Impériale.

Grenadier à cheval de la Garde Impériale, colonel Lepic, bataille d'Eylau, E.Detaille, Musée Condé Chantilly.
Grenadier à cheval de la Garde Impériale, colonel Lepic, bataille d’Eylau, E.Detaille, Musée Condé Chantilly.

Toujours présent en tant que grenadier à cheval de la garde jusqu’en 1815.
Comment ce Jurassien, de naissance et de condition modeste, élevé dans une contrée si retirée, a-t-il pu entrer et rester aux Grenadiers à cheval de la Garde Impériale autant d’années ?

Il est fort possible qu’à partir d’éléments d’archives conséquents que ces deux Jurassiens puissent faire  » l’objet » d’un article sur ce blog. 

 

Sources:
ADJ  Lons-le-Saunier sous-séries, 5E, 3P.
AN, dossier Ney 137 AP; fonds général Bertrand, 390 AP 1-34.
Cours politique et diplomatique de Napoléon, extraits du Moniteur, Lewis Goldmisth 1816.
Dictionnaire des Parlementaires français , Robert et Cougny, 1889.
Exposé justificatif pour le Maréchal Ney, Maître Berryer père, avocat. SD.
Histoire des campagnes de 1814 et de 1815, Alphonse de Beauchamp1816-1817.
Histoire anecdotique, politique et militaire de la garde Impériale, E. Marco de St Hilaire, 1847.
Histoire de la Restauration, A.Lamartine, 1861-1862.
Itinéraire de FC rédigé par ordre de Mr de Caumartin de St Ange 1789.
La dernière campagne du général Lecourbe, Belfort en 1815, H.Bardy 1889.
La Quotidienne, la religion, le roi et les lois, Mars 1815 ADJ Pr 604.
La Première Restauration, le Retour de l’île d’Elbe ; les Cent jours. Henri Houssaye, 1893.
Le Maréchal Ney à Lons-le-Saunier, par E.Monot, Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1927.
Le vieux Lons, revue locale, 1908.
L’église Saint-Désiré, M.Duhem, Bulletin monumental, 1935 V 94.
Les anciens hôtels de Paris, par le Comte d’Aucourt 1880.
Les cent jours, mémoires pour servir à l’histoire de la vie privée…, Fleury de Chaboulon, 1820.
Napoléon et sa garde, ou Relation du voyage de Fontainebleau à l’île d’Elbe en 1814, du séjour de l’Empereur dans cette île et de son retour en France, 
E. Laborde, 1840.
Précis historique de la vie et du procès du Maréchal Ney, par F.F. Cotterel, 1816.
Procès du Maréchal Ney, Méjan, 1815.
Quelques notes sur la conduite de M. le comte de Bourmont en 1815, par Anne-Louis-Antoine Clouet, 1832.
Souvenirs d’un octogénaire de province, par D.Monnier, Lons-le-Saunier, Imprimerie de Gauthier frères, 1871.
Souvenirs militaires d’Octave Levavasseur, publiés par le Commandant Beslay 1914.
Vie du maréchal Ney…l’histoire de son procès…, par Maiseau, L-Raymond Balthasard, 1816.

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